Le 15 août 1977, à 23h16 précises, un télescope radio de l’Ohio capte un signal si intense qu’un astronome griffonne un mot resté célèbre dans la marge de son relevé papier. L’astronome Jerry Ehman a été stupéfait de découvrir que, pendant la nuit, le radiotélescope Big Ear de l’université d’État de l’Ohio avait capté une transmission radio étonnamment intense et étroite en provenance de l’espace, qui a duré au moins 72 secondes. Ce mot griffonné à l’encre rouge, c’est « Wow! ». « Sans réfléchir, j’ai écrit « Wow! » », a confié Ehman au Cleveland Plain Dealer en 1994. Depuis, l’affaire n’a jamais été classée. Aucun radiotélescope, aucun programme de recherche, aucune archive n’a permis de retrouver la trace de ce signal. Il reste, près d’un demi-siècle plus tard, l’un des candidats les plus sérieux jamais enregistrés à une possible communication extraterrestre.
À retenir
- Un signal radio capturerait l’essence même d’une transmission intelligente — mais reste indétectable depuis 47 ans
- Chaque explication proposée s’effondre : comètes, satellites, interférences terrestres, tout a été envisagé
- Une nouvelle hypothèse impliquant une étoile morte extrême pourrait enfin tenir la route — ou plonger le mystère plus profond
Une nuit qui a marqué l’histoire du SETI
Le contexte compte autant que le signal lui-même. Le radiotélescope Big Ear de l’Ohio State University était utilisé dans le programme de recherche d’intelligence extraterrestre de l’université. Ce programme est présenté, par de multiples sources dont l’université elle-même, comme
le plus long programme de recherche d’intelligence extraterrestre (SETI) de l’histoire
. Les sources divergent toutefois sur sa durée exacte : selon Ohio State University et Wikipédia,
de 1973 à 1995, Big Ear a été utilisé pour rechercher des signaux radio extraterrestres
, soit 22 ans d’observations dédiées. D’autres sources, dont un article récent de l’équipe d’Abel Méndez, font courir le programme jusqu’au démantèlement physique du télescope :
l’observatoire radio de l’Ohio State University, connu sous le nom de Big Ear, a mené un projet de recherche d’intelligence extraterrestre (SETI) de décembre 1973 jusqu’à sa fin en décembre 1997
, soit environ 24 ans. Le télescope lui-même n’a été physiquement démantelé qu’en 1998. Ce soir-là, l’instrument scrute une portion du ciel vers la constellation du Sagittaire lorsqu’il détecte cette impulsion radio. Ce qui frappe immédiatement les chercheurs, c’est la fréquence : l’intensité du signal et sa fréquence très spécifique, proche de celle émise naturellement par les atomes d’hydrogène, suggéraient que l’événement n’était pas une émission radio typique de l’espace, mais plutôt un phénomène artificiel. Cette fréquence de 1420 MHz n’est pas choisie au hasard par les scientifiques qui traquent d’éventuels signaux extraterrestres : c’est la « raie de l’hydrogène », protégée au niveau international, où aucune émission terrestre n’est censée interférer.
Une réanalyse récente des données originales, menée par une équipe internationale, a permis d’affiner ce que l’on sait de l’événement. Les chercheurs ont fourni une localisation plus précise du signal dans le ciel, centré sur deux champs adjacents, et ont suggéré une intensité de signal plus forte, 250 janskys, soit quatre fois supérieure aux estimations précédentes. Le signal était encore plus puissant qu’on ne le pensait depuis 47 ans. De quoi relancer les débats plutôt que les calmer.
Comètes, satellites, interférences : les pistes qui n’ont pas tenu
Face à un mystère pareil, les hypothèses n’ont pas manqué. En 2016, un chercheur avance qu’une comète de passage pourrait être responsable du phénomène. Autour de chaque comète active se trouve un vaste nuage d’hydrogène, d’un rayon de plusieurs millions de kilomètres autour de leur noyau ; ces deux comètes n’avaient pas été détectées avant 2006, elles n’avaient donc pas pu être prises en compte lors du signal Wow. Séduisante sur le papier, cette explication s’est vite heurtée à un mur. L’argument d’une comète a été complètement réfuté environ deux jours plus tard par l’équipe qui avait détecté le signal Wow, une comète produisant un signal diffus étalé sur une large zone plutôt qu’un signal brutalement délimité comme celui reçu.
Les satellites, les débris orbitaux, les interférences terrestres ont eux aussi été passés au crible, sans succès. Les astronomes ont suggéré plusieurs explications non extraterrestres, dont des comètes du système solaire ou des interférences de satellites en orbite ou de débris spatiaux, mais aucune ne tient complètement la route. Ce qui rend l’affaire si tenace, c’est justement l’absence de récidive. Le problème principal, c’est que le signal n’a jamais été répété : les observations de suivi menées par de nombreux observatoires pendant plusieurs années n’ont jamais détecté un autre signal. Pas une fois. Pas un écho, pas une variante affaiblie, rien.
Un nuage d’hydrogène frappé par un magnetar : l’hypothèse qui monte
Depuis 2024, une explication gagne du terrain dans la communauté scientifique, portée par l’astrobiologiste Abel Méndez et son équipe du laboratoire d’habitabilité planétaire de l’université de Porto Rico. En reprenant d’anciennes données du radiotélescope d’Arecibo, effondré en 2020, les chercheurs ont repéré des signaux similaires, quoique bien plus faibles. Ils ont réalisé que les signaux correspondaient à des nuages d’hydrogène atomique froid dispersés dans la galaxie. L’hypothèse centrale : le signal Wow aurait été causé par un embrasement soudain de la raie de l’hydrogène dans des nuages interstellaires, déclenché par une source de rayonnement transitoire puissante comme l’éruption d’un magnetar ou un répéteur de sursaut gamma mou. Un magnetar, c’est une étoile à neutrons dont le champ magnétique dépasse tout ce que l’imagination humaine associe habituellement à un objet stellaire. Le nuage aurait alors fonctionné comme un maser naturel, une sorte de laser à micro-ondes, amplifiant brièvement l’émission au point de tromper les instruments du Big Ear.
Cette piste reste toutefois débattue. « Il suggère un phénomène qui n’a jamais été observé », a déclaré à Science News l’astronome Jason Wright, spécialiste du SETI qui n’a pas participé à l’étude, ajoutant que l’ensemble des conditions physiques requises est extrêmement délicat et spécifique. Méndez lui-même reste prudent sur la portée de ses travaux : « Nos résultats ne résolvent pas le mystère du signal Wow, mais ils nous donnent l’image la plus précise à ce jour de ce qu’il était et d’où il venait. »
L’histoire ne s’arrête pas à la publication d’un article scientifique. Un projet participatif baptisé Wow@Home a même vu le jour pour permettre à des astronomes amateurs équipés de matériel abordable de traquer, en temps réel, des phénomènes similaires. Un détail mérite d’être souligné : même dans l’hypothèse la plus solide à ce jour, celle du nuage d’hydrogène frappé par un magnetar, les chercheurs reconnaissent avoir identifié le mécanisme probable sans jamais localiser la source exacte de l’énergie qui l’a déclenché. Cette nuance change tout : on tient peut-être la recette du phénomène, mais l’ingrédient qui l’a déclenché cette nuit d’août 1977, lui, reste introuvable.
Sources : sites.psu.edu | seti.berkeley.edu | en.wikipedia.org
