Vingt-cinq kilomètres de diamètre, environ 390 millions d’années : Uhackatik, sur la Côte-Nord du Québec, près de la frontière avec le Labrador, vient de s’ajouter à la liste des grands cratères d’impact de la planète. Une expédition menée en octobre 2025 a confirmé sur le terrain ce que des images satellites laissaient deviner. L’Observatoire de la Terre de la NASA a relaté l’affaire en septembre 2026.

Tout a commencé par la recherche d’un emplacement de camping.

À retenir
  • Le cratère d’Uhackatik mesure environ 25 kilomètres de diamètre.
  • L’impact remonte à environ 390 millions d’années, au Dévonien.
  • Un astronome amateur a signalé la structure après l’avoir repérée sur une carte en ligne.

Un cercle trop régulier sur une carte

En 2024, Joël Lapointe, astronome amateur, parcourait des cartes en ligne pour préparer des vacances sur la Côte-Nord quand une forme circulaire près du lac Marsal a retenu son attention. Il a signalé sa trouvaille sans se douter qu’elle mobiliserait des géologues de deux pays. Sur l’image Landsat 8 du 12 octobre 2025, la structure se devine à peine autour du lac, comme un cerne très pâle sur la forêt.

Les spécialistes ont pris le signalement au sérieux. Il est parvenu à des chercheurs de l’université d’Aix-Marseille, et un groupe de scientifiques français a présenté la zone, lors d’une réunion de la Meteoritical Society en 2024, comme le centre d’un possible onzième site d’impact au Québec. Gordon Osinski, professeur de sciences de la Terre à Western University et directeur de la base de données Impact Earth, a ensuite organisé la mission de terrain. Il fait aussi partie de l’équipe de géologie du programme Artemis de la NASA.

D’après Osinski, c’est la première fois qu’un repérage émanant du grand public est établi comme cratère d’impact. Il qualifie lui-même la découverte de fortuite.

Cônes de percussion et roches fondues

Quatre chercheurs ont gagné le site en octobre 2025. Osinski, qui a travaillé sur six continents, range ce déplacement parmi les plus pénibles de sa carrière. Marécages, insectes et sous-bois touffus attendaient l’équipe dès le débarquement.

Les relevés géologiques antérieurs mettaient ces roches fracturées sur le compte d’un ancien volcanisme.

Les chercheurs y ont pourtant trouvé des cônes de percussion, ces fractures coniques striées que seule l’onde de choc d’un impact grave dans la roche. Ils ont aussi relevé une épaisse couche de brèches d’impact et de roches fondues, que le volcanisme classique n’explique pas. Les nappes de roche fondue atteignent jusqu’à 50 mètres d’épaisseur. L’ensemble dessine un cratère complexe, avec un soulèvement central et de hautes falaises à colonnes prismatiques.

Le lac Marsal occupe le centre de la structure, et la partie nord du lac Magpie en borde le flanc ouest. Avec ses 25 kilomètres, l’ensemble couvre plus de deux fois la largeur de Paris intra-muros, et la dépression visible sur les images satellites n’en représente qu’une partie.

Un impact antérieur aux dinosaures

Les analyses paléomagnétiques et la datation uranium-plomb situent la collision au Dévonien, il y a environ 390 millions d’années. Les dinosaures n’étaient alors pas encore apparus : ils n’entreraient en scène que plus de 150 millions d’années plus tard. L’astéroïde responsable aurait mesuré autour de 1,6 kilomètre, selon une estimation relayée par la presse.

L’événement précède d’environ 100 millions d’années une hausse marquée de la cratérisation terrestre, que des chercheurs relient à des collisions dans la ceinture d’astéroïdes. Il porte à onze le nombre de structures d’impact québécoises, si la validation officielle suit.

Qu’un cratère de cette taille ait échappé aux regards pendant si longtemps n’a rien d’absurde. Érosion, tectonique, glaciations et végétation effacent peu à peu ces cicatrices, ce qui explique que la planète n’en compte qu’environ 200 de confirmées. Au Québec même, les cratères de Couture et de La Moinerie mesurent chacun près de 8 kilomètres. En France, Rochechouart-Chassenon atteint environ 20 kilomètres.

Selon Osinski, un impact de cette ampleur aujourd’hui effacerait des villes majeures.

Un nom innu, une validation encore attendue

Le nom Uhackatik a été choisi en concertation avec le Conseil des Innus d’Ekuanitshit, sur le territoire duquel se trouve le cratère. Il reste provisoire tant que la Meteoritical Society n’a pas statué. Si elle valide la structure, ce serait, d’après plusieurs comptes rendus, le plus grand cratère identifié depuis Hiawatha, 31 kilomètres sous la glace du Groenland, révélé en 2018.

Le site, reculé et difficile d’accès, n’a rien d’une destination touristique. Au Labrador voisin, le cratère de Kameshtashtan (lac Mistastin), plus jeune et plus abordable, a déjà servi à l’entraînement géologique d’astronautes.

Pour qui voudrait imiter Joël Lapointe, la démarche existe : selon certains comptes rendus, il a transmis son repérage par le canal de signalement d’Impact Earth, la base de données que dirige Gordon Osinski à Western University, avant que les experts ne prennent le relais.