Sous les pavés de la piazza Andrea Costa, en plein cœur de Fano, reposaient les vestiges de la basilique conçue par Vitruve lui-même, l’unique édifice que l’architecte romain revendique avoir personnellement supervisé. Des travaux de repavage engagés dans cette place ont mis au jour des bases de colonnes monumentales, dont les proportions correspondent point par point à la description laissée par Vitruve dans son traité De Architectura. Cette découverte, attendue depuis plus de deux mille ans, est destinée à réécrire l’histoire de la ville. De plus, celle de l’architecture occidentale.
Fano s’appelait autrefois Fanum Fortunae. La ville doit son nom au temple dédié à la déesse Fortuna, érigé pour célébrer une victoire romaine décisive.
Ce temple aurait été érigé à l’occasion de la victoire romaine de 207 avant J.-C., remportée sur les rives du Métaure contre le général carthaginois Hasdrubal, tué alors qu’il tentait de rejoindre son frère Hannibal après avoir franchi les Alpes avec ses éléphants. Dans le forum de cette colonie prospère, Vitruve avait bâti au premier siècle avant notre ère une basilique qu’il cite lui-même comme référence dans son traité. Pendant des générations, les archéologues ont cherché cet édifice sans jamais réussir à le localiser avec certitude. Certains chercheurs avaient longtemps supposé que ses vestiges se trouvaient plutôt sous l’église Saint-Augustin, à quelques centaines de mètres de là.
La confusion n’avait rien d’illogique. Fano compte en réalité une bonne dizaine de sites romains recensés sous son sol actuel, entre murs d’enceinte augustéens, arc monumental, théâtre antique et vestiges de domus disséminés sous les places et les caves des palais. Autant dire une aiguille dans une botte de foin urbaine, sous deux millénaires de reconstructions successives.
- Des bases de colonnes romaines de 147 à 150 centimètres de diamètre ont été mises au jour sous la piazza Andrea Costa à Fano.
- Les proportions et l’orientation de ces vestiges correspondent exactement à la description de Vitruve dans son traité De Architectura.
- Cette basilique est l’unique structure que Vitruve revendiquait avoir conçue et supervisée personnellement, influençant l’architecture occidentale pendant deux millénaires.
Une place scrutée depuis des décennies, sans jamais livrer son secret
Piazza XX Settembre, toute proche, avait déjà réservé son lot de surprises. En 1986, la reconstruction d’un immeuble à l’angle de cette place et de la via Froncini avait révélé les ruines d’un édifice romain conservant des traces significatives de maçonneries et de sols. Les archéologues y avaient identifié une domus à atrium remontant probablement au premier siècle après J.-C., avec ses colonnes englobées dans des maçonneries postérieures.
En 2021, une campagne de géoradar avait sondé le sous-sol de cette même place sans creuser le moindre centimètre. L’enquête avait permis d’établir qu’à l’époque romaine, la zone se situait à cheval sur deux îlots séparés par le decumanus, probablement occupés par des demeures de prestige. Une piste sérieuse, mais qui ne suffisait pas à trancher.
Trois ans plus tard, en 2024, de nouveaux chantiers menés sur la piazza Costa, près du palais Amiani et du palais Boccacci, avaient fait resurgir d’autres structures murales. La particularité de ces vestiges tenait à la hauteur conservée de leur élévation, environ un mètre vingt, une rareté dans les Marches où les fouilles ne révèlent d’ordinaire que des fondations. Un indice de plus, sans la preuve définitive.
Des colonnes de quinze mètres sous le pavé
C’est finalement la réfection du sol de la piazza Andrea Costa qui a livré la clé de l’énigme. Les travaux ont fait émerger les bases de colonnes romaines de grandes dimensions, environ cinq pieds romains de diamètre, soit 147 à 150 centimètres, pour une hauteur estimée à quinze mètres, revêtues à l’extérieur de blocs de grès et à l’intérieur de conglomérat cimentaire. Des proportions qui collent presque à la lettre au texte de Vitruve.
La disposition, l’orientation et les proportions générales de l’édifice coïncideraient elles aussi avec les indications consignées dans le traité de l’architecte. Ce n’est pas une simple hypothèse de plus dans la longue liste des suppositions accumulées depuis un siècle.
Le ministre italien de la Culture, Alessandro Giuli, a salué une découverte représentant « veramente qualche cosa di eccezionale nella storia dell’archeologia, dell’architettura e della morfologia della città di Fano » lors de la conférence de presse organisée pour l’annonce. Le Centre d’études vitruviennes a de son côté qualifié la nouvelle d’exceptionnelle, une expression forte pour un milieu académique habituellement prudent.
Ce qu’il reste à comprendre sous les pavés
Le surintendant Andrea Pessina a insisté sur la portée de l’identification. Selon lui, ces découvertes, avec l’identification certaine de l’emplacement de la basilique vitruvienne, revêtent une importance extraordinaire pour l’histoire de l’architecture. Reste maintenant à comprendre comment cet ensemble antique s’articule avec les strates médiévales et modernes accumulées par-dessus pendant des siècles.
Des fouilles complémentaires sont prévues. Financées par des fonds du plan de relance PNRR, elles doivent permettre d’atteindre une plus grande profondeur, la Surintendance souhaitant comprendre comment et où se croisent les structures circulaires et les murs romains avec ceux d’époques plus récentes, précise l’adjoint aux travaux publics Gianluca Ilari. Un travail de patience, sous une place où circulent chaque jour des milliers d’habitants sans se douter de ce qui dort sous leurs pieds.
La basilique de Vitruve n’était pas un simple bâtiment public parmi d’autres. Elle constitue la seule structure que l’architecte antique revendique avoir conçue et suivie personnellement, avant de coucher cette expérience dans un traité qui allait influencer l’architecture occidentale pendant deux mille ans, de la Renaissance italienne jusqu’aux façades néoclassiques encore debout aujourd’hui dans nos villes européennes.
Sources : corriereadriatico.it | lavalledelmetauro.it


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