Plus d’un millier de dés ont été découverts sur le site gallo-romain de Grand, lors d’une fouille à l’été 2026. Taillés dans l’os, ils dormaient dans le sol des Vosges depuis près de dix-huit siècles. Les archéologues cherchaient autre chose, et ils ne savent toujours pas ce que ces dés faisaient là.
Une fouille gallo-romaine ordinaire en livre une dizaine.
- Plus de 1 000 dés en os ont été trouvés à Grand en 2026.
- La collection est la plus importante jamais découverte pour l’Antiquité.
- Un petit bâtiment peint, au cœur des vestiges, reste l’énigme principale.
De 197 dés à plus de 1 000 : un chantier qui s’emballe
Les recherches ont démarré en 2022, juste à côté de la basilique et de sa célèbre mosaïque. L’objectif était de localiser précisément les vestiges explorés dans les années 1960 et d’en reprendre l’étude. Les dés se sont ensuite accumulés campagne après campagne : 197 exemplaires en 2024, puis, selon les premiers comptes rendus de l’été 2026, 500 dés avant que le décompte ne dépasse le millier.
Rapporté à la dizaine ou à la quinzaine d’une fouille classique, le chiffre représente environ cent fois la moyenne. Pour l’Antiquité, il s’agit de la plus importante collection de dés à jouer jamais découverte.
Ces objets n’ont rien d’exotique. Ils ressemblent à ceux qu’on utilise aujourd’hui pour les petits chevaux, taillés dans des os d’animaux, avec des calibres allant d’un demi-centimètre à plus d’un centimètre. Un joueur de 2026 les reconnaîtrait au premier coup d’œil, sans avoir besoin d’explications.
Les fouilleurs les ont datés du deuxième siècle, à quelques mètres de la mosaïque et de la basilique. Le contexte archéologique plus large du secteur court entre le Ier et le IIIe siècle. Les os utilisés venaient d’animaux, et le comblement d’une fosse voisine a d’ailleurs livré de nombreux fragments d’aiguilles, des céramiques et des ossements d’animaux, autant de déchets qui laissent penser à un travail de l’os sur place.
Un bâtiment de 4,5 mètres sur 3,8 qui garde son secret
Les dés se concentrent autour d’un petit édifice. Il mesure 4,5 mètres sur 3,8 et longe une ancienne route orientée est-ouest. D’après les comptes rendus de la campagne, ses murs portaient des peintures rouges sur un soubassement jaune, ce qui n’a rien d’une simple remise. Plus loin, une fosse quadrangulaire a pu accueillir un bassin en bois.
Le communiqué du Conseil départemental des Vosges avance trois pistes. La campagne 2026 cherche à déterminer si le bâtiment était un atelier de fabrication de dés, un sanctuaire, ou un espace dédié aux jeux placé sous la protection d’une divinité. Chacune se défend, et chacune a ses failles.
Aucune ne s’impose pour l’instant.
L’hypothèse de l’atelier s’appuie sur le nombre et sur les déchets d’os, mais un atelier de cette taille aurait laissé des ébauches et des chutes en quantité, un point que l’étude du mobilier devra vérifier. Celle du lieu de jeu explique l’abondance, car des dés perdus, cassés ou jetés s’accumulent vite quand on joue beaucoup. Quant au sanctuaire, il surprend, puisque rien n’établit de lien direct entre cette accumulation et le culte principal du site.
Grand, une ville sanctuaire à qui il manque son temple
Le contexte rend l’affaire plus piquante. Grand s’appelait Andésina dans l’Antiquité et abritait entre 15 000 et 20 000 habitants, aujourd’hui remplacés par 364 villageois. L’amphithéâtre, bâti à la fin du Ier siècle, pouvait accueillir 17 000 personnes, et la mosaïque de la basilique couvre 232 m².
Mais le temple d’Apollon Grannus, lui, reste introuvable. Les archéologues le recherchent depuis deux siècles, depuis les premières fouilles du XIXe siècle menées par l’ingénieur J.-B. Jollois.
C’est donc en cherchant un temple que l’équipe est tombée sur un tas de dés. Ironie de l’histoire, mais pas forcément hasard : les sanctuaires de guérison attiraient des foules, et les foules aiment passer le temps entre deux rites. Cette lecture reste une piste de travail, rien de plus, car aucune source ne la confirme à ce stade.
Étudier avant d’exposer
Les dés ne partiront pas en vitrine tout de suite. Avant d’être exposés, ils vont être étudiés et analysés, et une étudiante mènera un mémoire de recherche sur la découverte dans les prochains mois. Mesures, répartition par taille, traces de fabrication ou d’usure : ces données diront si l’on a affaire à une production ou à des pertes de joueurs.
Le chantier repose sur une équipe resserrée. Le Conseil départemental des Vosges l’organise avec le soutien financier de la DRAC Grand Est, sous la direction de Thierry Dechezleprêtre, conservateur en chef au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Une quinzaine d’étudiants en archéologie issus de plusieurs universités françaises ont creusé sur place pendant l’été.
Pour les curieux, le site de Grand reste visitable toute l’année, avec la basilique et sa mosaïque à quelques pas des fouilles. Le chantier 2026 était, lui, ouvert au public jusqu’au 30 juillet, du lundi au vendredi, mais le mobilier découvert ne sera présenté qu’une fois l’inventaire terminé, sans calendrier annoncé à ce jour.
Dernière nuance : le chiffre de « plus de 1 000 » vient des premiers décomptes de terrain, après des communications qui parlaient de 500 dés. Seul l’inventaire en laboratoire fixera le total définitif, et il pourrait encore bouger.
Source : sciencepost.fr


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