Une équipe hispano-égyptienne vient de mettre au jour un mastaba vieux de 4 400 ans à Saqqarah, appartenant au juge Younmin et à son père Ity. Le tombeau, un mastaba datant du règne du pharaon Djedkare Isesi, comprend deux chapelles funéraires, situé dans la nécropole de Mariette, au nord de Saqqarah, dans la province de Gizeh, à l’ouest du Caire. Les reliefs peints ont conservé leurs couleurs d’origine après plus de quarante siècles sous le sable.
- Un mastaba vieux de 4 400 ans a été découvert à Saqqarah avec ses peintures d’origine intactes
- La tombe appartient au juge Younmin et à son père Ity, révélant une ascension sociale gravée dans la pierre
- Ce site connu depuis le XIXe siècle n’avait jamais été fouillé scientifiquement jusqu’à cette découverte récente
Un juge, un père, deux chapelles
La découverte a été réalisée par une mission archéologique hispano-égyptienne dans le cadre d’un projet conjoint entre l’Universitat Autònoma de Barcelona et le Conseil suprême des antiquités d’Égypte. Le mastaba se compose de deux espaces distincts, chacun dédié à un membre de la même famille. La première chapelle avait été commandée par Younmin, qui occupait plusieurs fonctions importantes dans l’appareil judiciaire de l’époque, notamment celles de juge, de directeur de tribunal et de greffier en chef chargé d’examiner les requêtes et les plaintes. Un poste qui rappelle, toutes proportions gardées, celui d’un magistrat administratif moderne chargé du contentieux.
La seconde chapelle était destinée à son père, Ity, qui exerçait des fonctions administratives liées à la gestion des terres agricoles et des offrandes, précise le ministère du Tourisme et des Antiquités. Deux générations, deux carrières, une même sépulture familiale. C’est un schéma classique pour l’Ancien Empire, mais rarement aussi bien conservé.
Les archéologues insistent sur l’état de conservation exceptionnel du site. Le tombeau a été retrouvé avec de la peinture encore intacte sur ses murs sculptés, plus de quarante siècles après avoir été enseveli. Sur la façade de la chapelle nord, dédiée à Younmin, les motifs racontent une vie entière consacrée à la fonction publique pharaonique.
Des scènes agricoles qui racontent l’Égypte du IIIe millénaire
La chapelle funéraire de Younmin présente une façade ornée d’inscriptions funéraires adaptées à la personnalité et aux fonctions de son propriétaire, ainsi qu’une formule d’offrande et une représentation du défunt dans une pose solennelle, avec de riches reliefs bien conservés représentant des activités agricoles et des processions d’offrandes. Des bœufs qui labourent, des porteurs qui apportent des victuailles, une porte fausse censée permettre au défunt de communiquer avec le monde des vivants.
Ce type de décor n’a rien d’anecdotique. Alors que les pyramides enregistrent le pouvoir des rois, des tombes comme celles de Younmin et Ity préservent autre chose : les gens qui administraient les terres, recevaient les pétitions. C’est là toute la valeur de cette découverte : elle donne un visage à l’administration égyptienne, loin du faste royal.
Le nom d’un pharaon apparaît en filigrane derrière cette histoire. Le tombeau date du règne de Djedkare Isesi, un souverain de la Ve dynastie qui a présidé à de vastes réformes administratives au XXIVe siècle avant notre ère, selon le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités. Younmin faisait littéralement partie de cette machine étatique en pleine réorganisation.
Un détail donne le ton du personnage. Amr al-Tayeb, directeur du site de Saqqarah, a expliqué à l’AFP que le rôle de Younmin s’accordait avec le concept égyptien antique de Maât, la déesse de la vérité et de la justice. Rendre la justice n’était pas qu’une fonction technique, c’était un acte sacré.
Un angle mort en plein cœur du site le plus fouillé d’Égypte
Ce qui rend l’histoire presque absurde, c’est l’endroit où elle s’est produite. Cet emplacement précis était repéré depuis le XIXe siècle, et personne n’avait jugé utile d’y regarder de plus près. Saqqarah est pourtant l’un des sites les plus étudiés au monde depuis Auguste Mariette.
Le secrétaire général du Conseil suprême des antiquités n’a pas mâché ses mots sur ce paradoxe. Hisham El-Leithy a résumé la situation sans détour : l’emplacement du mastaba était connu depuis les fouilles du XIXe siècle mais n’avait jamais fait l’objet d’une fouille scientifique complète ni d’une documentation approfondie. des générations d’archéologues sont littéralement passées à côté sans s’arrêter.
Une explication technique existe pourtant. Revenir sur de tels sites avec des méthodes d’excavation et de documentation modernes peut produire des découvertes cachées dans des endroits que les archéologues connaissaient techniquement depuis des générations. Le sable, les monticules, la végétation : autant d’obstacles qui masquent parfois l’évidence.
Saqqarah reste, malgré tout, un gisement d’une richesse rare. La nécropole, située à environ 40 kilomètres au sud-ouest du Caire, comprend la pyramide à degrés de Djoser ainsi que des pyramides royales et des milliers de tombes appartenant à des officiels, des prêtres et des membres de l’élite. Un terrain encore loin d’avoir livré tous ses secrets.
Ce que révèle vraiment cette double sépulture
Les titres de Younmin en disent long sur le fonctionnement de l’État égyptien antique. Ces titres offrent un aperçu inhabituellement direct de la machinerie administrative de l’Égypte de l’Ancien Empire. Plutôt que de simplement enregistrer un prestige, ils suggèrent que Younmin participait au système par lequel les litiges, les pétitions et les requêtes officielles remontaient jusqu’aux plus hauts niveaux de l’État. Un fonctionnaire, en somme, mais un fonctionnaire au cœur du pouvoir.
Les inscriptions confirment que cette tombe n’était pas ordinaire. La chapelle nord, la plus grande, appartenait à un officiel nommé Younmin, tandis que la chapelle sud avait été construite pour son père, Ity, mais les inscriptions à l’intérieur montrent clairement que ce n’était pas une sépulture familiale banale. C’est cette hiérarchie inversée qui intrigue les chercheurs : un fils au sommet, un père au rang plus modeste, enterrés côte à côte.
Younmin occupait, en effet, un rang plus élevé que celui de son père. Le tombeau appartient à Yunmen, haut fonctionnaire du pharaon Djedkare Isesi, qui y a aussi fait enterrer son père Iti, fonctionnaire de rang plus modeste. Une ascension sociale gravée dans la pierre, quatre millénaires avant l’invention du CV.
La fouille se poursuit et pourrait réserver d’autres surprises. Les archéologues estiment que d’autres sépultures intactes pourraient encore reposer à quelques mètres à peine de ce mastaba, dans un secteur pourtant arpenté depuis plus de cent cinquante ans par des générations entières d’égyptologues.
Sources : shango.media | francais.rt.com


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