Cinq éclairs minuscules, semblables à des piqûres d’épingle, ont percé l’obscurité lunaire le 6 avril 2026. Les astronautes d’Artemis II les ont signalés depuis Orion, alors situé à environ 74 000 kilomètres de la Lune. Leur origine est identifiée : de petits fragments de roche qui ont frappé la surface lunaire.

Les 31 caméras du vaisseau n’ont rien enregistré de ces événements.

Le survol de la face cachée a duré près de sept heures. C’est pendant l’éclipse de Soleil derrière la Lune que l’obscurité a permis de distinguer cinq éclairs lumineux. Trois membres d’équipage, le commandant Reid Wiseman, le pilote Victor Glover et Jeremy Hansen, de l’Agence spatiale canadienne, ont marqué les flashs sur une image de tablette. Un enregistrement audio publié par la NASA fait entendre l’un d’eux annoncer un flash qui fait exactement « plop ».

À retenir
  • Cinq éclairs ont été repérés le 6 avril 2026 sur la face cachée de la Lune.
  • Ils sont causés par de petits fragments rocheux qui frappent la surface.
  • Les flashs ont été observés à l’œil nu, pendant l’éclipse de Soleil derrière la Lune.

Un flash d’impact, concrètement

La Lune n’a pas d’atmosphère pour freiner ou consumer les débris qui lui tombent dessus. Un météoroïde, parfois à peine plus gros qu’un caillou, arrive à plusieurs dizaines de kilomètres par seconde. Quand il touche le sol, il se vaporise et produit un scintillement de lumière. Le phénomène dure une fraction de seconde et reste imprévisible.

Restait à écarter les fausses pistes. Après avoir éliminé d’autres explications, comme des reflets provenant du vaisseau, les scientifiques ont conclu à des impacts de fragments rocheux.

Les premiers comptes rendus d’avril évoquaient jusqu’à six éclairs, la NASA en a retenu cinq après vérification.

« Face cachée » ne veut pas dire « face sombre ». Ce côté de la Lune reçoit autant de soleil que celui tourné vers nous, il reste simplement invisible depuis la Terre. L’équipage a même observé des régions qui n’étaient jamais apparues illuminées lors des missions Apollo. Pour repérer des flashs, il fallait donc attendre le moment où le Soleil passait derrière le disque lunaire.

Pourquoi l’œil humain a devancé les caméras

Les spécialistes savaient qu’un œil entraîné pouvait faire mieux qu’un capteur. Molly Wasser, de la division des sciences planétaires de la NASA, a rappelé que ces observations ont été faites à l’œil nu et que les flashs sont très difficiles à capturer avec une caméra. Les scientifiques lunaires avaient d’ailleurs demandé à l’équipage de les guetter, dans le cadre du plan scientifique. Certains d’entre eux ont pourtant été étonnés d’apprendre que les astronautes en avaient vu.

Bruce Betts, scientifique en chef de la Planetary Society, a dit sa surprise de voir l’équipage en compter autant. Il a ajouté que leurs descriptions pourraient aider à estimer la fréquence des impacts et la taille des projectiles. À bord, l’ambiance était à l’exaltation, et Reid Wiseman a affirmé sans réserve qu’il s’agissait bien d’impacts.

Les ordres de grandeur méritent une précaution. Les estimations de taille proviennent de la luminosité des flashs, et non d’un matériau récupéré. Aucun fragment n’a été analysé, aucun cratère nouveau n’a encore été associé à ces éclairs.

Ce que ces cinq éclairs changent pour une future base

Depuis la Terre, les télescopes ont confirmé plus de 400 éclairs d’impact lunaire depuis 1999, mais ils ne voient que la face tournée vers nous. L’équipage d’Orion a donc offert un aperçu de l’autre côté, là où aucun instrument terrestre ne peut regarder. Cinq flashs en quelques heures donnent aussi une idée du rythme auquel la Lune est bombardée, ce qui compte pour qui veut s’y installer.

Le lien avec la suite du programme est direct. Les connaissances sur le flux de météoroïdes serviront à planifier l’Artemis Base Camp, près du pôle Sud lunaire. Le dimensionnement des abris, des panneaux solaires ou des habitats dépend de ces statistiques d’impact.

Un premier lot de 814 Go de données est déjà public.

Les amateurs peuvent aussi y contribuer. Le projet de science participative Impact Flash, lancé sous l’égide de GEODES, une unité du réseau SSERVI de la NASA, collecte ces observations. Il vise à rassembler des données sur la position et la luminosité des flashs lors des missions Artemis récentes et à venir.

Le bilan reste modeste sur le plan statistique. Le rapport de la NASA est un résumé préliminaire, et non une étude évaluée par des pairs. Il faudra les missions suivantes pour savoir si ces cinq éclairs représentent un fond de bruit ordinaire ou une nuit particulièrement chargée.