Le plus ancien traité de paix conservé n’a pas été imposé par un vainqueur à un vaincu. Il a été signé vers 1259 av. J.-C. entre le roi hittite Hattusili III et le pharaon Ramsès II, deux souverains de deux des grandes puissances de l’âge du bronze récent, qui se parlent en frères. Un nouveau morceau de ce texte vient d’être identifié à Hattusa, l’ancienne capitale de l’Empire hittite, en Turquie.
L’annonce date du 21 septembre 2026, Journée mondiale de la paix.
- Un nouveau fragment du traité de Kadesh a été découvert à Hattusa en 2025 et identifié en 2026, portant sur les articles 12 à 20 concernant le sort des fugitifs.
- Le traité de 1259 av. J.-C. entre Hattusili III et Ramsès II utilise un vocabulaire de fraternité et d’égalité, non de hiérarchie, unique pour son époque.
- Trois copies en akkadien cunéiforme et une version en hiéroglyphes de Karnak permettent une comparaison directe des deux versions du traité des deux camps.
Un fragment sorti de terre en 2025, lu en 2026
Le fragment a été trouvé près du bâtiment E de Büyükkale, la colline où se dressait le palais royal hittite. Une seule face de la tablette a survécu, et les chercheurs ont passé environ un an à l’examiner avant d’identifier le texte. C’est une copie en akkadien, la langue de la diplomatie de l’époque. Les lignes conservées correspondent aux articles 12 à 20 du traité.
Ces articles règlent le sort des fugitifs : renvoyés dans leur pays, mais sans mutilation ni destruction de leur famille et de leur foyer en guise de punition. Les passages lisibles mentionnent des personnes qui fuient aussi bien l’Égypte que le pays de Hatti.
Hattusa avait déjà livré un exemplaire du traité, découvert sous forme de copie d’argile brisée en 1906. Ses morceaux sont conservés aux Musées archéologiques d’Istanbul, et une réplique du traité est exposée au siège de l’ONU à New York. Pour les Nations unies, le texte promet amitié éternelle, paix durable, intégrité territoriale, non-agression, extradition et aide mutuelle.
Une paix entre pairs, rédigée en double
Le vocabulaire du traité est celui de la parenté, pas celui de la hiérarchie. L’article 14 évoque un ordre éternel voulu par le dieu Soleil et le dieu de l’Orage pour l’Égypte et Hatti, fait de paix et de fraternité sans place pour l’hostilité. S’y ajoute une forme d’alliance défensive contre les insurrections intérieures et les invasions étrangères. Chaque roi promet à l’autre ce qu’il attend de lui, clause par clause, avec une symétrie rare pour un document vieux de plus de 3 000 ans.
Autre singularité : il subsiste trois copies en cunéiforme akkadien et une version en hiéroglyphes sur les murs du temple de Karnak, ce qui en fait le seul traité du Proche-Orient ancien dont on possède les versions des deux camps. On peut donc les comparer ligne à ligne.
Le texte ne mentionne même pas la bataille de Kadesh.
Le surnom de « traité d’argent » vient des exemplaires d’origine, qui auraient été coulés dans ce métal, aujourd’hui perdus. Ne restent que des copies sur argile à Hattusa et des inscriptions monumentales à Thèbes. Quant à la bataille de Kadesh, elle s’est déroulée vers 1274 av. J.-C., une quinzaine d’années avant la paix.
Dans les mêmes archives, un traité de vassalité
Les Hittites n’écrivaient pas que des accords entre égaux. Près de la porte du Sphinx, à Hattusa, on a retrouvé une tablette de bronze, et c’est la seule tablette métallique hittite découverte à ce jour. Elle consigne un traité de vassalité entre le roi Tudhaliya IV et son cousin Kurunta, roi de Tarhuntassa. Elle décrit aussi en détail les frontières de ce royaume, ce qui en fait une source précieuse sur la géographie de l’Anatolie à l’âge du bronze.
Avec Kurunta, un suzerain commande ; avec Ramsès, un roi négocie.
Si l’on cherche une raison de dire que la paix de Kadesh n’a pas été dictée, elle est là. La même chancellerie maîtrisait les deux registres, et elle a choisi celui de l’égalité pour clore près de deux siècles de rivalité sur la Syrie. Ce choix se lit dans le texte lui-même, pas dans les commentaires modernes.
« Plus ancien » : une précision nécessaire
Les sources ne s’accordent pas sur la date : l’ONU retient 1269 av. J.-C., d’autres travaux environ 1259. Le superlatif lui-même demande une nuance. Kadesh est le plus ancien traité de paix conservé, mais le traité bien plus ancien entre Ebla et Abarsal pourrait être le premier accord diplomatique consigné par écrit.
Les fouilles à venir à Hattusa doivent chercher les fragments manquants des copies sur argile. Le nouveau morceau rejoint ceux découverts dès les premières campagnes, entre 1906 et 1912.
Sources : fr.news.hada.io | centre-europe.com


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