Tsingoni. Un petit village du nord-ouest de Mayotte, ancienne capitale royale de l’île. C’est là, sous les fondations de la plus vieille mosquée de France encore en activité, que les archéologues de l’Inrap viennent de confirmer une occupation du site remontant au XIIIe siècle, soit deux à trois cents ans avant la construction du bâtiment que l’on connaît aujourd’hui.
L’édifice actuel, avec son mihrab de corail sculpté et ses trois ailes, date officiellement de 1538. Les fouilles de l’Inrap en vue de sa rénovation ont révélé une occupation du site dès le XIIIe siècle et l’existence d’un lieu de culte datant du XIVe, ce qui en fait une contemporaine de Notre-Dame-de-Paris. Pendant que les tailleurs de pierre parisiens élevaient les voûtes de la cathédrale, des fidèles priaient déjà sur ce même sol mahorais, à plus de 8 000 kilomètres de là.
- La mosquée de Tsingoni à Mayotte cache des vestiges datant du XIIIe siècle, soit 200 à 300 ans avant sa construction actuelle.
- Les fouilles ont révélé les traces d’une première mosquée en pierre avec des murs de corail et de grès, plus ancienne que le bâtiment du XVIe siècle.
- Cette découverte éclaire les processus d’islamisation et la formation des pouvoirs locaux dans la région swahilie et l’océan Indien.
Une mosquée royale qui cachait un chantier plus ancien
Le rapport définitif de ces recherches vient tout juste d’être présenté. Un premier volet de l’étude sur la mosquée de Tsingoni menée par l’Inrap s’achève, et l’institut a dévoilé le 14 septembre les principaux enseignements du rapport sur les fouilles réalisées sur le site en 2023. Trois ans de travail pour reconstituer une histoire jusque-là inconnue.
Ce n’était pourtant pas la première campagne. Le site avait déjà fait l’objet du premier diagnostic archéologique à Mayotte, prescrit par la préfecture et réalisé par l’Inrap en 2016, un an après le classement du site au titre des monuments historiques. C’est justement lors de ces premières fouilles que la surprise est tombée : sous les strates du XVIe siècle, une occupation bien plus ancienne, invisible depuis des siècles.
Les archéologues avaient alors découvert des traces d’occupation datant du XIIIe siècle, avec un style swahili, sans tour-minaret, et des murs composés de grès de plage, de coraux et de basaltes. Une architecture rudimentaire, faite avec ce que l’océan et les volcans de l’île offraient sur place. Elle s’embellit à partir du XVIe siècle, se dote de trois ailes et de piliers, quand Tsingoni grandit et devient la capitale du sultanat local.
Ce que les archéologues ont trouvé dans les murs
Le travail de terrain de 2023 a mobilisé une petite équipe pluridisciplinaire. Les fouilles ont mobilisé une équipe de huit personnes composée de spécialistes en archéologie du bâti, en archéologie funéraire et en relevé 3D, ainsi qu’une restauratrice. Dans la salle de prière elle-même, la découverte a surpris tout le monde.
Les archéologues ont mis au jour de très nombreux trous de poteaux dans le sol du XVIe siècle, sans doute creusés pour soutenir des échafaudages, et l’étude des maçonneries a livré les traces en négatif d’éléments de coffrage tissés en fibres végétales, tandis que la présence de blocs de corail liés à des murs en grès de sable signale les murs de la première mosquée en pierre. Sous les couches de peinture accumulées au fil des siècles, une autre surprise attendait l’équipe. Des enduits polychromes ont été découverts sous les épaisses couches picturales qui recouvraient le mihrab, révélant des frises sculptées d’entrelacs. Un décor invisible depuis des générations, effacé par les repeints successifs des fidèles.
Un fragment de Coran a même été retrouvé niché dans un mur. C’est la responsable du chantier et des opérations, Justine Saadi, qui a indiqué que l’équipe avait découvert un fragment du Coran niché dans un mur. Un détail presque anecdotique, mais qui rappelle que ces murs de corail ont conservé, sans le vouloir, des morceaux de vie religieuse vieux de plusieurs siècles.
Un site clé pour comprendre l’islamisation de l’océan Indien
Au-delà de la simple datation, ce chantier éclaire un pan méconnu de l’histoire régionale. L’institut insiste sur les apports de ses travaux depuis une décennie : la datation d’une première mosquée en pierre, bien antérieure à la période des sultans, dont la transformation au fil du temps témoigne d’un contexte d’affirmation du pouvoir et de consolidation de l’islam sunnite dans l’archipel. Tsingoni n’est donc pas un simple monument isolé, mais un marqueur de l’histoire politique et religieuse des Comores.
Les archéologues voient dans ce site un terrain d’observation de l’appropriation des modèles architecturaux et religieux à l’échelle régionale, un apport pour les recherches sur les processus d’islamisation et de formation des pouvoirs locaux à l’échelle de la côte swahilie, des Comores et de Madagascar. Un seul édifice, mais une fenêtre ouverte sur toute une aire culturelle qui s’étend du Kenya au nord de Madagascar.
Ces conclusions ont été partagées avec le public à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. Ces recherches ont été présentées au public le samedi 19 septembre, à 10h, sur la place de l’ancienne mosquée à Tsingoni. La mosquée continue d’ailleurs d’accueillir les fidèles pendant que se poursuivent les travaux de restauration, un chantier qui, à Mayotte, ne concerne pas que ce seul édifice. La Fondation du patrimoine attribue une dotation de 350 000 euros à la mosquée d’Antana-Bé, à Chirongui, preuve que le patrimoine religieux mahorais fait l’objet d’une attention croissante, bien au-delà du seul site de Tsingoni.
Sources : inrap.fr | la1ere.franceinfo.fr | lejournaldemayotte.yt


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