Le 11 août 2026, au 4 982e jour martien de la mission, Curiosity a photographié le lever du soleil sur des reliefs lointains sculptés par le vent. La NASA n’a publié le résultat que le 6 octobre. Le panorama réunit six images prises par la Mastcam, assemblées une fois transmises à la Terre.

Ces falaises, l’équipe de la mission les guette depuis longtemps.

À retenir
  • Le panorama assemble six images de la Mastcam prises après le lever du soleil martien
  • Une couche de yardangs de 16 kilomètres se détache sur les flancs du mont Sharp
  • Curiosity a franchi un kilomètre de dénivelé, un record pour le rover
  • L’équipe vise l’atteinte de la base des crêtes au cours de l’année 2027

Une aube martienne sans correction de couleur

La prise de vue date d’environ une heure après le lever du soleil. Il était alors 8 h 30, heure locale martienne. Sur Mars, un jour dure 24 heures et 39 minutes environ, ce qui explique que le compteur de la mission affiche des « sols » et non des jours terrestres.

Contrairement à la plupart des images de la Mastcam, celle-ci a été traitée sans balance des blancs, afin de conserver l’aspect du petit matin. Le premier plan prend des teintes bleutées, tandis que la lumière matinale éclaire les crêtes à l’horizon. Ashwin Vasavada, scientifique du projet au Jet Propulsion Laboratory, y voit une scène qui rappelle Monument Valley, en Arizona. Mais le ciel est orange et le lever de soleil prend des nuances de bleu.

Les éléments du premier plan restent sombres, alors que les formations lointaines baignent dans une lumière pâle. Ce contraste donne au cliché sa profondeur, presque celle d’un paysage de l’Ouest américain pris à contre-jour.

Les yardangs, une couche qui détonne sur le mont Sharp

Les crêtes visibles à l’horizon s’appellent des yardangs. Ce sont des saillies taillées dans la roche mère. La couche qui les porte s’étend sur environ 16 kilomètres, dans la partie nord-ouest du mont Sharp, une montagne de 5 kilomètres de haut. Cela représente une quinzaine de tours Eiffel empilées.

Selon Ashwin Vasavada, cette couche semble déplacée : mauvaise couleur, strates inclinées de façon étrange, et un aspect de matériau plaqué après coup. L’équipe pense qu’il s’agissait à l’origine de sédiments transportés par le vent, du sable ou peut-être des cendres venues d’une activité volcanique voisine. Une fois durcis en roche, ces dépôts ont été sculptés en crêtes par des éons de vents. Personne ne tranche encore entre ces pistes.

La montagne a pu commencer à s’éroder avant le dépôt de cette couche, ce qui créerait un trou dans les archives climatiques que Curiosity lit strate après strate.

Chaque niveau du mont Sharp enregistre une période distincte de l’histoire martienne, et leur étude a révélé l’existence de lacs et de ruisseaux il y a des milliards d’années. L’eau a fini par s’évaporer, laissant derrière elle des minéraux salés. Quand les dépôts ont cessé, le vent a pu arracher une partie de la matière, ce qui aurait fait naître les yardangs.

Un kilomètre de dénivelé, et la suite de l’ascension

Curiosity s’est posé dans le cratère Gale en 2012 et grimpe la montagne depuis 2014. Le rover vient de franchir un kilomètre de dénivelé, un record sur Mars.

Le 5 septembre 2026, il a photographié le plancher du cratère Gale vu d’en haut, neuf jours après avoir franchi ce cap. Un kilomètre, c’est trois fois la hauteur de la tour Eiffel. Mais le robot, grand comme une Mini Cooper, avance sur des pentes de roches et de sable, à vitesse d’escargot.

Le trajet vers les yardangs n’a rien d’une ligne droite.

Les scientifiques espèrent atteindre la base des crêtes au cours de l’année 2027. À mesure que le rover s’en rapproche, l’équipe attend des images encore plus détaillées et, peut-être, des réponses sur la formation de ces falaises. Les instruments de Curiosity pourront alors analyser la composition de la roche sur place, ce qu’aucune photographie à distance ne permet.

Au-delà de la carte postale

Curiosity étudie la géologie et le climat de Mars et cherche à savoir si la planète a déjà réuni des conditions favorables à une vie microbienne. À l’époque des lacs, Mars était plus humide et plus chaude qu’aujourd’hui. Il reste l’un des deux rovers de la NASA en activité sur la planète.

Le panorama sert donc de document de travail autant que de belle image. En l’analysant, les chercheurs veulent mieux comprendre comment des reliefs comme les falaises du mont Sharp se sont formés. La couche de yardangs marque la fin de la pile de strates dans la zone que le rover escalade, d’après la NASA, et c’est là que Curiosity devrait bientôt prélever ses premiers indices sur l’origine de ces roches inhabituelles.

Le calendrier reste à confirmer : l’équipe vise 2027, mais chaque kilomètre gagné sur ce terrain dépend de l’état des pentes et des roues du rover.