Huit pièces, des mosaïques, des fresques, et deux lectures opposées. Selon la surintendance archéologique de Rome, qui l’a annoncé un mercredi d’août 2026, le bâtiment du IIᵉ siècle exhumé dans le parc de Villa Celimontana, sur le Cælius, est soit une caserne de pompiers antiques, soit la demeure d’un aristocrate. Rien n’est tranché à ce jour.

À retenir
  • Huit salles d’époque impériale ont été mises au jour sous la villa Mattei, sur le Cælius
  • Une mosaïque au dauphin, au homard et au crabe rappelle un motif connu d’une caserne à Ostie
  • Le quartier abritait aussi de riches demeures, dont celle d’un consul de 198
  • Cinq des huit pièces sont entièrement fouillées, et le plan complet n’est pas encore dégagé

Un mur double, huit pièces derrière

Tout est parti d’un chantier de consolidation.

Les fouilles, menées dans le cadre du plan national de relance (PNRR) sous la supervision de la Surintendance spéciale de Rome, ont mis au jour huit salles d’un édifice d’époque impériale. Le mur antique qui retient la colline sous la villa Mattei, résidence Renaissance du XVIᵉ siècle, s’est révélé être un double mur. C’est en inspectant la partie haute du mur intérieur que les archéologues sont tombés sur les vestiges. La construction en briques (opus latericium) a été remaniée en opus listatum, qui alterne briques et pierres, et ses espaces ont été réorganisés à partir du IIIᵉ siècle.

Un détail de stratigraphie ajoute une couche à l’histoire. Les fondations de la loggia du XVIIᵉ siècle, qui domine la basilique San Sisto, reposent directement sur ces murs romains. Les bâtisseurs de la Renaissance avaient donc, sans le savoir, planté leur terrasse sur un édifice de dix-sept siècles plus ancien.

Le décor, lui, a de quoi faire rêver. Une mosaïque montre un dauphin, un poisson, un homard et un crabe autour d’un grand vase à deux anses, et un plafond peint garde des grands cercles rouges et bleus. Cinq des huit pièces sont entièrement fouillées, ce qui laisse encore trois salles dans l’ombre.

Ce qui plaide pour les vigiles

Les vigiles, ce sont les pompiers de la Rome impériale, et aussi sa police de nuit. Sous l’Empire, ils étaient chargés de lutter contre les incendies et de maintenir l’ordre nocturne. Auguste les avait organisés en sept casernes pour quatorze régions, et le Cælius abritait celle de la Vᵉ cohorte. Ses vestiges de l’époque de Trajan, situés à gauche de l’entrée actuelle depuis la piazza della Navicella, ont été fouillés en 1820, 1931 et 1958.

Le premier indice tient à la mosaïque. Son motif ressemble beaucoup à celui d’une caserne de pompiers déjà connue à Ostie, le port de Rome, à une trentaine de kilomètres de la capitale. Le site se trouve aussi tout près de l’aqueduc du Cælius et d’une grande citerne, deux atouts évidents pour des hommes dont le métier consistait à transporter de l’eau. Les cartes archéologiques, de leur côté, plaçaient jusqu’ici la caserne dans une zone limitée, entre l’entrée actuelle du parc et l’arrière d’un autre ensemble. Si la lecture se confirme, il faudra les redessiner.

Une ressemblance de décor ne vaut pas preuve d’affectation.

Le dossier de la domus

Le Cælius n’a jamais été un quartier ordinaire. Après un violent incendie sous Tibère, la reconstruction y a fait naître de somptueuses demeures, qui ont transformé la colline en quartier chic. Sous les thermes de Caracalla, tout proche, les fouilles ont dégagé des villas luxueuses, avec peintures murales et mosaïques. La colline mesure environ deux kilomètres de long pour 400 à 500 mètres de large, et ces propriétés s’y serraient.

Les voisins de la caserne n’étaient d’ailleurs pas des gens modestes. D’après les restitutions de la Rome antique, la maison de Lucius Marius Maximus Perpetuus, consul en 198, se trouvait tout près du bâtiment de la Vᵉ cohorte.

Pour les tenants de la domus, il pourrait s’agir d’une résidence patricienne comme on en a trouvé beaucoup au sommet de la colline, et la sophistication des décors irait dans ce sens. L’argument pèse lourd. Mais il se retourne en partie, puisque le motif comparé vient précisément d’une caserne, celle d’Ostie. Un camp militaire romain n’était pas forcément un lieu austère, surtout pour ses cadres ou ses locaux de représentation.

Ce qu’il reste à trancher

Le complexe n’est pas entièrement dégagé, et c’est là que tout se joue. Les archéologues attendent d’abord de voir le plan complet : une cour centrale et des pièces alignées dessineraient une caserne, comme à Ostie, alors qu’un péristyle et des salles de réception ou d’apparat relèveraient de la domus. Si l’hypothèse de la caserne est confirmée, estiment les responsables italiens, la découverte aidera à réévaluer l’étendue de l’un des plus importants complexes militaires de la Rome impériale.

Le parc, lui, reste un lieu de promenade. Villa Celimontana occupe le sommet du Cælius, dans le rione Celio, avec son entrée principale près de la piazza della Navicella, à côté de Santa Maria in Domnica. Une entrée secondaire s’ouvre sur le Clivo di Scauro, près de la basilique Santi Giovanni e Paolo. Aucune des sources consultées ne précise si la zone de fouille est accessible au public, mieux vaut donc se renseigner avant de venir.

De l’autre côté du Vicus Cyclopis, face à la caserne de la Vᵉ cohorte, se trouvaient les Castra Peregrina, qui comprenaient une prison et un temple de Jupiter Redux.