Le 1er juillet 2026, un propulseur à effet Hall alimenté au zinc solide s’est allumé en orbite pour la première fois de l’histoire spatiale. L’entreprise américaine Muon Space a annoncé le succès de cette première mise à feu d’un propulseur à effet Hall alimenté au zinc, réalisée à bord de SERT-III, un satellite de test dédié à la propulsion, conçu, construit et lancé en moins d’un an. Le xénon, carburant de référence depuis des décennies, vient officiellement de perdre son monopole.

Cette mise à feu inaugurale valide de bout en bout le système de propulsion électrique Starlight de la société, dans l’environnement orbital réel, et établit une nouvelle référence pour ce qui est possible en propulsion électrique commerciale. Premier tir, premier succès. L’activation inaugurale a été menée avec succès dès la première tentative, et la télémétrie en orbite correspondait étroitement aux prédictions des essais au sol, tandis que les données de suivi orbital confirmaient sans ambiguïté la présence d’une poussée. Todd Bailey, directeur de la propulsion chez Muon Space, résume l’enjeu technique : « SERT-III nous a donné une validation claire et réussie du système Starlight en environnement de vol. Nous avons confirmé que le propergol de zinc solide s’alimente et se vaporise de façon fiable en microgravité, que nos modèles de contamination sont fonctionnels et prudents, et que le propulseur s’intègre proprement à un vrai bus de satellite. »

À retenir
  • Un propulseur à effet Hall au zinc solide s’est allumé avec succès en orbite le 1er juillet 2026 pour la première fois.
  • Le zinc coûte 99 % moins cher que le xénon et ne nécessite pas de réservoirs pressurisés complexes.
  • Muon Space déploiera le système Starlight sur des satellites clients avant la fin 2026, avec une version plus puissante prévue pour 2027.

Le casse-tête logistique du xénon

Pourquoi chercher une alternative à un gaz utilisé depuis quarante ans ? Pendant plus de quatre décennies, le xénon, gaz noble, a été le propergol de référence pour les propulseurs à effet Hall et leurs cousins les moteurs ioniques, grâce à ses propriétés inertes, stockables et faciles à ioniser. Mais le xénon est rare, donc extraordinairement coûteux à se procurer. Un kilo de xénon solide de haute pureté avoisinait déjà les 4 000 dollars il y a quelques années, un prix qui n’a fait que se tendre avec la multiplication des constellations de satellites.

Le stockage pose un problème tout aussi lourd. En orbite, le xénon doit être stocké à haute pression dans des réservoirs coûteux et à température contrôlée. Ces réservoirs pressurisés ajoutent de la masse, complexifient l’intégration et représentent un risque au sol lors des manipulations. Pour un opérateur qui prévoit de lancer des dizaines de satellites identiques, chaque kilo économisé sur le réservoir se traduit directement en charge utile disponible.

Le zinc, un métal qui change la donne

Le zinc change complètement les règles du jeu : c’est un métal abondant et peu coûteux, non toxique et surtout solide à température ambiante, ce qui élimine les réservoirs pressurisés et les risques associés à leur manipulation au sol. Le gain financier annoncé par Muon Space est spectaculaire. Le test du 1er juillet 2026 a réduit les coûts de propergol de plus de 99 % par rapport au xénon.

Le principe physique reste le même que sur un propulseur classique. Le propulseur utilise un champ magnétique pour piéger les électrons qui servent à ioniser un gaz ; ces ions sont alors accélérés et produisent une poussée. Seule change la nature du propergol, ici un métal vaporisé plutôt qu’un gaz rare comprimé. Le système utilise du zinc solide à la place du xénon ou du krypton coûteux, ce qui élimine les réservoirs pressurisés et simplifie l’intégration au satellite tout en réduisant le coût et les contraintes d’approvisionnement ; le test a également confirmé l’absence d’effets indésirables liés aux interférences électromagnétiques ou aux interactions plasma, avec des niveaux de contamination inférieurs aux prévisions.

Aucune contamination excessive du satellite. Un résultat qui n’avait rien d’acquis.

Vers un déploiement commercial rapide

Muon Space ne compte pas s’arrêter à un simple démonstrateur technologique. Muon prévoit de commencer à déployer le propulseur Starlight de génération actuelle sur des missions clientes avant la fin de l’année 2026. La génération actuelle de Starlight cible les satellites de petite et moyenne taille, et gère les manœuvres de mise en orbite, de maintien à poste et de désorbitation en fin de vie, les trois manœuvres dont la plupart des satellites commerciaux ont le plus besoin ; la société prévoit d’équiper les satellites clients avant la fin de 2026.

Une version plus puissante est déjà dans les tuyaux. Une version Gen-2 plus grande, destinée aux satellites de plus grande taille, doit effectuer son premier essai en orbite au premier trimestre 2027, avant une mission cliente plus tard cette année-là. Cette montée en gamme est décisive : si le zinc fonctionne aussi bien sur des plateformes plus lourdes, l’argument économique s’étend à un marché bien plus large que celui des petits satellites.

Le CEO de Muon Space, Jonny Dyer, ne cache pas son enthousiasme sur ce jalon technique attendu depuis des années par toute la communauté de la propulsion électrique, en le qualifiant carrément de tournant pour le secteur. Reste à voir si les prochains vols confirmeront la fiabilité du système sur la durée, notamment en matière d’usure des composants soumis à la vaporisation répétée du métal. Si les prochains essais confirment ces résultats préliminaires, le propergol métallique solide pourrait devenir une alternative viable pour un nombre croissant de satellites commerciaux. Le xénon, lui, ne va pas disparaître du jour au lendemain, mais il vient de perdre son statut de seule option sérieuse pour propulser les constellations de demain.