Un plateau de jeu qu’aucun archéologue n’avait jamais vu. C’est la découverte faite dans une tombe vieille de 4 600 ans, exhumée sur le site de Shahr-e Sukhteh, en plein désert du Sistan, dans le sud-est de l’Iran. Les chercheurs ont mis au jour un nouveau type de jeu de plateau, ajoutant un chapitre inattendu à un site déjà célèbre pour conserver l’un des ensembles de jeu les plus remarquables du monde antique. Ni les formes ni les règles ne correspondent à rien de répertorié jusqu’ici.

À retenir
  • Un plateau de jeu jamais identifié a été exhumé dans une tombe de 4 600 ans à Shahr-e Sukhteh en Iran.
  • Le site conservait déjà depuis 1977 un jeu de plateau proche du Jeu royal d’Ur, mais ce nouveau plateau diffère radicalement des deux.
  • La découverte suggère que deux traditions ludiques distinctes coexistaient sur le même site à des générations d’intervalle.

Une 21e saison de fouilles pleine de surprises

La découverte a été faite durant la 21e saison de fouilles sur ce site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, dans le sud-est de l’Iran. Rouhollah Shirazi, qui dirige l’équipe d’excavation à l’Université du Sistan et du Baloutchistan, a présenté les résultats. Selon lui, les dernières trouvailles incluent un type de jeu de plateau jusqu’alors inconnu, un peigne en os gravé, des restes de matières organiques comme des coquilles d’œuf, des textiles et du cuir, ainsi que des pratiques funéraires jamais documentées auparavant.

Le contexte du site aide à comprendre l’ampleur de la découverte. Shahr-e Sukhteh couvre environ 273 hectares, comprend un cimetière estimé entre 25 000 et 40 000 tombes, et fut occupé selon quatre périodes principales entre 3550 et 2300 avant notre ère, avec un apogée urbain quelque part au troisième millénaire avant notre ère. Autant dire un terrain de jeu quasi infini pour les archéologues, où chaque saison de fouille peut encore livrer des surprises.

La ville a un surnom qui claque : la « cité brûlée ».

Ce nom vient d’incendies survenus dans l’Antiquité, mais il n’a rien retiré à la richesse du site. Les fouilles ont aussi révélé des coquilles d’œuf, des fragments de textiles et de cuir, des restes animaux, des outils, des figurines animales, des traces de travail de la pierre et des foyers. Un inventaire qui dessine le quotidien d’une civilisation urbaine avancée, bien loin de l’image d’un désert vide de vie.

Le précédent de 1977, un jeu déjà mythique

Pour comprendre pourquoi cette nouvelle pièce intrigue autant, il faut remonter presque cinquante ans en arrière. En 1977, des archéologues fouillant le cimetière de l’âge du bronze de Shahr-i Sokhta avaient déjà exhumé un plateau de jeu vieux de 4 500 ans, enterré dans une tombe richement garnie. Ce jeu-là, référencé sous le nom de tombe 731, avait fasciné les chercheurs pendant des décennies.

Ce jeu se compose d’un plateau à vingt cases circulaires formées par un serpent sculpté, de vingt-sept pièces géométriques et de quatre dés. Sa parenté avec le célèbre Jeu royal d’Ur, découvert en Mésopotamie en 1922, saute aux yeux, sans être pour autant identique. Ce jeu retrouvé dans la tombe 731 différait des trouvailles de Woolley : il lui manquait la « rosette », un élément clé du jeu original, et il comportait plusieurs types de pièces distinctes. Ces différences avaient déjà obligé les chercheurs à imaginer des règles inédites plutôt que de recopier celles d’Ur.

Autre détail qui change la lecture sociale de l’objet : contrairement au jeu d’Ur, associé à la royauté mésopotamienne, le jeu de Shahr-i Sokhta provenait d’une tombe riche mais non royale, ce qui suggère qu’il était plus accessible et répandu dans les régions orientales. Jouer n’était donc pas un privilège réservé aux souverains dans cette partie du monde antique.

Pourquoi ce nouveau plateau ne ressemble à rien de connu

La pièce mise au jour lors de cette 21e saison change la donne. Ce qui rend la découverte de 2026 significative, c’est que le nouveau jeu n’est explicitement ni une variante ni un duplicata de la trouvaille de 1977 ; Shirazi l’a décrit comme un type « jusqu’alors inconnu » de jeu intellectuel ou de plateau. deux traditions ludiques distinctes cohabitaient sur ce même site, à des siècles ou des générations d’intervalle.

Cette distinction implique que Shahr-i Sokhta n’a pas conservé une seule tradition de jeu, mais au moins deux, ce qui soulève des questions allant bien au-delà des objets eux-mêmes. Pour l’instant, la forme exacte des pièces et les règles supposées de ce nouveau jeu n’ont pas été publiées en détail. L’objet est daté à environ 4 600 ans, ce qui le place dans la même fenêtre chronologique que son prédécesseur, sans pour autant en être une copie.

Deux jeux, deux logiques, une même nécropole.

Ce détail n’est pas anodin pour les spécialistes des pratiques funéraires anciennes. Les jeux déposés auprès des défunts, en particulier dans une tombe aussi richement garnie que la tombe 731, décrite par les recherches comme appartenant à un individu aisé mais non royal, servaient de marqueurs d’identité sociale. Un deuxième type de jeu, dans une tombe différente, pourrait donc raconter une autre histoire sociale : peut-être un statut différent, une origine géographique distincte, ou simplement une mode ludique qui aurait évolué au fil des générations sur ce même site.

Le site continue d’ailleurs de livrer des indices sur les échanges lointains de l’époque. Ses ateliers produisaient poterie, vases en pierre, objets métalliques et parures, tandis que les preuves archéologiques pointent vers des contacts s’étendant jusqu’en Asie centrale, la vallée de l’Indus, le golfe Persique, Oman et le sud-ouest de l’Iran. Un peigne en os gravé aux motifs d’inspiration centre-asiatique, retrouvé lors de cette même campagne, vient renforcer cette image d’un carrefour culturel en plein désert.

La prochaine étape sera la publication détaillée des rapports d’excavation. Les archéologues prévoient de réaliser une datation au radiocarbone et une analyse ADN, et d’examiner les restes humains découverts. De quoi peut-être trancher, un jour, la question qui obsède déjà les spécialistes : ce mystérieux plateau appartenait-il à un jeu de course, de stratégie, ou à quelque chose que la préhistoire ludique n’a encore jamais catalogué.