Un mur de deux mètres d’épaisseur, long d’au moins quarante mètres. Voilà ce qui vient de sortir de terre sur le plateau de Corent, dans le Puy-de-Dôme, au terme d’une campagne de fouilles achevée le 16 septembre 2026. L’archéologue Matthieu Poux, qui explore le site depuis 25 ans, estime y avoir découvert ce qui pourrait être le plus grand atelier monétaire connu, non seulement de l’Europe celtique, mais de l’ensemble du monde antique. Un bâtiment où l’on frappait, il y a plus de deux mille ans, les statères d’or et d’argent des Arvernes.
Le site n’a rien d’un coup de chance isolé. Fouillé sans interruption depuis 2001, il n’a pas fini de livrer ses surprises, sur un plateau volcanique d’environ 500 mètres d’altitude, à cheval sur les communes de Corent et de Veyre-Monton. À son apogée, la cité couvre près de 50 hectares et rassemble plusieurs milliers d’habitants. Vingt-cinq ans de campagnes estivales, menées par des équipes du LUERN et de l’Université Lyon II, ont fini par dessiner les contours d’une véritable capitale arverne.
- Un atelier monétaire arverne de plus de 40 mètres de long dormait sous le plateau de Corent depuis deux millénaires.
- Les archéologues ont collecté plus de 2 500 monnaies éparpillées sur le site depuis 2001, révélant l’existence de cet atelier.
- Le site produisait des statères d’or et d’argent pour les Arvernes au Ier siècle avant notre ère, confirmant le statut de capitale de Corent.
Des milliers de monnaies éparpillées dans les champs
Avant même de trouver l’atelier, les chercheurs avaient trouvé les pièces. L’oppidum de Corent tient une place spécifique parmi les sites gaulois d’Auvergne, avec plus de 2000 pièces recensées. Un rapport de fouille détaille la progression de cette collecte : les monnaies recueillies depuis 2001 sur le sanctuaire et dans l’habitat attenant s’élevaient déjà, dès la fin des années 2000, à près de 1300 exemplaires, identifiées, photographiées et pesées une à une par la numismate Katherine Gruel.
Ce trésor éparpillé posait une énigme. Où fabriquait-on ces monnaies ? Personne ne le savait vraiment, malgré des indices ponctuels glanés au fil des campagnes.
Un atelier monétaire ne nécessite pas de grosses installations, cependant le contexte du coin trouvé en fouille montre un lien avec un atelier de bronzier, notaient déjà les spécialistes il y a une quinzaine d’années. Il faudra attendre l’été 2024 pour que la question trouve enfin une réponse concrète, au cœur même de l’oppidum.
2024, la première pièce du puzzle
La campagne de l’été 2024 change la donne. Elle révèle la présence d’un atelier de production de monnaies en bronze, avec de nombreux déchets métallurgiques, des pastilles de métal en cours de fabrication, des essais de monnaie, ainsi que des « coins monétaires » utilisés pour frapper les pièces. La révélation de cette activité, au cœur même d’une ville gauloise, constitue une première à l’échelle nationale et même européenne, et confirme le statut de capitale des Arvernes de Corent au Ier siècle avant notre ère.
Le conseil départemental du Puy-de-Dôme, propriétaire du site, résume la portée de la trouvaille. Les indices trouvés (poinçon, chapelets de flans monétaires, fragment de coin monétaire, une petite plaquette de plomb) confirment l’emplacement de l’atelier monétaire, qui fait de Corent la cité où l’on frappait monnaie. Cet atelier de 2024 produisait de petites pièces de bronze, à usage strictement local, ornées d’un renard en référence au roi arverne Luern, figure semi-légendaire réputée pour sa richesse.
2026 : un atelier bien plus vaste, en or et en argent
La campagne de l’été 2026 change encore l’échelle du dossier. Une centaine d’étudiants et de bénévoles, affrontant tour à tour canicule et pluies diluviennes, ont dégagé sur près de 500 mètres carrés les vestiges d’un second édifice, distinct du premier. Le bâtiment prolonge l’atelier de 2024, spécialisé dans les monnaies de bronze, mais quand celui-ci présentait une structure en bois typiquement gauloise, le nouvel édifice est bâti en pierre, dans une facture qui évoque l’architecture méditerranéenne.
Le détail le plus parlant n’est pas ce qu’on a trouvé, mais ce qu’on n’a pas trouvé. Contrairement à 2024, où ratés de fabrication et chapelets de flans inachevés abondaient, pas le moindre rebut métallique n’a été retrouvé cette année, seulement quelques paillettes d’or et d’argent accrochées aux outils, petites enclumes, ciselets et marteaux. Tout indique un établissement au contrôle draconien, où pas une once de métal précieux ne devait se perdre. Matthieu Poux va jusqu’à imaginer que les ouvriers étaient fouillés chaque soir.
La pièce la plus spectaculaire de la saison tient dans la paume d’une main. Il s’agit d’un disque monétaire en plomb portant l’empreinte de deux poinçons d’une variante de statère bien connue en territoire arverne, dite « à l’aurige et roues quadripartites ». Un objet technique, presque anodin en apparence, qui rattache directement le lieu à la frappe de monnaie précieuse, et non plus seulement de petit bronze utilitaire.
Une capitale qu’on a peut-être vidée avant l’arrivée de César
Cette découverte alimente une hypothèse plus large sur le sort de Corent à la veille de la guerre des Gaules. Le chef gaulois aurait précisément vidé sa capitale pour concentrer ses forces à Gergovie et éviter que le Romain ne fasse main basse sur ses richesses, comme il l’avait fait à Bourges, et découvrir qu’on battait monnaie précieuse à Corent renforcerait singulièrement la thèse. Une capitale qui frappait de l’or valait la peine d’être protégée, ou évacuée.
Après la victoire romaine, les deux oppidums s’effaceront au profit d’Augustonemetum, la future Clermont-Ferrand. Corent perd alors son rang, avant de renaître, des siècles plus tard, sous la truelle des archéologues.
Reste maintenant à financer la suite. Le site a été recouvert pour le protéger des pilleurs jusqu’à la prochaine campagne, et l’équipe cherche entre 50 000 et 60 000 euros pour analyser correctement les trouvailles de cet été, et au moins autant pour poursuivre les fouilles sur une autre zone du plateau à l’été 2027. Une somme dérisoire comparée à ce que cet atelier aurait produit en or et en argent, il y a deux mille ans, sur ce même plateau auvergnat.
Sources : breizh-info.com | fr.numista.com


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