Le 25 avril 2026, Curiosity forait la roche Atacama sur les flancs du mont Sharp, dans le cratère Gale. La roche mesure environ 45 centimètres de diamètre à sa base, 15 centimètres d’épaisseur et pèse près de 13 kilogrammes. Un forage parmi des dizaines d’autres, sauf qu’en relevant son bras robotique, le rover a emporté toute la pierre avec lui.

Quand le rover a rétracté son bras, la roche entière s’est soulevée du sol, suspendue au manchon fixe qui entoure la mèche rotative. Un accroc mécanique. Aucun précédent dans l’histoire de la mission.

Depuis son atterrissage en 2012, Curiosity a effectué des dizaines de prélèvements sans jamais rencontrer ce cas de figure. Le forage avait déjà fracturé ou séparé les couches supérieures de roches par le passé, mais aucune pierre n’était jamais restée attachée au manchon de la foreuse. Selon la NASA, il s’agit de la première fois en plus de treize ans d’exploration martienne qu’un tel événement se produit, comme le confirment plusieurs sources de l’agence.

À retenir
  • Curiosity a soulevé une roche de 13 kg restée collée à sa foreuse le 25 avril 2026
  • L’équipe du JPL a mis six jours à libérer le rover en utilisant vibrations et rotations
  • Les frottements entre l’acier et la roche martienne ont suffi à supporter le poids malgré la faible gravité

Une semaine de tâtonnements à 140 millions de kilomètres

Libérer un rover coincé sur Mars ne se fait pas d’un claquement de doigts. Chaque commande met plusieurs minutes à parvenir jusqu’au robot, et l’équipe du Jet Propulsion Laboratory ne peut observer le résultat de ses manœuvres que le lendemain, une fois les images redescendues sur Terre.

Les ingénieurs ont d’abord tenté l’option la plus simple : faire vibrer la foreuse pour secouer la pierre. Échec total, la roche ne bouge pas d’un millimètre.

Quatre jours plus tard, nouvelle tentative avec un bras repositionné sous un autre angle. Un peu de sable est tombé, mais la roche est restée obstinément coincée. Le fragment de 13 kilos tenait bon, alors même que la gravité martienne ne représente qu’un tiers de celle qu’on connaît sur Terre.

C’est finalement le 1er mai que la situation s’est débloquée. L’équipe a incliné davantage la foreuse, l’a fait tourner et vibrer, puis a fait pivoter la mèche elle-même. L’équipe prévoyait de répéter ces actions plusieurs fois, mais la roche s’est détachée dès le premier essai, se fracturant en heurtant le sol. Six jours de suspense pour quelques secondes de libération.

Pourquoi la roche a-t-elle tenu aussi longtemps

La question a intrigué les géologues autant que les ingénieurs. Les analyses ont montré que les frottements entre l’acier du manchon et la roche étaient suffisamment puissants pour supporter le poids du bloc, malgré la faible gravité martienne. Un simple jeu de friction mécanique, mais suffisant pour tenir en échec toute une équipe de spécialistes basée à des centaines de millions de kilomètres.

La roche Atacama appartenait à une couche de sulfates étudiée depuis plusieurs mois par Curiosity. Ces sulfates, formés il y a 3 milliards d’années, constituent des marqueurs minéralogiques essentiels formés autrefois en présence d’eau et susceptibles de contenir des molécules organiques. Un géologue de la mission, Gwenaël Caravaca, rappelle que ce type de forage s’inscrit dans une logique bien rodée : « C’est un forage de routine. Tous les 20 ou 30 mètres qu’on prend en élévation dans la colonne stratigraphique, on réalise un forage pour avoir une statistique et des données sur l’évolution minéralogique et chimique. »

Curieusement, l’incident a fini par servir la science plutôt que de la freiner. Une roche fracturée expose parfois une matière moins altérée par le rayonnement et la poussière de surface, offrant aux instruments CheMin et SAM une fenêtre plus fraîche sur le passé martien. Un caillou récalcitrant a donc, malgré lui, ouvert une meilleure porte d’entrée vers la chimie ancienne de Mars.

Un test grandeur nature pour les missions à venir

L’épisode dépasse le simple fait divers spatial. Pour les ingénieurs qui planchent sur les futurs bras robotisés destinés au retour d’échantillons martiens, cet incident constitue un cas d’école inédit sur le comportement réel des roches et des mécanismes de forage en conditions martiennes.

Le système de forage de Curiosity n’en était pourtant pas à son premier accroc. Un problème de mécanisme d’alimentation avait déjà nécessité, par le passé, un correctif logiciel pour continuer les opérations. Cette fois, aucune casse à déplorer : l’inspection par la caméra MAHLI a confirmé l’absence de dommages sur l’instrument, une fois la roche évacuée.

Conçu à l’origine pour une mission de deux ans, Curiosity a très largement dépassé cette durée de vie prévue, roulant sur Mars depuis quatorze ans maintenant. Le 6 mai 2026, sa caméra Mastcam a photographié les restes de la roche Atacama, le trou de forage bien visible en son centre, comme une trace laissée par ce bras de fer improbable entre un robot et un caillou martien. Le rover a depuis repris sa route vers de nouvelles couches du mont Sharp, à la recherche d’autres indices sur l’histoire chimique de la planète rouge.