Un archéologue polonais pensait examiner un simple assemblage de crocs de loup. Puis les analyses ont montré que ce collier funéraire de 42 dents, exhumé près de Żórawina en Basse-Silésie, provenait aussi de cerfs, d’ours et peut-être même d’humains. Les analyses ont montré qu’il s’agissait d’incisives et de canines appartenant à de grands mammifères : loups, cerfs, ours, et potentiellement même des dents humaines. Le bijou reposait sur le squelette d’un homme mort il y a environ 5 000 ans.
La trouvaille a surgi au pire moment pour une équipe qui pensait avoir terminé sa campagne.
Le site, situé au sud de Wrocław, faisait l’objet de fouilles depuis plusieurs semaines. Durant l’été, des scientifiques, étudiants et bénévoles près de Żórawina étudiaient un cimetière datant de la fin de la période romaine et du début de la période des migrations, environ 350-430 après J.-C. Personne ne s’attendait à trouver autre chose que des sépultures de cette époque, déjà vieilles de 1 600 ans.
Le tumulus, bien plus ancien, n’est apparu qu’à la toute fin des travaux de terrain de cette année, quand l’équipe se préparait à partir. Il mesurait environ quatre mètres de diamètre. À l’intérieur, une chambre centrale renfermait un squelette masculin presque complet, des fragments de deux autres crânes adultes, des perles d’ambre et d’os, des outils en silex et une hache de combat en pierre. Les fouilles étaient dirigées par le professeur Tomasz Gralak, de l’université de Wrocław, et par Paweł Dąbrowski, anthropologue à l’université médicale de Wrocław. La sépulture est datée juste après 2900 avant notre ère, ce qui en fait l’un des tout premiers tumulus de cet âge identifiés dans la région.
- Un collier de 42 dents découvert à Żórawina en Pologne date du Néolithique récent, environ 2900 avant notre ère.
- Les dents appartiennent à des loups, cerfs, ours et potentiellement à des humains, percées et enfilées avec une grande maîtrise.
- Les chercheurs supposent que ce collier représente une collection de trophées de chasse ou un cadeau royal destiné à un chef de clan patriarcal.
Ce que révèle l’examen des 42 dents
Au centre de la découverte se trouve un collier composé de 42 dents à racine unique, incisives et canines, délibérément percées et apparemment enfilées ensemble. Chaque perforation traversait la racine, un travail minutieux qui demandait un outil lithique tranchant et une vraie maîtrise du geste.
Aucun cordon d’origine n’a survécu.
L’identification préliminaire confirme des espèces comme le loup, le cerf et l’ours, les dents provenant de grands mammifères incluant des canidés tels que les loups, des cervidés et au moins un jeune ours. Les chercheurs n’excluent pas encore que certaines dents soient humaines. Pour situer la rareté de l’objet, le point de comparaison le plus proche reste dérisoire : un collier découvert à Wojkowice, composé de seulement quatre dents et datant de l’âge du bronze. Face à ces quatre pièces plus récentes, les 42 dents de Żórawina appartiennent à une époque bien plus reculée, le Néolithique moyen polonais, soit le Néolithique récent.
Un chef de clan entouré de trophées, ou d’offrandes ?
La sépulture ne se limite pas au collier. Deux crânes humains, sans le reste du corps, ont été déposés près du défunt. Ils ont probablement été déposés comme offrandes rituelles, et les chercheurs relient cette double sépulture à la culture de la céramique cordée.
Selon Gralak, les tumulus de l’âge de pierre appartenaient généralement à des patriarches, et ce bijou insolite pourrait avoir été une collection de trophées de chasse ou un cadeau. Le chasseur en question aurait donc occupé une position sociale importante.
Dąbrowski évoque un chef de clan familial.
ADN, isotopes et usure dentaire : la suite des analyses
Le squelette et les dents n’ont pas encore livré tous leurs secrets. Une analyse génétique des éléments du collier est prévue et devrait permettre de trancher définitivement l’identification de l’espèce pour chaque dent. Les chercheurs veulent aussi comprendre d’où venaient les animaux, et l’homme lui-même, avant leur mort.
Des tests chimiques et isotopiques sur les dents et les os aideront à tracer les lieux de vie des personnes et des animaux, les rapports isotopiques du strontium permettant notamment de repérer la région d’enfance d’un individu. Des études sur les tissus osseux et l’usure des dents renseigneront sur l’alimentation, en indiquant si les aliments consommés étaient durs, fibreux, ou préparés avant d’être mangés.
Certains ossements se sont révélés si fragiles que l’équipe les a prélevés avec le bloc de terre qui les entourait, pour les étudier plus tard en laboratoire dans de meilleures conditions. Une précaution rare, révélatrice de l’état de conservation limité d’un squelette resté enfoui près de cinq millénaires sous un sol silésien traversé depuis par des siècles d’agriculture et d’occupations successives.
Source : sciencepost.fr


Laisser un commentaire