Prototaxites, c’est une colonne nue de 8 mètres de haut, large d’un mètre au maximum, plantée dans un décor où presque tout le reste rampait au ras du sol. Certaines espèces atteignaient 8 mètres de haut pour 1 mètre de large, au milieu de paysages où le reste de la végétation restait près du sol. Elle a vécu au Dévonien, il y a environ 420 à 375 millions d’années, et ressemblait à un tronc cylindrique sans branches. Une étude parue en 2026 conclut qu’elle n’était ni une plante ni un champignon, et son indice le plus parlant tient en deux mots : aucune chitine.
Le débat durait depuis environ 165 ans.
Le premier fossile a été découvert en 1843, et les scientifiques n’ont jamais su s’il s’agissait d’une plante, d’un champignon ou d’une algue. L’idée d’un tronc d’arbre est tombée quand on a compris que les arbres n’existaient pas encore à cette époque. Restait le champignon géant, une piste confortée en 2007 par des analyses chimiques. Elles indiquaient que l’organisme se nourrissait d’êtres en décomposition, comme beaucoup de champignons actuels, plutôt que de fabriquer sa nourriture à partir du CO2 de l’air. Une recherche de 2018 en faisait même un membre précoce d’un groupe de champignons qui existe encore.
- Prototaxites mesurait jusqu’à 8 m de haut pour 1 m de large
- Il vivait au Dévonien, il y a 420 à 375 millions d’années
- Une étude de 2026 n’y détecte aucune chitine, contrairement aux champignons
- Il appartiendrait à une lignée éteinte, sans descendance connue
Ce que la roche d’Écosse a révélé
L’étude, publiée le 21 janvier dans Science Advances, suggère que Prototaxites n’était pas un champignon, mais une forme de vie éteinte et inconnue. Elle est signée par des chercheurs de l’université d’Édimbourg et des National Museums Scotland.
Le matériau d’étude vient du Rhynie chert, un gisement écossais vieux de 407 millions d’années. De vrais champignons de la même période y sont conservés à côté de Prototaxites, ce qui permet de comparer leur chimie. Cela écarte le risque d’attribuer à la biologie des écarts dus à la fossilisation. Le spécimen NSC.36 est plus grand et mieux préservé que tous les P. taiti identifiés jusque-là.
Corentin Loron, paléontologue à Édimbourg, a collecté des données spectrales sur 87 spécimens du Rhynie chert, puis entraîné un algorithme d’apprentissage automatique à reconnaître les empreintes chimiques de Prototaxites, des champignons et de cinq autres groupes. Les champignons du site contiennent des composés issus de la dégradation de la chitine et du glucane. Les fragments de Prototaxites n’en portaient pas le signal.
L’algorithme l’a systématiquement rangé dans un autre groupe.
La chitine est un polymère présent dans les parois cellulaires de tous les champignons vivants, ainsi que dans les champignons fossiles conservés avec Prototaxites. À sa place, les parois de P. taiti contiennent des composants aliphatiques, aromatiques et phénoliques proches des produits de fossilisation de la lignine. L’anatomie va dans le même sens : les tubes internes se ramifient de façon désordonnée, alors que les hyphes des champignons modernes suivent des schémas plus réguliers. Ce n’est pas non plus une plante, dont le tissu est fait de cellules en blocs plutôt que de tubes entremêlés.
Un géant dont on ignore encore beaucoup
Le mode de vie reste discuté. Les hypothèses vont du décomposeur, comme de nombreux champignons modernes, à l’autotrophe lichénisé.
Prototaxites était presque certainement pérenne et poussait sur plusieurs années. De loin, ses fossiles ressemblent à des troncs qui s’évasent un peu à la base, ce qui évoque des structures racinaires non conservées. Les coupes minces de P. taiti montrent aussi des taches médullaires réparties dans tout le corps.
Pour visualiser 8 mètres, il faut empiler deux autobus à impériale. À cette hauteur, l’organisme dominait les plantes et les animaux de son époque. La partie aérienne de P. taiti reste pourtant une reconstitution hypothétique. Quant aux racines, personne ne s’accorde sur leur existence.
Une expérience évolutive sans descendance
Pour les auteurs, Prototaxites appartient à une lignée éteinte de vie complexe, disparue il y a environ 360 millions d’années. L’un d’eux y voit une expérience indépendante de la vie pour construire de grands organismes complexes, connue uniquement grâce à des fossiles exceptionnels. Scientific American rapporte que cette lignée serait placée sur le même plan que les règnes reconnus, comme les plantes, les animaux ou les champignons.
Le dossier n’est pas clos. Kevin Boyce, de Stanford, ne tranche pas et n’est pas prêt à exclure Prototaxites du règne fongique.
Cette branche n’a laissé aucun descendant.
Vivi Vajda, du Muséum suédois d’histoire naturelle, n’a pas participé à l’étude, mais convient que ni la chimie ni l’apparence du nouveau fossile ne rappellent un champignon. Elle avait pourtant comparé certains Prototaxites à l’armillaire, un champignon qui peut s’étendre sous terre au point d’être peut-être le plus grand organisme de la planète. En 2022, Matthew Nelsen et Kevin Boyce estimaient déjà que, si Prototaxites était fongique, il représentait une lignée éteinte.
L’espèce analysée, P. taiti, est plus petite que les colosses, et ne mesurait que quelques centimètres de haut. Un chercheur cité par CNN rappelle que cela ne dit pas si Prototaxites est ou non un champignon. Cela indique seulement que sa forme a évolué indépendamment de celle des champignons complexes actuels.


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