Un panache de gaz surgi du sol lunaire vient de livrer sa carte de visite chimique. Le 5 août 2026, l’étage supérieur d’une fusée Falcon 9 de SpaceX s’est écrasé près du cratère Einstein, sur la face visible de la Lune, et les astronomes ont réussi à capter, en quelques minutes seulement, la signature du matériau projeté dans l’espace. « Nous pouvons confirmer que le télescope a détecté des raies spectrales de sodium et de lithium gazeux dans le panache d’impact, lasting for 5-10 minutes after impact », a annoncé l’Observatoire européen austral (ESO). Résultat de l’analyse ? « Le sodium provient probablement du sol lunaire, tandis que le lithium pourrait venir de la fusée elle-même ».
À retenir
- Des télescopes ont capturé en direct la signature chimique d’un panache lunaire en quelques minutes seulement
- Les chercheurs ont enfin pu séparer avec précision ce qui vient du sol lunaire de ce qui provient de l’objet impactant
- Cet événement non intentionnel offre une opportunité scientifique comparable à la mission planifiée LCROSS de 2009
Une collision annoncée, minute par minute
Rien d’aléatoire dans cet événement. L’objet, catalogué 2025-010D, était traqué depuis des semaines par les astronomes amateurs et professionnels. Orbitant autour de la Terre une fois tous les 26 jours, l’objet a été attiré de manière incontrôlée vers la Lune par une combinaison d’activité solaire et de forces gravitationnelles après avoir épuisé tout son carburant. Ce débris n’avait rien d’anecdotique : il s’agissait d’un morceau de 45 pieds connu comme l’étage supérieur ou second étage, pas de la fusée entière. Autant dire un objet de la taille d’un bus scolaire lancé à pleine vitesse contre un sol qui n’a pas bougé depuis des milliards d’années.
La fusée Falcon 9 concernée a décollé le 15 janvier 2025 et a déployé avec succès l’atterrisseur lunaire Blue Ghost 1 de Firefly Aerospace, dans le cadre de l’initiative CLPS de la NASA. L’impact s’est produit à environ 5 400 mph, près d’une formation connue comme le cratère Einstein, et devait créer un cratère d’environ 60 pieds de large et 12 pieds de profondeur, projetant un panache de poussière et de roche vers le haut. Un trou de moins de vingt mètres de diamètre, à peine la taille d’une piscine olympique, mais suffisant pour rouvrir une fenêtre sur la géologie lunaire enfouie.
Ce que le panache a fait remonter
C’est là que la science entre vraiment en jeu. Le Very Large Telescope de l’ESO, basé au Chili, a pointé ses instruments vers la zone d’impact au moment précis de la collision. Carl Schmidt, professeur adjoint de recherche en astronomie à Boston University qui a dirigé les observations du Very Large Telescope, a indiqué que le panache de gaz de sodium et de lithium mesurait quelques dizaines de kilomètres. Une taille impressionnante pour un événement qui n’a duré qu’une poignée de minutes.
Pourquoi ce mélange sodium-lithium intéresse-t-il tant les chercheurs ? Parce qu’il permet de distinguer ce qui vient du sol lunaire de ce qui vient de la ferraille terrestre. Le sodium, présent naturellement dans le régolithe lunaire, agit comme un traceur du matériau excavé, tandis que le lithium, plus rare dans la roche lunaire, pointe vers les alliages métalliques de l’étage de fusée lui-même. Benjamin Fernando, chercheur postdoctoral au Los Alamos National Laboratory, a confirmé la détection réalisée avec le spectrographe UVES du Very Large Telescope, « qui cherchait la signature spectrale des produits chimiques de la fusée dispersés sur la surface lunaire ». En clair : les scientifiques ont réussi, pour la première fois avec une telle précision, à séparer la contribution du sol lunaire de celle de l’objet impactant.
Les orbiteurs n’ont pas été en reste. L’orbiteur lunaire sud-coréen Danuri a capturé des images de l’étage supérieur avant et après son impact, avec un total de huit sessions d’imagerie, la première prise environ 30 minutes avant l’impact. Les autorités coréennes ont confirmé que les changements de terrain autour du site d’impact et les traces de dispersion d’éjecta ont été confirmés grâce à ces clichés. De son côté, la NASA prépare son propre passage en revue avec le Lunar Reconnaissance Orbiter, qui photographiera le nouveau cratère dans les semaines à venir, produisant le premier jeu de données avant-après pour valider le modèle de simulation HOSS utilisé pour les missions futures.
Un écho direct à la mission LCROSS de 2009
Cet impact n’est pas sans précédent. En 2009, la NASA avait délibérément envoyé un étage de fusée Centaur s’écraser près du pôle sud lunaire dans le cadre de la mission LCROSS. Cette opération a conduit à une découverte majeure : la poussière lunaire contient des traces de glace d’eau. L’écho est frappant : quinze ans plus tard, un impact non intentionnel offre une opportunité comparable, cette fois sur une zone du globe lunaire jamais analysée de cette manière.
Le parallèle a d’ailleurs de quoi faire sourire, mais aussi réfléchir. Contrairement à LCROSS, personne n’a choisi ce point de chute. C’est un simple hasard orbital, combiné à la gravité et au vent solaire, qui a guidé cet étage vers Einstein. « Si nous pouvons mesurer la composition de ce panache, cela nous dit quelque chose sur la composition de cette partie de la Lune », résumait Benjamin Fernando avant l’impact. Un raisonnement simple, presque évident, mais qui n’avait jamais pu être appliqué avec un objet dont on connaissait précisément la masse, la vitesse et la trajectoire.
Le revers de la médaille : des débris toujours plus nombreux
Reste une question moins glorieuse. Ce n’est que le deuxième cas connu de débris spatial s’écrasant accidentellement sur la Lune, après un étage chinois en 2022 près du cratère Hertzsprung. Bill Gray, l’astronome indépendant qui suit ces objets depuis des années, ne mâche pas ses mots : « Cela ne présente aucun danger immédiat, mais cela souligne une certaine négligence dans la façon dont le matériel spatial usagé est éliminé », avant d’ajouter que « les choses commencent à s’encombrer là-haut ».
La NASA elle-même relativise l’ampleur du phénomène tout en insistant sur son intérêt scientifique : « un météoroïde avec la même énergie que l’étage supérieur frappe la Lune environ tous les six jours, donc la surface lunaire absorbe constamment des impacts avec la même force », mais « observer ces impacts donne aux scientifiques un aperçu précieux en révélant comment se comportent les panaches d’éjecta ». La différence, cette fois, c’est qu’on savait exactement quand, où et à quelle vitesse l’objet allait frapper. Un luxe rarement offert par les caprices du cosmos, et qui pourrait bien devenir monnaie courante à mesure que l’orbite terrestre se remplit de vestiges de fusées.
Sources : franceinfo.fr | youtube.com
