Elias 2-24 b a moins d’un million d’années, contre 4,5 milliards pour la Terre. Elle est donc au moins 4 500 fois plus jeune que notre planète. À l’échelle d’une vie humaine, la Terre aurait 45 ans et cette exoplanète moins de quatre jours. La NASA a annoncé sa confirmation le 16 septembre 2026, et l’astre est toujours logé dans le disque de gaz et de poussière qui l’a vu naître.

Le précédent record dépassait 5 millions d’années.

À retenir
  • Elias 2-24 b possède moins d’un million d’années, dépassant le précédent record de 5 millions d’années.
  • La planète pèse entre 1,9 et 4 fois la masse de Jupiter et orbite à 55 unités astronomiques de son étoile.
  • Sa formation extrêmement rapide remet en question les modèles standards de création planétaire.

Dix ans d’indices, puis une confirmation dans des archives

L’histoire commence vers 2017, quand le réseau de radiotélescopes ALMA, au Chili, révèle un sillon dans le disque poussiéreux qui entoure l’étoile Elias 2-24. Le Très Grand Télescope de l’Observatoire européen austral repère ensuite un point lumineux très faible dans ce vide. Personne ne peut dire s’il s’agit d’une planète, d’un artefact ou d’un objet d’arrière-plan. Le dossier reste ouvert pendant près de dix ans.

C’est Andrea Bernardi, doctorant à l’Université Diego Portales (Chili), qui le referme. Son équipe a repris les archives de sept étoiles observées avec le coronographe de l’observatoire Keck, à Hawaï. Cet instrument masque la lumière de l’étoile pour laisser apparaître ce qui gravite autour.

Le signal était déjà là dans les données de 2018.

Un traitement d’image plus récent l’a fait ressortir, et une seconde observation de 2020 a permis de suivre son déplacement. Le mouvement correspond à celui d’un objet en orbite autour de l’étoile, à environ 55 fois la distance Terre-Soleil. Les auteurs reconnaissent toutefois que les détections n’atteignent pas le seuil classique de 5 sigma sur les deux époques, ce qui laisse une part de prudence statistique.

Un Jupiter qui n’aurait pas dû avoir le temps

La planète pèse entre 1,9 et 4 fois la masse de Jupiter, une fourchette déduite de la forme du sillon dans le disque et donc dépendante des modèles. Elle occupe une bande étroite située à quelque 55 unités astronomiques de son étoile, soit environ dix fois la distance qui sépare Jupiter du Soleil. Le système se trouve à 450 années-lumière, dans le nuage d’Ophiuchus, l’une des pouponnières d’étoiles les plus proches de nous. L’étoile elle-même est une naine de type K5 dont le disque est particulièrement vaste et brillant.

Neptune, elle, orbite à 30 unités astronomiques seulement.

Or, les modèles standards demandent environ cinq millions d’années pour bâtir un Jupiter à la distance où se trouve le nôtre, et davantage encore quand on s’éloigne autant de l’étoile. Lucas Cieza, professeur à l’Instituto de Estudios Astrofísicos et coauteur de l’étude, résume la situation : les meilleurs modèles de formation planétaire passent encore à côté de processus importants. Les quatre anciennes détentrices du record, deux autour de PDS 70 et deux autour de WISPIT 2, posaient déjà problème avec leurs 5 millions d’années.

Deux scénarios s’affrontent pour expliquer cette rapidité. Dans l’instabilité gravitationnelle, une région du disque s’effondre d’un bloc, ce qui peut prendre quelques milliers à quelques dizaines de milliers d’années. Mais la position de la planète dans un sillon étroit plaide plutôt pour l’accrétion sur un noyau, le modèle dominant, à condition que celui-ci s’accélère bien plus qu’on ne le pensait.

Ce que ce nouveau-né change pour les astronomes

Jusqu’ici, les spécialistes reconstituaient les premiers temps d’un système planétaire à partir de simulations ou de mondes déjà adultes. Elias 2-24 b permet d’observer la matière du disque tomber sur une planète en train de grossir, et cela dans un système dont les conditions peuvent ressembler à celles du Système solaire primitif, il y a plusieurs milliards d’années. Bernardi insiste aussi sur la méthode : la confirmation n’a été possible qu’en croisant plusieurs télescopes, ALMA, le VLT et Keck, qui avaient tous observé la région sans se parler.

Reste une nuance de taille sur le chiffre lui-même. Les auteurs indiquent que l’âge de l’étoile, du disque et de la planète est inférieur à un million d’années, mais que fixer une valeur plus précise sous ce seuil demeure difficile. Le rapport de 4 500 avec la Terre est donc un plancher : la planète peut être nettement plus jeune, jamais plus vieille.