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Sous une église de Maastricht dormait depuis 1673 le squelette d’un officier que toute la France voulait voir en d’Artagnan

Sous une église de Maastricht dormait depuis 1673 le squelette d'un officier que toute la France voulait voir en d'Artagnan

Un trou dans le sol, quelques tuiles cassées, et voilà un mystère vieux de 353 ans qui refait surface. En février 2026, dans l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul du quartier de Wolder, à Maastricht, des ouvriers réparant un carrelage tombent sur un squelette humain enterré juste devant l’autel. Depuis, la France entière retient son souffle : et si ces ossements étaient ceux de Charles de Batz de Castelmore, dit d’Artagnan, le capitaine des mousquetaires de Louis XIV mort ici même en 1673, celui-là même qui a inspiré à Alexandre Dumas son héros le plus célèbre ?

À retenir

  • 353 ans après sa mort supposée, le squelette d’un officier refait surface sous un autel
  • Les détails de la découverte correspondent étrangement à la vie et la mort documentée d’un célèbre mousquetaire
  • Un test ADN en cours pourrait trancher entre mythe littéraire et réalité historique

Un effondrement de sol qui relance une chasse vieille de plusieurs siècles

Le squelette a été trouvé dans la nef d’une église contemporaine dont les racines remontent au moins au XIIIe siècle, lors de travaux de réparations liés à l’effondrement d’une partie du sol en février. Rien ne prédisposait ce chantier de routine à faire la une des journaux du monde entier. Mais l’archéologue Wim Dijkman, qui traquait cette tombe depuis des décennies, savait exactement où chercher : il a lui-même déclaré avoir recherché la tombe de d’Artagnan pendant 28 ans avant de finalement mettre au jour les ossements sous l’emplacement d’un ancien autel.

Le lieu n’a rien d’anodin. Charles de Batz de Castelmore, connu sous le nom de d’Artagnan et plus tard comte d’Artagnan, était un soldat français au service de Louis XIV comme capitaine des mousquetaires de la garde, mort au siège de Maastricht pendant la guerre franco-hollandaise. Ce siège, mené par Vauban lui-même, s’était étalé du 13 au 30 juin 1673 et avait coûté la vie à plus de 2 300 soldats français. Le mousquetaire y trouve la mort le 25 juin, probablement d’une balle en pleine gorge alors qu’il menait l’assaut sur les remparts. Depuis, sa dépouille n’avait jamais été retrouvée avec certitude, malgré des générations d’historiens persuadés qu’elle reposait quelque part dans ce quartier où l’armée française avait installé son campement.

Une pièce de monnaie et une balle de mousquet comme témoins muets

Ce qui rend cette découverte si troublante, ce sont les détails qui l’entourent. Une pièce de monnaie française a été retrouvée près du squelette à Maastricht, a indiqué le diacre Jos Valke, présent lors de la première fouille. il s’agit d’une monnaie datée d’environ 1660, associée au culte du Roi-Soleil, et retrouvée aux côtés de fragments d’une balle de mousquet en plomb, selon les précisions apportées par les chercheurs sur place. Une coïncidence troublante avec la cause de mort documentée du célèbre officier.

L’emplacement de la sépulture ajoute encore au faisceau d’indices. « L’emplacement de la tombe indique qu’il s’agit d’une personne importante : le squelette se trouvait à l’endroit où trônait l’autel et seules des figures royales ou autres figures importantes étaient enterrées sous un autel à l’époque », a déclaré Jos Valke. Une position d’honneur, réservée à quelques privilégiés, qui colle avec le statut de d’Artagnan à la cour, lui qui avait été nommé gouverneur de Lille l’année précédente et jouissait de la confiance personnelle du roi. On raconte même que Louis XIV, apprenant sa mort, aurait écrit à son épouse qu’il perdait en lui l’un de ses hommes les plus fidèles.

Reste une question qui intrigue les chercheurs : pourquoi un tel enterrement aurait-il eu lieu si loin de Paris, sans transfert du corps ? L’hypothèse la plus solide, avancée notamment par l’historienne française Odile Bordaz depuis une vingtaine d’années, tient à la logistique militaire de l’époque. Bordaz pensait que d’Artagnan avait été enterré à l’église Saint-Pierre-et-Paul de Wolder, un quartier de Maastricht où Louis XIV avait installé son quartier général pendant le siège et où il assistait à la messe chaque jour. Un climat estival étouffant et l’impossibilité de rapatrier rapidement les corps auraient poussé à un enterrement local, en terre consacrée, digne de son rang.

L’épreuve de vérité passe désormais par un laboratoire allemand

Face à l’emballement médiatique, les scientifiques, eux, gardent la tête froide. Faute de descendance directe durable, l’identification ne pourra pas reposer sur une comparaison génétique classique. Un échantillon prélevé le 13 mars a été envoyé pour analyse dans un laboratoire de Munich, qui le compare à l’ADN d’un parent issu de la même lignée que le père du mousquetaire, Bertrand de Batz de Castelmore. Un procédé complexe, qui explique en partie pourquoi les résultats se font attendre plusieurs mois après la découverte initiale.

L’archéologue Wim Dijkman, malgré son enthousiasme évident, refuse de crier victoire trop vite. « Rien n’a été trouvé jusqu’à présent qui contredise le fait que ce ne serait pas lui. Mais encore une fois : j’attends le test ADN », explique-t-il, rappelant que le d’Artagnan historique avait plus de soixante ans et n’était pas en très bon état à sa mort, bien loin du jeune héros fringant imaginé par Dumas deux siècles plus tard. Un rappel utile : l’homme réel n’avait rien du cadet gascon fougueux du roman, mais un vétéran usé par quarante ans de service militaire.

Par précaution, le squelette et les objets retrouvés dans la tombe ont été transférés dans un institut archéologique à Deventer, à l’est du pays, et la paroisse a même dû installer un système d’alarme pour dissuader d’éventuels pilleurs de tombes attirés par la notoriété soudaine du site. Une mesure qui en dit long sur l’engouement populaire suscité par cette affaire, à mi-chemin entre rigueur scientifique et fascination pour un mythe littéraire devenu, l’espace de quelques semaines, une véritable enquête policière du XVIIe siècle.