Un plateau de jeu vieux de 4 600 ans vient de sortir de terre à Shahr-i Sokhta, dans le sud-est de l’Iran, et il n’a rien à voir avec ce que les archéologues connaissaient déjà. des archéologues fouillant l’ancienne Burnt City dans le sud-est de l’Iran ont mis au jour un jeu de plateau vieux de 4 600 ans, un peigne en os décoré et des restes organiques exceptionnellement bien conservés. La pièce a été retrouvée dans une nécropole, aux côtés d’objets qui n’avaient jamais été documentés sur ce site pourtant fouillé depuis des décennies.

Ce jeu n’est pas une redite du célèbre jeu royal d’Ur, découvert en Irak dans les années 1920. C’est un objet distinct, sorti du même site que celui qui avait déjà livré, en 1977, un plateau presque identique à celui d’Ur. selon les indications du média Tehran Times, ce jeu est totalement différent de la découverte précédente. Deux traditions ludiques, un seul site funéraire.

À retenir
  • Un plateau de jeu de 4 600 ans a été découvert dans une nécropole iranienne, différent du jeu royal d’Ur découvert auparavant au même endroit.
  • Le climat extrêmement sec du désert du Sistan a préservé des matériaux organiques rares : coquilles d’œuf, textiles et cuir vieux de millénaires.
  • Shahr-i Sokhta était un carrefour commercial majeur reliant l’Asie centrale, la vallée de l’Indus et la Mésopotamie au IIIᵉ millénaire av. J.-C.

Une nécropole qui a tout gardé, ou presque

Shahr-i Sokhta, la « cité brûlée », s’étend sur 273 hectares dans le désert du Sistan. Le climat y est d’une sécheresse redoutable, mais c’est justement ce qui a permis aux archéologues de retrouver des matériaux qui disparaissent d’ordinaire en quelques siècles à peine. Outre le jeu, la nécropole a livré des traces d’œuf, de textile et de cuir. Ces matériaux périssables disparaissent habituellement en quelques siècles. Le climat extrêmement sec du désert du Sistan a pourtant assuré leur conservation sur ce site de 273 hectares.

Coquilles d’œuf, fibres textiles, cuir tanné : rien de tout cela n’aurait dû survivre à quatre millénaires et demi sous terre. Et pourtant, tout est là, prêt à être analysé. un ancien jeu de société inédit a été découvert, ainsi que d’autres objets, un peigne en os gravé et des vestiges organiques rares, dans cette nécropole datant de l’âge du bronze.

Les archéologues ne se sont pas arrêtés au jeu. Ils ont aussi identifié des types de sépultures qu’aucune publication n’avait décrits jusqu’ici. Les archéologues ont également mis au jour des formes de sépultures jamais documentées et des céramiques décorées. Des analyses au radiocarbone et des recherches en ADN complètent désormais le programme de fouilles. L’objectif : reconstituer précisément ce que ces populations mangeaient et portaient, plutôt que de se contenter d’hypothèses.

Pourquoi ce plateau intrigue autant les spécialistes

La comparaison avec le jeu de 1977 est le nœud de l’affaire. Ce premier exemplaire, retrouvé complet dans une tombe, comportait un plateau, des pièces sculptées et des dés, et sa ressemblance frappante avec le jeu royal d’Ur avait fasciné les chercheurs pendant des années. les archéologues ont mis la main sur vingt-sept pièces à placer dans ses cases et quatre dés également gravés de formes circulaires. Le jeu était dans une tombe datant d’il y a 4 500 ans et ressemble fort à un autre de l’époque, le jeu royal d’Ur, découvert dans les années 1920 dans l’actuel Irak.

Le nouveau plateau casse cette filiation directe. Sa composition matérielle reste encore à préciser par les chercheurs. Mais la différence est déjà suffisamment nette pour interroger la façon dont les habitants de cette cité jouaient, transmettaient et adaptaient leurs règles. celle du jeu de société est remarquable en ce qu’il diffère du premier découvert à la fin des années 1970. Le premier était composé d’un plateau, de 27 pièces sculptées et de dés. Si l’on n’en connaît pas encore la composition, le dernier est totalement différent.

Deux jeux, deux logiques, une même cité. Le journaliste scientifique Alexandre Brunet pointe une question qui dépasse le simple inventaire archéologique : la coexistence de différentes traditions ludiques dans une cité. Shahr-i Sokhta n’avait peut-être pas un seul jeu de société dominant, mais plusieurs pratiques qui se côtoyaient, voire se concurrençaient, au sein de la même population.

Un carrefour commercial vieux de cinq millénaires

Ce genre de découverte ne surprend qu’à moitié quand on connaît la position de la cité. Au IIIᵉ millénaire av. J.-C., Shahr-i Sokhta occupait une position centrale au sein de la civilisation du Helmand. Un carrefour, littéralement : la ville se trouvait sur des routes commerciales qui reliaient plusieurs mondes.

Le peigne en os gravé, retrouvé dans la même nécropole, en est la preuve la plus parlante. Il n’a pas d’équivalent connu dans la région immédiate. Un peigne en os gravé renforce l’hypothèse d’échanges étendus, ses seuls parallèles connus provenant de sites d’Asie centrale. Autant dire que les habitants de cette cité ne vivaient pas en vase clos.

L’UNESCO décrit la ville comme se trouvant au carrefour de routes commerciales de l’âge du bronze traversant le plateau iranien, avec des preuves archéologiques reliant ses habitants à l’Asie centrale, la région de l’Indus, le golfe Persique et la mer d’Oman, le sud-ouest de l’Iran et des réseaux d’échanges plus larges s’étendant vers la Mésopotamie. La cité elle-même a une longévité impressionnante. La cité a accueilli ses habitants de 3200 à 1800 av. J.-C., l’un des plus anciens centres urbains de l’est iranien.

Reste une question que les archéologues n’ont pas encore tranchée : à qui appartenait ce jeu ? Le contexte funéraire du jeu constitue aussi un indice précieux. Les archéologues doivent encore déterminer si le jeu accompagnait un homme, une femme ou un enfant. La réponse, une fois publiée, pourrait changer la lecture qu’on fait de ce plateau : simple loisir individuel glissé dans une tombe, ou objet à valeur symbolique partagée par toute une communauté funéraire.