Quatre mètres sous une cour de l’Hôtel-Dieu, à deux pas de Notre-Dame, des archéologues ont mis la main sur un mur qui pourrait bien changer la carte de la Lutèce gauloise. Un mur gaulois d’une valeur exceptionnelle reposait à 4 mètres de profondeur sous l’une des cours de l’Hôtel-Dieu, juste à côté de la cathédrale Notre-Dame, sur l’île de la Cité. Et ce que les scientifiques y ont trouvé colle, pierre par pierre, au récit que Jules César a laissé de sa conquête de la Gaule.
Tout commence de façon presque anodine. Depuis février 2026, une équipe d’archéologues dirigée par David Couturier, du Département d’histoire de l’architecture et d’archéologie de Paris, avec le concours de l’Inrap, explore les sous-sols des cours de l’Hôtel-Dieu dans le cadre de la restructuration du site hospitalier. Les attentes initiales portaient sur la découverte de traces d’habitat antique, de voirie, ou d’occupations médiévales et modernes. Personne ne s’attendait à remonter jusqu’à l’âge du Fer.
- Un rempart gaulois de 22 mètres a été découvert à 4 mètres de profondeur sous l’Hôtel-Dieu en juillet 2026.
- Le mur présente des traces d’un violent incendie avec du bois carbonisé, confirmant le récit de César sur la destruction volontaire par les Parisii.
- Cette découverte tranche le débat historique sur la localisation de Lutèce, identifiant enfin l’oppidum gaulois sur l’île de la Cité.
Un mur qui n’aurait jamais dû être là
Les premiers indices de présence gauloise sont apparus au début de l’été. Comme tous les chantiers archéologiques, on commence par les couches les plus hautes, donc les plus récentes, avant de s’éloigner progressivement dans le temps, raconte Julien Avinain, chef du pôle archéologie de la Ville de Paris. Le mur en lui-même a été mis au jour en juillet. Long de 22 mètres, ce mur du Ier siècle avant J.-C. a été mis au jour dans la cour de l’Hôtel-Dieu. Sa technique de construction ne laisse guère de doute sur son origine.
Les archéologues ont découvert cet imposant mur en pierre avec des poutres en bois longitudinales et perpendiculaires, technique de construction typique des fortifications gauloises. À l’arrière de la structure, une autre découverte confirme l’ampleur du projet initial. Une plateforme artificielle de deux mètres d’épaisseur, composée de sables et graviers, renforce l’hypothèse d’une fortification majeure. Un simple mur de clôture n’aurait jamais nécessité un tel terrassement.
Aujourd’hui, il ne reste presque rien de sa hauteur d’origine. Ce mur d’enceinte n’a plus qu’à peine un mètre de haut. Deux mille ans de remblais et de constructions successives ont fait leur œuvre.
Des cendres qui racontent une bataille
Le détail le plus troublant, ce n’est pas la pierre. C’est ce qui l’a noircie. Long de 20 mètres, le mur présente des traces d’un violent incendie : parement carbonisé, graines brûlées, et les restes d’un bâtiment en bois détruit par le feu juste devant la structure. Ce n’est pas un incident isolé, c’est un scénario qui ressemble à s’y méprendre à un texte vieux de 2 000 ans.
D’après le récit fait par Jules César de la guerre des Gaules en 52 avant J.-C., un rempart de l’oppidum gaulois aurait été incendié par les Parisii eux-mêmes avant l’affrontement avec les troupes de son lieutenant Titus Labienus. Les Gaulois auraient préféré détruire leurs propres fortifications plutôt que de les laisser tomber intactes aux mains des légions romaines. La coïncidence archéologique est frappante. D’autres indices matériels viennent étoffer le dossier : des débris d’amphores et un fer de lance ont également été mis au jour lors des fouilles, des objets typiques de l’équipement gaulois de cette période précise.
Reste la question de la date exacte. Les premiers résultats des analyses carbone 14 sur les éléments en bois donnent une fourchette de datation comprise entre 200 et 10 avant J.-C. C’est large, mais parfaitement compatible avec 52 avant notre ère. Ces observations sont «compatibles avec une occupation de la fin de l’âge du Fer et avec un épisode de destruction par le feu» mais «ne permettent toutefois pas encore, à elles seules, de dater précisément l’incendie de 52 avant notre ère», nuance le ministère.
Nanterre ou l’île de la Cité : un débat vieux de plusieurs générations
Cette découverte ne sort pas de nulle part. Elle vient trancher, ou presque, un débat qui divise les historiens depuis longtemps. César avait évoqué «une île reliée par des ponts et située dans une boucle de la Seine», mais la localisation de cette Lutèce gauloise n’a jamais pu être établie avec certitude et des pistes avaient suggéré une implantation à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. Le mur de l’Hôtel-Dieu vient rebattre les cartes.
Sur place, l’émotion des équipes archéologiques était palpable lors de la présentation à la presse, le 23 septembre 2026. Ces traces d’occupation gauloise sur l’île de la Cité, tous nos prédécesseurs en ont rêvé. On fait beaucoup d’hypothèses sur le sujet. On a la chance d’être au bon endroit au bon moment, a témoigné Dorothée Chaoui-Derieux, coordinatrice des opérations d’archéologie à Paris pour le ministère. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, n’a pas caché son propre vertige devant la structure. « C’est vertigineux de se retrouver ici et de découvrir l’origine probablement de la ville de Paris », a-t-il confié après avoir examiné le vestige.
La prudence reste de mise
Aucun archéologue serieux n’a crié victoire trop vite. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a d’ailleurs tenu à rappeler les limites actuelles de la découverte. Nous sommes peut-être face à l’un des vestiges les plus importants jamais découverts pour comprendre la Lutèce gauloise. La prudence scientifique impose encore de vérifier sa fonction et sa chronologie, mais la convergence des indices est aujourd’hui particulièrement remarquable.
Le chantier, lui, ne s’arrête pas là. Les fouilles, menées avec la Ville de Paris et l’Inrap, vont se poursuivre pendant plusieurs mois, avec la promesse de nouvelles surprises selon les responsables du projet. Un moulage du mur est également à l’étude. Un moulage du mur sera réalisé dans «les prochaines semaines», qui pourra intégrer des pierres de parement originales hors du site de l’Hôtel-Dieu, en prenant en compte «l’état de fragilité» du vestige. Une partie du mur devrait à terme rejoindre les collections d’un musée parisien, pour que ce fragment d’histoire brûlée sorte enfin de l’ombre où il dormait depuis plus de deux millénaires.
Sources : culture.gouv.fr | oalib-perpustakaan.upi.edu | letemps.ch


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