Que transporte réellement une sonde japonaise en route vers Mars ? La réponse va sûrement vous surprendre : un petit robot explorateur baptisé Idéfix, conçu de part et d’autre du Rhin, par la France et l’Allemagne. Voilà le genre de collaboration qui rappelle que l’aventure spatiale n’a plus vraiment de frontières. Prévue pour l’automne, la mission MMX (Martian Moons eXploration) de l’agence spatiale japonaise JAXA ne vise pourtant pas la planète rouge elle-même, mais ses deux mystérieuses lunes, Phobos et Déimos. Un choix loin d’être anodin, et une ambition qui pourrait bien écrire une page inédite de l’exploration du système solaire.
Dans les mois qui viennent, tous les regards des passionnés d’espace se tourneront vers le centre spatial de Tanegashima, au Japon. Car cette mission cumule les premières : un rover européen déposé sur une lune martienne, puis le retour sur Terre d’un échantillon jamais collecté auparavant. On vous explique pourquoi ce projet mérite toute votre attention.
Cap sur les lunes oubliées de la planète rouge
Quand on pense à Mars, on imagine ses grands déserts rougeâtres et ses rovers infatigables arpentant ses plaines. Pourtant, la mission MMX a choisi de braquer ses instruments ailleurs : sur Phobos et Déimos, les deux petites lunes qui gravitent autour de la planète. Malgré plusieurs tentatives menées ces dernières décennies, ces deux satellites n’ont jamais été étudiés en détail. Et une question continue de diviser la communauté scientifique : d’où viennent-ils vraiment ?
Deux hypothèses s’affrontent. Selon la première, ces lunes seraient nées d’un impact géant entre Mars et un autre corps céleste, les débris projetés dans l’espace se serant ensuite agglomérés. Selon la seconde, il s’agirait tout simplement d’astéroïdes capturés par la gravité de la planète rouge, comme deux visiteurs piégés il y a des milliards d’années. Trancher ce débat, c’est un peu remonter le fil de l’histoire du système solaire. Voilà tout l’enjeu de MMX : rapporter des indices concrets pour résoudre cette énigme.
Idéfix, le petit rover européen embarqué clandestin
C’est ici qu’entre en scène le passager le plus attachant de la mission. Développé par le CNES français et le centre allemand DLR, en coopération avec la JAXA, le rover Idéfix est un concentré de technologie européenne niché dans les soutes de la sonde japonaise. Son gabarit ? Modeste : 23,47 kg sur la balance, dont 2,44 kg dédiés aux seuls instruments scientifiques. Un poids plume qui cache une prouesse d’ingénierie.
Sa mission consistera à explorer la surface de Phobos avant même que la sonde ne s’y pose. Mais atterrir sur cet astre relève du casse-tête. Il n’y a pas d’atmosphère, les températures oscillent entre – 200 °C la nuit et + 60 °C le jour, et surtout la gravité y est environ 2 000 fois plus faible que sur Terre. Autant dire qu’un simple faux mouvement pourrait renvoyer le robot dans l’espace. Pour s’adapter, Idéfix sera relâché à environ 40 mètres d’altitude, chutera doucement, rebondira probablement plusieurs fois comme une balle au ralenti, puis se redressera de manière totalement autonome en déployant son système de locomotion. Une fois posé, il se déplacera à la vitesse vertigineuse de 1 millimètre par seconde et devra tenir le coup une centaine de jours.
Ramener un morceau de Phobos : le pari fou du retour d’échantillon
Idéfix n’est que le premier acte. Le véritable exploit de MMX se jouera ensuite : la sonde doit se poser à son tour sur Phobos pour collecter des échantillons et les rapporter sur Terre. Si tout se déroule comme prévu, MMX deviendra la première mission de l’histoire à revenir sur Terre après avoir visité le voisinage de Mars. Un accomplissement qui placerait le Japon, épaulé par ses partenaires européens, en tête d’une course scientifique passionnante.
Le calendrier, lui, s’étire sur plusieurs années. La sonde a été livrée au centre spatial de Tanegashima au printemps, et son lancement à bord d’une fusée japonaise H3-24 est prévu pour cet automne. La mission aurait dû décoller dès 2024, mais des problèmes avec le lanceur H3 ont contraint les équipes à patienter. Le dépôt du rover sur Phobos est aujourd’hui attendu vers fin 2028, avant l’atterrissage de la sonde et la collecte proprement dite. Quant au retour de l’échantillon sur Terre, il n’interviendra qu’au cours de l’année fiscale japonaise 2031. La patience, on le voit, est une vertu cardinale de l’exploration spatiale.
Ce qu’il faut retenir de cette aventure franco-japonaise
La mission MMX illustre à merveille ce que la coopération internationale peut produire de meilleur. Le Japon fournit la sonde et le lanceur, la France et l’Allemagne apportent leur savoir-faire avec le rover Idéfix, et l’ensemble converge vers un objectif commun : comprendre l’origine des lunes martiennes tout en réussissant un retour d’échantillon d’une audace inédite.
De Phobos, ce petit caillou aux allures de pomme de terre cosmique, pourraient bien surgir des réponses aux grandes questions que se posent les scientifiques depuis des décennies. Alors, ces lunes sont-elles des débris de Mars ou des astéroïdes capturés ? Il faudra encore quelques années de patience avant de le savoir. Mais une chose est sûre : lorsque la sonde s’élancera dans le ciel japonais, un petit morceau de l’ingéniosité européenne partira avec elle, direction la planète rouge.
