Un squelette découvert sous le sol d’une église de Maastricht pourrait être celui de d’Artagnan, mais il n’a toujours pas de nom. Six mois après l’annonce de mars 2026, l’hypothèse tient encore debout sans être confirmée. Plusieurs des indices qui avaient enflammé la presse ont même perdu de leur poids entre-temps.

Les analyses n’ont, à ce jour, rien tranché.

À retenir
  • Un squelette découvert en février 2026 sous une église de Maastricht pourrait être celui de d’Artagnan, le célèbre mousquetaire.
  • Les fragments de plomb initialement pris pour une balle de mousquet se sont avérés être un clou forgé de 3,3 grammes.
  • Les analyses isotopiques orientent vers une origine d’Europe de l’Est ou du Sud-Est plutôt que de Gascogne.

Un affaissement, un autel, un squelette

En février 2026, une cavité apparaît sous le dallage de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Wolder, un quartier de Maastricht, et met au jour des restes humains. L’édifice a été reconstruit à plusieurs reprises, depuis une origine qui remonte au XIe siècle. Le diacre Jos Valke prend aussitôt contact avec l’archéologue Wim Dijkman, qui disait chercher la tombe de d’Artagnan depuis 28 ans. La fouille officielle a lieu le 13 mars.

Le lieu n’a rien d’anodin. Wolder abritait le quartier général de Louis XIV pendant le siège, et le roi assistait chaque jour à la messe dans l’église locale. L’historienne Odile Bordaz défendait de longue date l’idée d’une inhumation sur place, plutôt qu’un retour du corps en France, et l’armée aurait choisi d’enterrer le mousquetaire localement en raison de la chaleur de l’été.

Près des ossements, le diacre signalait une pièce française datée d’environ 1660 et des fragments de plomb pris pour une balle de mousquet. Il jugeait les indices très forts.

Une balle qui n’en est pas une

Les analyses ont ruiné l’argument du projectile.

L’objet est en réalité un clou forgé de 3,3 grammes, loin des 16 à 41 grammes attendus pour une balle de pistolet ou de mousquet de l’époque. Quant à la monnaie, les conditions des premières fouilles ne permettent pas d’établir avec certitude son lien avec la sépulture. Reste l’étude isotopique : selon le communiqué de la municipalité de Maastricht du 2 juillet 2026, les valeurs relevées sur l’émail dentaire ne confirment pas une origine gasconne et orientent, en première lecture, vers l’Europe de l’Est ou du Sud-Est. Les chercheurs tempèrent toutefois ce résultat préliminaire.

La méthode de fouille pèse aussi dans le dossier. Un archéologue retraité, qui avait laissé croire à l’église qu’il disposait de toutes les autorisations, a extrait les ossements sans précaution, les a emportés dans une boîte en plastique glissée dans un sac de courses et les a rangés dans son abri de jardin. La police a saisi les restes et une action en justice a été engagée contre lui.

À l’église, le chantier a été repris en urgence.

L’ADN, dernier juge

L’ADN prélevé sur les dents a été envoyé dans un laboratoire allemand pour être comparé au matériel génétique de descendants, tandis que d’autres os ont été étudiés à Deventer pour estimer l’âge et le sexe. Le laboratoire se trouve à Munich. La comparaison porte sur deux personnes qui se présentent comme des descendants de d’Artagnan.

En mars, Wim Dijkman se disait « très confiant », tout en attendant l’analyse du strontium censée révéler la région de naissance du défunt. Cette analyse est justement celle qui a surpris.

Le vrai d’Artagnan, Charles de Batz de Castelmore, est né vers 1611 et mort le 25 juin 1673 devant Maastricht. Le héros des romans d’Alexandre Dumas, publiés à partir de 1844, s’inspire d’un récit romancé de sa vie signé Gatien de Courtilz de Sandras. Ce mousquetaire de papier a donc toujours eu une longueur d’avance sur l’homme réel, dont la tombe reste introuvable.