Un squelette orienté vers l’est, comme le veut la tradition des sépultures chrétiennes, vient de confirmer l’existence d’une église nordique au Groenland. Elle se trouvait à Qinngua, près de Narsarsuaq, dans le sud de l’île.
Cela faisait plus de 60 ans que les archéologues n’avaient pas trouvé d’église nordique au Groenland.
- Un squelette orienté vers l’est confirme l’existence d’une église nordique du XIIIe siècle à Qinngua, Groenland
- L’église mesurait 8 à 10 mètres de long sur 3 à 4 mètres de large et était entourée d’un cimetière et de trois fermes
- Cette découverte valide les descriptions des textes médiévaux sur les églises groenlandaises et suggère d’autres vestiges à trouver
Un squelette pour trancher vingt ans de doute
Le Musée national du Danemark a annoncé la nouvelle un jeudi de septembre. La découverte, faite en août, réunit des chercheurs du Musée national du Danemark, du Musée et des Archives nationales du Groenland, du Musée universitaire de Bergen et de UNESCO Kujataa. Le projet est coordonné par Christian Edelfelt Koch Madsen, chercheur principal au Musée national.
Les ruines n’étaient pas inconnues. Le site se compose d’un enclos rectangulaire en pierre, avec au centre les restes d’un bâtiment, une disposition cohérente avec une église entourée d’un cimetière. Il manquait pourtant la preuve décisive, une tombe, et les fouilles menées dans les années 2000 n’avaient révélé aucune sépulture. Les archéologues en ont finalement mis une au jour lors de la campagne de cet été.
L’édifice mesure environ 8 à 10 mètres de long sur 3 à 4 mètres de large. Il date probablement du XIIIe siècle. Les analyses d’échantillons se poursuivent : la taille de l’église et ses nombreuses pierres partiellement taillées pointent vers la période 1100-1300, mais les bras du défunt, le long du corps, pourraient suggérer une datation plus ancienne.
Un proto-village autour de trois fermes
Entourée de trois fermes, l’église a longtemps échappé aux archéologues. Pour Christian Madsen, c’est ainsi que naissaient les villages au Groenland : un « proto-village », où les trois exploitations partageaient probablement champs et ressources. Les fermes servaient aussi de base à la chasse marine dans la région.
Un indice trouvé dans les dernières heures des fouilles de l’an dernier a tout déclenché.
Construire une église n’avait rien d’anodin. Selon Madsen, c’est revendiquer un pouvoir religieux, lequel nourrit le pouvoir économique puisqu’il donne accès aux revenus de l’Église. Les chefs locaux y trouvaient donc un levier d’influence autant qu’un lieu de culte. Avec six églises désormais recensées dans cette région relativement petite, les archéologues réexaminent la façon dont les grandes familles se disputaient l’influence.
Les textes médiévaux avaient vu juste
Le site n’est pas loin de la résidence et du siège de chef d’Érik le Rouge. Des textes médiévaux citent plusieurs églises nordiques par leur nom et indiquent où elles se trouvaient, et l’une des descriptions les plus crédibles correspondrait à l’emplacement de la nouvelle église. Madsen juge d’ailleurs ces sources très fiables.
Konrad Smiarowski rappelle que les églises groenlandaises ont été localisées surtout grâce à la Flateyjarbók et aux descriptions d’Ívar Bárðarson. Selon lui, l’emplacement de cette église cadre avec le schéma attendu, ce qui laisse penser que d’autres restent à trouver.
Cette colonie viking s’est éteinte au cours du XVe siècle, dans des circonstances qui restent mystérieuses.
Les Vikings ont colonisé le Groenland au Xe siècle, plusieurs millénaires après l’arrivée des Inuits, présents depuis au moins 3 000 ans. Madsen précise que l’église faisait partie d’un réseau de petites églises catholiques, les premières du continent nord-américain. À titre de comparaison, l’église de Hvalsey, les ruines nordiques les mieux conservées du Groenland, mesure 16 mètres sur 8 et abrite la dernière trace écrite des Nordiques : un mariage célébré en septembre 1408.


Laisser un commentaire