Le télescope spatial Nancy Grace Roman a décollé le dimanche 30 août à 7 h 26, heure de Floride, à bord d’une Falcon Heavy de SpaceX, depuis le Launch Complex 39A du Kennedy Space Center. Il est depuis en route vers son orbite finale, un voyage de trois mois et d’un million de miles. Destination : le point de Lagrange L2, la région où se trouve déjà le télescope James Webb.

Les propulseurs latéraux de la fusée sont revenus se poser sur le site de lancement pour être remis en état.

À retenir
  • Le télescope Nancy Grace Roman a décollé le 30 août 2026 à bord d’une Falcon Heavy depuis le Kennedy Space Center.
  • La mission arrive huit mois en avance et respecte son budget initial, un exploit rare pour les grands observatoires de la NASA.
  • Roman disposera de carburant pour au moins 22 ans d’opérations scientifiques et doit découvrir des dizaines de milliers d’exoplanètes.

Huit mois d’avance et un budget respecté

Dans l’histoire récente de la NASA, les grands observatoires qui arrivent en avance et sans rallonge financière se comptent sur les doigts d’une main. Le 21 avril 2026, l’agence avait annoncé un décollage en septembre, huit mois avant l’échéance et sous le coût prévu. L’engagement initial était un vol au plus tard en mai 2027. Le jour J, la météo ne donnait que 50 % de chances favorables, mais le ciel s’est dégagé au lever du soleil et le décollage a eu lieu à l’heure.

L’engin a une origine peu banale. En 2012, le National Reconnaissance Office a proposé à la NASA deux miroirs excédentaires de satellites espions, larges de 2,4 mètres chacun, soit à peu près l’ouverture de Hubble. Le projet WFIRST prévoyait à l’origine un miroir de 1,5 mètre, et l’agence a jugé le changement rentable.

Son champ de vision infrarouge est 200 fois plus large que celui de Hubble.

Un recensement du cosmos, des exoplanètes à l’énergie noire

Les chiffres annoncés donnent le vertige. Sur l’ensemble de sa mission, Roman doit permettre d’étudier 100 000 exoplanètes, des centaines de millions de galaxies et des milliards d’étoiles. La responsable scientifique Julie McEnery promet un relevé de la Voie lactée qui recensera 20 milliards d’étoiles. Le télescope renverra 1,4 téraoctet de données par jour, le débit le plus élevé de toutes les missions d’astrophysique de la NASA à ce jour. À la fin de sa mission principale de cinq ans, l’archive devrait atteindre 20 000 téraoctets.

Pour mesurer l’ampleur de l’enjeu sur les exoplanètes, un repère : les astronomes en ont catalogué environ 6 000 autour d’étoiles proches, selon Nicola Fox, directrice associée de la direction des missions scientifiques de la NASA. Roman devrait en découvrir plusieurs dizaines de milliers. Il embarque aussi un coronographe, présenté comme démonstrateur technologique.

Côté cosmologie, l’ambition est tout aussi nette. McEnery espère confirmer, ou mettre à mal, le modèle standard de l’Univers. Webb et Hubble observent le ciel avec une grande précision mais sur de petites zones, un peu comme à travers un trou de serrure, quand Roman balaie de vastes portions de ciel d’un seul tenant.

Trois mois de réglages avant les premières images

Les équipes du Goddard Space Flight Center ont reçu les premières données de télémétrie sept minutes après le décollage, et la Falcon Heavy a largué l’observatoire 31 minutes après le départ. Pendant les trois mois de mise en service, les scientifiques vont calibrer et tester les instruments.

Une bonne nouvelle est tombée à peine deux semaines après le lancement. L’équipe a annoncé que Roman disposait de carburant pour au moins 22 ans d’opérations scientifiques, soit plus du double du budget initial de dix ans. La mission principale, elle, reste calée sur cinq ans, ce qui laisse une marge considérable pour prolonger les observations.

La NASA prévoit de publier les premières images de Roman d’ici début 2027.

Roman est la quatrième mission principale que la NASA envoie sur une Falcon Heavy. Son succès arrive pourtant dans un contexte tendu : les responsables de l’agence ont salué cette avance malgré les incertitudes budgétaires qui pèsent sur ses programmes scientifiques.