Andromède, la fameuse M31, incarne depuis des décennies l’image d’une galaxie sœur pleine d’énergie, presque un miroir plus jeune et plus intense de la Voie Lactée. Mais les dernières données du télescope spatial Hubble racontent une histoire bien différente : les données du télescope spatial Hubble montrent un ralentissement de la naissance de ses étoiles dans cette galaxie voisine. La pouponnière stellaire tant admirée tourne au ralenti, et les astronomes viennent d’en mesurer précisément l’ampleur.
À retenir
- Andromède produit aujourd’hui 5 fois moins d’étoiles qu’il y a quelques centaines de millions d’années
- Un mystérieux anneau de gaz situé à 32 000 années-lumière du centre concentre tout le déclin observé
- La galaxie satellite M32 aurait-elle secrètement ralenti sa compagne ?
Une baisse mesurée étoile par étoile
Située à 2,5 millions d’années-lumière, la galaxie d’Andromède est un laboratoire cosmique pour les astronomes. Pour comprendre ce qui s’y passe, une équipe menée par Tobin Wainer, de l’Université de Washington, a combiné deux relevés colossaux réalisés par Hubble. Les chercheurs ont combiné les données de deux vastes relevés de Hubble, le Panchromatic Hubble Andromeda Treasury et le Panchromatic Hubble Andromeda Southern Treasury, permettant de cartographier les deux tiers du disque de la galaxie, mesurant environ 200 millions d’étoiles individuellement. Un travail titanesque, puisque cette mosaïque assemble plus de 600 expositions du télescope spatial Hubble, résolvant la lueur de quelque 200 millions d’étoiles individuelles sur environ 2,5 milliards de pixels.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Il y a 500 millions d’années, Andromède produisait l’équivalent d’une masse solaire en nouvelles étoiles chaque année. Ce rythme a chuté de moitié il y a 40 millions d’années pour atteindre aujourd’hui un taux de seulement un cinquième de la masse de notre Soleil par an. la galaxie fabrique aujourd’hui cinq fois moins d’étoiles qu’il y a une poignée d’éons cosmiques, une paille à l’échelle de l’univers mais un signal fort pour les astrophysiciens. L’étude, publiée le 27 juillet 2026 dans The Astrophysical Journal, confirme que les chercheurs ont publié leur étude évaluée par des pairs dans The Astrophysical Journal le 27 juillet 2026.
Un anneau essoufflé, pas une panne sèche
Le ralentissement n’est pas uniforme sur l’ensemble du disque. L’étude montre que ce déclin n’est pas uniforme. Une grande partie de l’activité récente se concentre dans un anneau de formation d’étoiles situé à environ 32 000 années-lumière du centre galactique, et le ralentissement global est donc principalement dû à une baisse d’activité au sein de cet anneau spécifique. Ce même anneau avait déjà été repéré par le passé : la plus grande partie de ce déclin peut être attribuée à un anneau de gaz et de poussière qui entoure la galaxie à environ 32 000 années-lumière de son centre, une étude de 2015 sur la moitié nord de la galaxie ayant trouvé que cet anneau représentait à lui seul environ 60 % de toute la formation d’étoiles dans Andromède au cours des 400 derniers millions d’années.
Ce qui intrigue vraiment les chercheurs, c’est la cause. On pourrait imaginer qu’Andromède a simplement épuisé son carburant. Ce n’est pas le cas. Le manque de gaz ne semble pas suffire à expliquer cette évolution. Andromède possède encore de la matière capable d’alimenter de nouvelles étoiles. L’hypothèse privilégiée par l’équipe est plus subtile : une pause naturelle après une période d’hyperactivité. La baisse pourrait être le résultat d’un processus naturel de ralentissement après sa précédente phase active. « C’est comme après avoir couru un marathon, parfois il faut prendre une pause », a expliqué Tobin Wainer, auteur principal de l’étude. Une analogie parlante : Andromède aurait connu un sprint stellaire intense il y a environ deux milliards d’années, probablement déclenché par une fusion galactique, avant de ralentir progressivement le rythme.
Reste une piste que les astronomes n’ont pas écartée : celle d’un coupable extérieur. Un indice suggère qu’une petite galaxie voisine, M32, aurait pu bousculer Andromède vers une ère plus calme. Les régions situées près de cette galaxie satellite affichent en effet un déclin plus récent que le reste du disque, sans que le lien de cause à effet soit pour autant démontré. Les régions d’Andromède les plus proches de M32 montrent un déclin plus récent de l’activité de formation d’étoiles par rapport aux autres parties de la galaxie, ce qui laisse penser que la compagne plus petite a pu influencer cette tendance, même si les chercheurs jugent les preuves actuelles insuffisantes pour l’affirmer avec certitude.
Ce que cela dit de notre propre galaxie
Andromède n’est pas qu’une curiosité lointaine : c’est un miroir grossissant pour comprendre notre propre avenir galactique. Andromède se trouve à environ 2,5 millions d’années-lumière et a à peu près la même taille que la Voie lactée. Cette combinaison de proximité et d’échelle la rend unique : elle est assez proche pour que Hubble puisse distinguer des étoiles individuelles en détail, tout en étant suffisamment éloignée pour que les astronomes puissent observer l’ensemble du disque en une seule fois, un point de vue extérieur impossible à obtenir sur notre propre galaxie puisque notre système solaire est situé à l’intérieur de son disque. Étudier Andromède, c’est donc un peu se regarder dans un miroir déformant, mais un miroir quand même.
La galaxie garde par ailleurs une particularité qui la distingue de presque tout le reste de l’univers observable. Elle est la seule grande galaxie de l’univers qui se rapproche actuellement de la Voie lactée plutôt que de s’en éloigner, et sa proximité relative en fait un laboratoire particulièrement précieux pour étudier la formation et l’évolution des galaxies. Ce ralentissement observé aujourd’hui pourrait donc préfigurer, avec quelques centaines de millions d’années d’avance, ce qui attend notre propre Voie lactée. Un sablier cosmique qui s’écoule lentement, mais qui s’écoule tout de même.
La suite de l’enquête se prépare déjà. Le prochain bond en avant pourrait venir du télescope spatial Nancy Grace Roman de la NASA, dont le lancement est prévu dès le 30 août 2026. Roman observera une portion de ciel bien plus large que Hubble en une seule observation, au moins 100 fois plus de surface en infrarouge proche, et un programme nouvellement approuvé imagera l’ensemble du disque d’Andromède ainsi que des portions de son halo. De quoi, peut-être, percer enfin le mystère du rôle exact de M32 dans cette histoire de ralentissement cosmique qui, à l’échelle humaine, se compte en dizaines de millions d’années mais qui, à l’échelle de l’univers, s’apparente à un simple battement de cils.
Sources : issues.fr | netafox.com
