Le 18 août 2026, à quelque 400 kilomètres au-dessus de nos têtes, une écoutille s’est ouverte sur le sas Quest de la Station spatiale internationale. De l’autre côté : le vide, les étoiles, et Sophie Adenot. L’astronaute de l’Agence Spatiale Européenne est devenue ce jour-là la première Française à sortir en scaphandre, lors d’une marche spatiale à l’extérieur de l’ISS avec l’Américain Anil Menon, une sortie qui a duré 6 heures et 23 minutes. Un exploit individuel, certes. Mais surtout la fin d’une très longue parenthèse : aucun Français n’avait franchi ce genre de seuil depuis 1988.

À retenir

  • Une écoutille s’ouvre pour la première fois depuis 38 ans
  • Des boulons récalcitrants contredisent les simulations au sol
  • L’horizon français monte désormais vers la Lune

Trente-huit ans après Chrétien, une deuxième sortie française dans le vide

Pour comprendre l’ampleur de l’attente, il faut remonter à Jean-Loup Chrétien. Premier Français dans l’espace en 1982 à bord de Saliout 7, il récidive six ans plus tard avec un exploit plus rare encore : en 1988, durant sa deuxième mission, cette fois à bord de la station Mir, il devient le premier Européen à réaliser une sortie dans l’espace. Depuis, silence radio côté tricolore sur ce terrain précis. Dix astronautes français ont bien volé en orbite au fil des décennies, Claudie Haigneré et Thomas Pesquet en tête, sans qu’aucun d’entre eux ne rechausse la combinaison extravéhiculaire. Sophie Adenot devient, à 43 ans, la première Française de l’histoire à marcher dans le vide spatial, puisque Claudie Haigneré ne l’avait pas fait au cours de ses missions.

Le décalage est presque vertigineux : entre la sortie de Chrétien sur Mir et celle d’Adenot sur l’ISS, deux stations spatiales se sont succédé, l’Union soviétique a disparu, et la combinaison Orlan russe a cédé la place, ce jour-là, à l’EMU américain. La Station Spatiale Internationale a besoin d’être régulièrement entretenue et certaines opérations de maintenance ne peuvent être menées qu’à l’extérieur, les astronautes effectuant alors une sortie extravéhiculaire en scaphandre Orlan depuis la section russe, ou en scaphandre EMU depuis le sas américain Quest. Ce 18 août, c’est cette seconde option qui a été choisie, et la France y a enfin retrouvé sa place.

Une antenne récalcitrante et six heures de travail en apesanteur

Le scénario de la mission n’avait rien d’une simple balade protocolaire. L’astronaute française devait effectuer, avec son collègue américain, une réparation sur le système de transmission de la station spatiale internationale. Officiellement baptisée US Spacewalk 97, l’opération visait à remplacer une antenne de communication défaillante, la fameuse SGANT, fixée sur le segment Z1 de la structure. Sur le papier, six heures et demie de travail. Dans les faits, le duo a dû composer avec des pièces récalcitrantes.

Le temps supplémentaire induit par les boulons et le connecteur rendait difficile l’installation de la nouvelle antenne dans la durée prévue initiale, mais Anil Menon et Sophie Adenot ont réussi à déconnecter l’antenne puis à l’amarrer à proximité. Faute de pouvoir tout finaliser, les deux astronautes ont pris une décision pragmatique : sécuriser le matériel plutôt que forcer. Cette préparation permettra de continuer le travail en toute sécurité lors d’une prochaine EVA ; les deux astronautes ont ensuite rejoint le sas Quest, la sortie prenant officiellement fin à 18h52 Temps Universel, soit 20h52 heure de la France métropolitaine. Une semaine de battement, donc, avant de reprendre le chantier. Le 25 août, Sophie Adenot a ainsi effectué une deuxième EVA, baptisée US Spacewalk 98, pour achever le remplacement de l’antenne de communication de l’ISS. L’objectif principal était d’installer et de connecter l’antenne SGANT de secours sur le segment Z1 de la Station.

Ce genre d’imprévu technique n’a rien d’exceptionnel dans l’univers des sorties extravéhiculaires. Boulons grippés, connecteurs récalcitrants, gants épais qui limitent la dextérité : chaque geste, en apesanteur et sous pression, prend un temps qu’aucune simulation au sol ne reproduit vraiment. C’est aussi ce qui rend l’exercice aussi rare que spectaculaire, y compris pour des agences spatiales rodées à ce type d’opérations depuis des décennies.

Une carrière qui s’écrit vite, et qui n’a pas fini de surprendre

Sophie Adenot n’a pas attendu 2026 pour cumuler les premières. Ancienne pilote d’essai dans l’armée de l’air, elle a rejoint l’ISS quelques mois plus tôt via un vol Crew Dragon de SpaceX, dans le cadre de l’expédition 74/75. Sur cette même station, elle porte désormais le titre de onzième astronaute français à avoir franchi la ligne de Kármán, aux côtés de figures comme Jean-Loup Chrétien, Claudie Haigneré ou Thomas Pesquet. De Jean-Loup Chrétien à Sophie Adenot, en passant par Thomas Pesquet, onze astronautes français, neuf hommes et deux femmes, ont volé dans l’espace.

Le symbole dépasse la simple statistique. Longtemps, la France a compté sur ses hommes pour incarner ses exploits spatiaux les plus spectaculaires, les sorties dans le vide en particulier. Avec Adenot, c’est une autre page qui s’écrit, celle d’une astronaute militaire devenue la première Française à sortir dans l’espace, dans une décennie où l’ESA multiplie les missions vers l’ISS en attendant les prochains rendez-vous lunaires. Car l’horizon ne s’arrête plus à l’orbite basse : le programme Gateway, qui doit établir une station en orbite autour de la Lune, se prépare déjà, et la nouvelle génération d’astronautes européens, réservistes compris, s’entraîne en vue d’échéances bien plus lointaines que le segment Z1 d’une antenne récalcitrante.

Reste une question presque vertigineuse quand on la pose à froid : combien de temps s’écoulera-t-il avant la prochaine sortie française dans le vide ? Trente-huit ans séparent Chrétien d’Adenot. À l’heure où l’ESA prépare ses astronautes pour des missions plus longues et plus complexes, rien ne garantit que le prochain Français à ouvrir une écoutille en scaphandre attendra, lui aussi, presque quatre décennies.