Entre les élites enterrées et les personnes sacrifiées à leurs côtés, l’ADN ne montre aucune différence génétique majeure. Les victimes ne venaient donc pas de populations étrangères, mais de la même communauté. Cela ruine l’image du captif de guerre jeté dans la tombe d’un seigneur.
Soixante-dix-huit génomes ont suffi à fissurer une vieille certitude.
- L’ADN de 78 individus montre aucune différence génétique majeure entre les élites et les sacrifiés d’un cimetière coréen ancien.
- Des parents et leurs enfants ont été sacrifiés ensemble dans certaines tombes, suggérant une structure sociale institutionnalisée du sacrifice.
- Les femmes adultes restaient dans leur communauté après le mariage, contrairement aux pratiques d’autres sociétés anciennes.
Un cimetière de 1 600 tombes passé au séquençage
Tout part d’Imdang-Joyeong, à Gyeongsan, dans le sud-est de la Corée du Sud. Fouillé pour la première fois en 1982 et classé site historique en 2011, le complexe a été construit sur environ un siècle, entre le IVe et le VIe siècle. On y a mis au jour plus de 1 600 tombes et les restes d’au moins 259 individus.
L’étude est dirigée par Choongwon Jeong, de l’université nationale de Séoul, avec le musée de l’université Yeungnam, l’université Sejong et l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutionniste. Elle a paru dans Science Advances le 10 avril 2026. Les chercheurs ont exploité les données génomiques de 78 individus, issus de 44 tombes. Au moins 20 tombes à deux chambres portent les marques du sunjang, ce rite où des personnes étaient sacrifiées puis inhumées avec le défunt : la chambre principale abrite le propriétaire et des sacrifiés, l’annexe d’autres victimes.
Longtemps, le schéma était simple. À Daeseong-dong, près de Gimhae, les sacrifiés passaient pour des esclaves, avant que des travaux récents n’y voient des gardiens d’entrepôts, des concubines, des cavaliers et des gardes liés au propriétaire de la tombe.
Des parents et leurs enfants, sacrifiés ensemble
Dans trois cas, des parents et leurs enfants ont été sacrifiés ensemble dans la même tombe. Une sépulture contient même les deux parents et leur enfant.
Les 78 individus se répartissent en 13 arbres généalogiques, répartis sur deux zones de sépulture, avec 54 paires de parents dont 11 de premier degré et 23 de second degré. Les auteurs avancent que des familles ont pu fournir les sacrifiés à la classe des propriétaires de tombes pendant plusieurs générations consécutives. La presse a vite parlé de « caste sacrificielle », mais il s’agit d’une hypothèse, formulée avec prudence dans l’étude.
Le tableau reste nuancé. Les liens de parenté proches entre propriétaires et sacrifiés sont rares : seuls quelques cas ont été observés, et très peu au sein d’une même tombe. Les sacrifiés ne sont donc pas, en règle générale, les proches du défunt. Une étude antérieure par isotopes avait relevé des écarts d’alimentation entre les deux groupes, signe de rôles sociaux différents. Même ascendance locale, donc, mais des vies distinctes avant la mort.
Ce que ces génomes compliquent
Le débat sur les raisons du sunjang dure depuis des décennies. Les hypothèses vont de la croyance religieuse à la démonstration de pouvoir. L’ADN ne tranche pas, mais suggère que le sacrifice était inscrit dans la structure sociale, et non imposé à des étrangers. Jack Davey, directeur de l’Early Korean Studies Center, y voit des questions profondes sur la violence institutionnalisée et la mobilité sociale.
Cinq individus, issus de l’élite comme des sacrifiés, sont nés de parents étroitement apparentés, dont un couple de cousins germains. L’une des femmes, nommée « IMD003 » par les chercheurs, a des parents qui étaient au moins cousins germains.
Les femmes adultes, elles, ne disparaissent pas dans d’autres lignées après le mariage, contrairement à ce qu’on observe dans de nombreux cimetières antiques ailleurs.
Reste une limite de taille : 78 génomes exploitables pour au moins 259 individus exhumés, sur un seul site qui compte plus de 1 600 tombes. À Gimhae, les sacrifices humains sont apparus à la fin du IIIe siècle, ont dominé le IVe, puis ont disparu rapidement à la fin du Ve. Reste à savoir si d’autres cimetières de la péninsule, une fois séquencés, montreront le même lien entre sacrifiés et communauté locale.
Sources : heritagedaily.com | sciencedirect.com


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