Sous le bord du cratère Jezero, de l’eau chaude a circulé dans un passé lointain, et Perseverance en a retrouvé les empreintes minérales. L’étude, parue le 21 septembre dans Communications Earth & Environment et menée par Candice Bedford (université Purdue), s’appuie sur plus de 185 cibles rocheuses analysées au laser. Elle décrit trois épisodes successifs d’interaction entre l’eau et la roche, dont un franchement hydrothermal.
Personne ne l’attendait à cet endroit.
La zone s’appelle la Margin Unit, une bande qui longe le bord intérieur du cratère, là où s’étendait le rivage d’un ancien lac. Depuis l’orbite, on y détectait de fortes signatures de carbonates, un minéral qui se forme volontiers au bord des lacs. Les scientifiques comptaient donc sur des roches sédimentaires, ces empilements de sable, d’argile et de silt qui conservent bien, sur Terre, les traces de vie microbienne. Perseverance, arrivé sur place en septembre 2023, a trouvé de la roche ignée, issue du refroidissement d’un magma.
- Perseverance a identifié trois épisodes d’interaction entre l’eau et la roche sous le cratère Jezero en analysant 185 cibles au laser.
- Le troisième épisode révèle une activité hydrothermale avec des eaux chaudes ayant déposé des veines de fluorite de 25 centimètres.
- Sur Terre, l’eau chaude réagissant avec les roches volcaniques libère de l’hydrogène, un nutriment pour certains microbes.
Un rivage qui n’en était pas un
Pour trancher, l’équipe a utilisé SuperCam, l’instrument perché sur le mât du rover. Il tire un laser jusqu’à 6,5 mètres de distance et lit la chimie de la cible dans le spectre du plasma produit. Le rover a ainsi balayé l’unité sur environ 265 mètres de dénivelé, un peu plus que la hauteur de la tour Montparnasse. Les résultats tiennent en un gradient net entre le haut et le bas de la pente.
En altitude, la roche est cristalline, faite de gros grains d’olivine, et presque intacte : l’eau y a à peine touché. Plus bas, sur l’ancien fond du lac, les grains d’olivine sont fracturés et de la silice s’est glissée entre eux.
Trois passages de l’eau, du tiède au brûlant
Le premier épisode met en scène une eau souterraine riche en CO2, qui a réagi avec l’olivine et déposé des carbonates dans les fractures, à basse altitude. La roche tendre alentour s’est ensuite érodée et ces filons sont restés en relief. Le deuxième épisode, lié au lac ou à des variations de la nappe, a laissé de la silice, plus abondante dans les roches situées sous l’ancienne ligne d’eau.
Le troisième épisode est le plus chaud.
Des eaux plus chaudes ont emprunté des fractures plus récentes et laissé des veines de sulfate de calcium et de fluorite, épaisses d’environ 25 centimètres, dans la partie orientale de l’unité. Sur Terre, la fluorite se forme quand de l’eau chaude circule dans des roches volcaniques, ce qui pousse les auteurs à parler d’activité hydrothermale. L’équipe a pu établir l’ordre des trois épisodes, mais pas leur âge.
Ce que la chaleur change pour la quête de vie
La recherche de vie martienne fouille surtout la surface, ses deltas et ses rivages. Ici, la piste s’enfonce dans le sous-sol. Sur Terre, la réaction entre l’eau et les roches riches en olivine libère de l’hydrogène, dont se nourrissent certains microbes, et elle laisse derrière elle des carbonates et de la silice, deux minéraux connus pour conserver les indices microbiens. Les systèmes hydrothermaux terrestres comptent d’ailleurs parmi les milieux capables d’héberger la vie.
Aucune trace de vie n’a été détectée pour autant.
L’écart avec les prédictions orbitales est frappant, et Candice Bedford le souligne elle-même : les données venues de l’orbite ne correspondent presque jamais à celles du rover. Perseverance a prélevé des échantillons dans la Margin Unit, et le plan de recherche prévoit une mission future pour les rapporter sur Terre. Jezero se trouve au cœur de l’un des plus vastes affleurements de carbonates de Mars, ce qui donne à ces résultats une portée bien au-delà du cratère.
Sources : arynews.tv | universetoday.com


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