Les équipes d’assemblage de Hefei ont déjà bouclé plus de la moitié de la machine principale de BEST, le tokamak chinois censé prouver que la fusion peut produire de l’électricité. L’appareil doit être terminé d’ici fin 2027, bien avant ITER, son grand rival international, qui ne brûlera du combustible deutérium-tritium qu’à la fin de la décennie suivante. Reste à savoir si Pékin tiendra son calendrier.

ITER n’entamera le deutérium-tritium qu’en 2039.

À retenir
  • La base du Dewar, première pièce maîtresse de BEST, pèse 400 tonnes et supportera à terme 6 000 tonnes d’équipements.
  • BEST doit démontrer une vraie combustion deutérium-tritium avec gain énergétique, contrairement à EAST qui a seulement maintenu un plasma.
  • L’assemblage complet s’achève fin 2027, soit douze ans avant ITER qui commence son deutérium-tritium en 2039.

Six mille tonnes à poser au millimètre

Tout a commencé par une pièce de métal. Le 1er octobre 2025, une cérémonie a marqué la mise en place de la base du Dewar, premier composant clé de la machine. Elle pèse plus de 400 tonnes pour environ 18 mètres de diamètre et 5 mètres de hauteur, ce qui en fait le plus gros élément sous vide jamais produit par la recherche chinoise sur la fusion. Sa fabrication a exigé du soudage de haute précision, un contrôle des déformations à l’échelle du millimètre et une étanchéité à ultravide, avec une précision millimétrique à l’installation.

Le Dewar fonctionne comme une immense bouteille thermos sous vide. Il isole des aimants supraconducteurs qui travaillent à -269 °C pour confiner un plasma chauffé à plus de 100 millions de degrés.

La base sert de fondation à tout le reste. Elle supportera à terme plus de 6 000 tonnes d’équipements, soit à peu près le poids de la tour Eiffel. Depuis, le rythme s’est accéléré : le premier boîtier de bobine toroïdale, fabriqué par Erzhong Equipment, a été livré et réceptionné au Sichuan en mars 2026, puis la première section des composants principaux a été posée par levage de précision le 30 juin 2026.

Début octobre, le site a franchi un nouveau cap, avec une phase d’assemblage des anneaux concentriques du cœur du réacteur.

Ce que BEST doit démontrer, et que son prédécesseur ne sait pas faire

EAST, le tokamak voisin, a tenu un plasma pendant 1 066 secondes en janvier 2025. Un exploit de durée. Mais cette machine a prouvé que la fusion contrôlée était scientifiquement faisable, sans produire d’énergie de fusion réelle. BEST est conçu pour démontrer une véritable « combustion » de plasma deutérium-tritium. Un plasma en combustion ressemble à une flamme entretenue par la chaleur de la réaction elle-même, et c’est la condition d’une production continue d’énergie. Les objectifs de gain affichés varient selon les sources : un facteur Q d’environ 1 pour une description technique de la délégation de l’institut d’ingénieurs de Hong Kong, cinq fois l’énergie consommée pour Nuclear Engineering International.

Pékin ne court pas seul. SPARC, installation expérimentale en construction dans le Massachusetts, vise le même objectif de gain net avec un calendrier similaire.

ITER, l’aîné qui se fait doubler

Le chantier de Cadarache, en France, avance, mais sur une autre échelle de temps. Les activités de recherche y débuteront en 2034, avec l’énergie magnétique complète en 2036, avant le deutérium-tritium en 2039. Le neuvième et dernier secteur de la chambre à vide est arrivé par bateau à Marseille en septembre 2026, et l’anneau complet pèsera 5 732 tonnes une fois ses neuf sections soudées.

La comparaison a pourtant ses limites. BEST est un tokamak compact à champ élevé, étape intermédiaire entre EAST et le futur réacteur de démonstration chinois CFEDR, alors qu’ITER cherche à valider la physique à l’échelle d’une centrale, avec une coopération internationale qui explique en partie sa lenteur.

Des scientifiques de plus de 10 pays, dont la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, ont signé la Déclaration de Hefei en novembre 2025, qui ouvre ces installations aux chercheurs étrangers.

Des dates à prendre comme des objectifs

Les sources ne s’accordent pas toutes. La plupart des médias reprennent une fin d’assemblage en 2027, mais une fiche de référence évoque un achèvement largement atteint en 2028 et un premier kilowattheure de fusion vers 2030. Presque toute l’information sur l’avancement vient de la presse d’État chinoise (Xinhua, CCTV, Global Times) et des communiqués de l’Académie chinoise des sciences. Aucun audit indépendant n’a été publié à ma connaissance.

Une nuance de vocabulaire compte aussi : la « première électricité de fusion » promise vers 2030 est une démonstration scientifique, pas une centrale raccordée au réseau. La prochaine marche s’appelle CFEDR, le réacteur d’ingénierie de démonstration, et il faudra attendre qu’un plasma de deutérium-tritium brûle réellement à Hefei pour juger de sa faisabilité.