À retenir
  • Trente mètres de rempart et une tour circulaire ont été dégagés au 15 quai d’Alsace.
  • La tour est ronde en élévation mais repose sur des fondations carrées.
  • Le rempart est adossé à un quartier d’entrepôts lié au port antique de l’Aude.

Trente mètres de rempart là où personne n’en attendait

Au 15 quai d’Alsace, les archéologues ont dégagé environ 30 mètres de muraille et une tour circulaire appartenant à l’enceinte de Narbo Martius, la colonie romaine fondée en 118 av. J.-C. La fouille de l’Inrap a surtout livré un tronçon de l’enceinte du Haut Empire. Le rempart date des dernières décennies du Ier siècle avant notre ère.

Une ville ouverte, disait-on.

En l’absence de sources écrites et de vestiges connus, les historiens pensaient que Narbonne n’avait pas de rempart durant le Haut-Empire. La fouille préventive, elle, a démarré en août 2023 sur 3000 m² en périphérie du centre historique. Son but officiel n’avait rien à voir avec la défense de la cité : documenter un quartier de commerce lié au port antique.

Une tour ronde posée sur des fondations carrées

Les fouilles ont mis au jour une tour fortifiée de 7 à 9 mètres de diamètre et un tronçon de rempart de 30 mètres de long. La tour est ronde en élévation mais repose sur des fondations carrées, un choix que l’Inrap attribue à un souci probable de stabilité. Pour situer l’ouvrage, cette enceinte est jugée comparable à celles de grandes villes romaines comme Lyon, Orange ou Autun. Le terrain, proche d’un bras de rivière, n’était sans doute pas le plus simple à bâtir.

Ce détail de construction compte plus qu’il n’y paraît, car il montre un ouvrage pensé et non improvisé. Un mur élevé sur un sol meuble, à proximité de l’eau, demande des fondations capables de répartir la charge. Les Romains de Narbonne savaient le faire.

L’Inrap reconnaît que ses archéologues n’envisageaient pas du tout la présence d’un rempart à cet endroit.

Cette surprise rappelle une réalité de l’archéologie préventive : on fouille ce que les aménageurs s’apprêtent à bétonner, pas ce que les chercheurs rêvent de trouver. À Narbonne, le sous-sol est connu de longue date. Depuis les années 1990, l’Afan puis l’Inrap y ont mené plus de 150 opérations de diagnostic et de fouille. Cent cinquante interventions, et le rempart restait introuvable.

Un quartier d’entrepôts au bord de l’Aude

Le secteur a été urbanisé vers 50 de notre ère, plus d’un siècle et demi après la fondation de la colonie. L’Inrap y décrit un quartier antique voué au stockage et au commerce de marchandises entre le Ier siècle avant et le IVe siècle après J.-C. Quatre siècles d’activité, c’est à peu près la durée qui nous sépare de Louis XIII.

Trois à quatre entrepôts ont été partiellement dégagés, probablement administrés par différents commerçants. Ces découvertes se rattachent au port urbain de Narbo Martius, implanté le long du bras antique de l’Aude.

Le lieu n’était donc pas un simple dépôt de marchandises. Il fonctionnait comme une zone d’échanges où les denrées arrivaient par voie d’eau avant de repartir par la route. La cité avait été placée, dès l’origine, sur la Via Domitia, première voie romaine de Gaule, qui reliait l’Italie à l’Espagne. Entre le fleuve et la route, Narbonne tenait un carrefour que ses habitants avaient tout intérêt à protéger.

Que le rempart passe à proximité immédiate de ce quartier marchand n’a rien d’anodin. On peut y voir une enceinte qui protégeait les richesses autant qu’elle affichait le statut de la ville. C’est une interprétation, que la poursuite des études devra confirmer ou nuancer.

Des décors peints promis au musée Narbo Via

Les archéologues ont aussi trouvé, dans une pièce réaménagée, des vestiges de décors peints sur les murs et sur le plafond effondré. Le motif des murs imite des plaques de marbre, tandis que le plafond était orné d’entrelacs végétaux sur fond blanc. Un décor de ce genre, dans un entrepôt, surprend. Il suggère que ces espaces ne se limitaient pas à un usage purement utilitaire.

La suite est déjà tracée pour ces peintures. L’ensemble va être déposé par des restaurateurs et intégrera, après études, les collections du musée Narbo Via, grâce à une convention de dépôt entre l’État et l’EPCC Narbo Via. Le musée, réalisé par l’architecte britannique Norman Foster, présente le patrimoine archéologique de la cité antique. Les visiteurs pourront donc voir ce que les fouilleurs ont sorti du sol.

Cette découverte s’ajoute à une série de trouvailles narbonnaises récentes. En 2019, l’Inrap avait annoncé une nécropole à l’exceptionnel état de conservation, pouvant abriter jusqu’à 1 000 tombes antiques. Aujourd’hui, c’est la muraille qui se révèle. À Arles ou à Nîmes, villes pourtant de moindre importance, l’héritage romain se lit dans le paysage. À Narbonne, ce rayonnement antique a laissé peu de traces en surface.

Le calendrier institutionnel suit le rythme du terrain. Le 19 septembre 2025, l’Inrap a signé une convention de partenariat avec la ville de Narbonne, ce qui laisse espérer des fouilles plus coordonnées dans les années à venir. Reste une inconnue de taille : le tracé complet de cette enceinte. Trente mètres de courtine et une tour ne dessinent pas un périmètre, et chaque chantier futur pourra retrouver un nouveau segment du rempart.