Neuf jours, une heure, trente-deux minutes et quinze secondes. C’est le temps qu’il aura fallu à quatre astronautes pour parcourir 694 481 miles, soit environ 1,1 million de kilomètres, enfermés dans une capsule pas plus grande qu’un monospace familial. Le mission commandant du vaisseau Orion, avec les astronautes Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Koch, ainsi que Jeremy Hansen, a splashdown dans les eaux de l’océan Pacifique, au large de San Diego, après un parcours total de 694 481 miles. Depuis, les ingénieurs de la NASA éplochent les données recueillies pendant ce voyage pour en tirer une leçon précise : comment l’air recyclé à bord a tenu, et ce que cela signifie pour un futur équipage en route vers Mars.
À retenir
- Un système invisible a transformé le CO2 en air respirable pendant 694 481 miles sans défaillance
- La NASA a découvert une anomalie qui aurait pu être mortelle sur Mars, mais corrigible sur la Lune
- Chaque litre d’eau respiré, chaque cycle d’assèchement de filtre, c’est une répétition avant l’irréversible
Un record de distance qui n’était pas qu’une performance symbolique
Le 1er avril 2026, Artemis II a décollé pour un voyage de près de dix jours autour de la Lune, marquant le premier vol habité du vaisseau Orion de la NASA. Les astronautes de la NASA Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Koch, ainsi que l’astronaute de l’ASC (Agence spatiale canadienne) Jeremy Hansen, ont amerri le 10 avril dans l’océan Pacifique au large de San Diego. Au point le plus éloigné de leur trajectoire, l’équipage a parcouru 252 756 miles depuis la Terre, établissant un record pour la plus grande distance parcourue par des humains dans l’espace, dépassant celui d’Apollo 13 vieux de plus de cinquante ans.
Un chiffre qui frappe : cette distance équivaut à faire l’aller-retour Paris-New York plus de cent fois d’affilée, sans jamais ouvrir une fenêtre pour respirer autre chose que l’air produit et retraité à bord. Car c’est bien là tout l’enjeu d’Artemis II. Cette mission devait prouver que les systèmes de support-vie d’Orion sont prêts à maintenir un équipage en vie lors de missions futures et permettre à l’équipage de s’entraîner à des opérations essentielles au succès d’Artemis III et au-delà. Pas de retour possible en cas de panne majeure, pas de ravitaillement, juste un équipage et une machine censée transformer sans relâche le dioxyde de carbone en air respirable.
Ce que fabrique réellement l’air recyclé d’Orion
Contrairement à une idée reçue, « recycler l’air » ne consiste pas simplement à le filtrer. Le système le plus important à bord, celui qui garde l’équipage en vie et confortable, est connu sous le nom de Environmental Control and Life Support System (ECLSS). Il est conçu pour fournir un environnement habitable et sain aux quatre membres d’équipage, dans des conditions variées, du lancement jusqu’à l’atterrissage. Il doit maintenir une atmosphère respirable, notamment en retirant le dioxyde de carbone et d’autres contaminants nocifs, tout en maintenant une température de cabine confortable.
Concrètement, l’appareil aspire l’air de la cabine et le fait passer à travers des composés chimiques qui absorbent à la fois la vapeur d’eau produite par la respiration et la transpiration, et le dioxyde de carbone exhalé. Ces assemblages utilisent un composé chimique pour absorber la vapeur d’eau et le dioxyde de carbone à l’intérieur de la cabine. Ce composé est ensuite exposé au vide spatial, à travers une partie de l’assemblage appelée le manifold d’évent sous vide, pour sécher en vue d’une réutilisation. on ne jette rien : on assèche le filtre dans le vide de l’espace, puis on recommence. Un système fermé, pensé pour tourner en boucle pendant des jours sans intervention humaine.
Avant même d’atteindre la Lune, l’équipage a pris le temps de vérifier que cette mécanique invisible fonctionnait vraiment. Alors qu’ils étaient encore proches de la Terre, les membres d’équipage ont évalué la performance des systèmes de support-vie nécessaires pour générer de l’air respirable et retirer le dioxyde de carbone et la vapeur d’eau produits lorsque les astronautes respirent, dorment, parlent ou font de l’exercice. Ces vérifications ont confirmé l’ensemble des capacités du système de support-vie et garanti sa disponibilité pour la partie survol lunaire de la mission.
Le vrai enjeu : ce que ça change pour Mars
Dix jours, ce n’est presque rien à l’échelle d’un voyage martien, qui durera plusieurs mois à l’aller comme au retour. Mais chaque donnée compte, car sur Mars, aucune improvisation ne sera possible. L’élimination du dioxyde de carbone doit maintenir une atmosphère respirable et constitue également une étape nécessaire du cycle de récupération de l’eau. Les méthodes en boucle ouverte demanderaient trop de consommables et ne permettraient pas de réutiliser le CO2 pour la récupération d’eau. Un système d’élimination du carbone devra épurer le CO2 de l’atmosphère de la cabine et le fournir aux systèmes en aval pour un traitement ultérieur.
C’est précisément ce que confirme Artemis II à petite échelle : la boucle fonctionne, mais elle reste jeune. Les équipes n’ont d’ailleurs pas caché avoir déjà identifié une anomalie à corriger. L’équipe évalue actuellement le matériel et rassemble des données pour appuyer l’enquête post-vol sur le problème de la conduite d’évent d’urine survenu durant la mission Artemis II. Les équipes travailleront à identifier la cause racine et à initier des actions correctives pour Artemis III. Un détail qui paraît anecdotique, mais qui rappelle une règle simple des vols habités : sur une mission de dix jours, une fuite se répare au retour. Sur une mission de neuf mois vers Mars, la même fuite peut condamner l’équipage.
L’excursion de dix jours d’Artemis II sert de tremplin critique vers l’atterrissage lunaire, où les fonctions critiques du vaisseau seront testées pour de futures missions en espace profond, la plus importante étant les systèmes qui maintiennent l’équipage en vie et confortable. Et pendant que les équipes de Houston analysent chaque courbe de pression et chaque cycle d’assèchement de filtre, à quelques centaines de mètres de là, une autre expérience continue de son côté : les missions au sol CHAPEA, où quatre volontaires vivent enfermés pendant un an dans un habitat martien reconstitué, sans jamais quitter la Terre, pour tester la même question sur une durée bien plus proche de la réalité d’un vol vers la planète rouge.
Sources : mhi.com | ttu-ir.tdl.org


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