Quarante-deux mètres carrés de mosaïque polychrome, presque intacts, sous les pieds des archéologues. À Eauze, dans le Gers, le site de la Domus de Cieutat a livré en juin 2026 un pavement du IVe siècle d’une ampleur rare, au cœur de l’ancienne cité d’Elusa. Les équipes y fouillent une demeure romaine dont la salle chauffée cachait ce décor depuis environ 1 700 ans.

Le premier pan était sorti de terre en 2012.

À retenir
  • Une mosaïque de 42 m² du IVe siècle a été dégagée en juin 2026 à Eauze, pratiquement intacte après 1 700 ans.
  • La mosaïque orne une salle chauffée, signe de richesse et de confort réservé aux familles aisées romaines.
  • Le site a bénéficié d’une protection municipale depuis les années 1980 qui a gelé les terrains pour préserver le patrimoine archéologique.

Deux tiers dégagés d’un coup en juin 2026

Les fouilles relèvent du programme collectif de recherche sur la cité antique d’Elusa. Elles ont permis de dégager les deux tiers restants d’un ensemble que l’on ne connaissait que par fragments. Un responsable de la fouille résume la situation : on peut désormais mesurer précisément un décor qui couvre plus de 42 m² et qui est pratiquement complet. La mosaïque orne une salle chauffée, signe d’un confort réservé aux maisons aisées de l’époque.

42 m², c’est la surface d’un petit deux-pièces parisien, recouverte de petits cubes de pierre posés à la main.

Cette mosaïque porte le nom de « mosaïque aux lauriers » depuis sa découverte en 2012, lors de l’aménagement du site de la Domus de Cieutat. Elle se trouve dans une domus voisine, restée jusque-là non fouillée, située dans le même îlot (l’insula) que la Domus de Cieutat. les archéologues n’ont pas eu à chercher bien loin : la maison attendait à quelques pas d’une demeure déjà étudiée.

Une réserve archéologique gelée depuis les années 1980

Rien de tout cela n’aurait été possible sans une décision de la municipalité, prise dès les années 1980. Les terrains ont été gelés il y a plus de quarante ans, un choix que les chercheurs qualifient de politique et de visionnaire. En 1992, la photographie aérienne a ensuite révélé le plan orthogonal des rues de la ville antique, ce qui a conduit à la création d’une réserve archéologique d’une vingtaine d’hectares. Entre 2001 et 2012, les fouilles ont exhumé une vaste domus de 2 600 m² ainsi que les rues qui l’entourent.

Eauze avait déjà fait parler d’elle bien avant.

En 1985, la découverte d’un trésor enfoui en 261 avait placé la commune sur la carte de l’archéologie : environ 28 000 monnaies, dont 4 706 deniers d’argent et 6 pièces d’or, auxquelles s’ajoutent une cinquantaine de bijoux et d’objets précieux. Le musée archéologique d’Eauze en conserve l’essentiel, avec des sarcophages, des stèles, des chapiteaux et des fragments de fresques.

Un décor qui s’inscrit dans l’école d’Aquitaine

La mosaïque aux lauriers figure parmi les sites cités pour l’école d’Aquitaine. Ce courant désigne des ateliers itinérants actifs en Gaule aquitaine à partir du IVe siècle. Leur marque de fabrique tient à un quadrillage de cases contenant des motifs végétaux stylisés, parfois un solide évidé sur fond noir qui crée un effet de volume. Ils travaillaient avec des marbres pyrénéens, de l’ophite pour le vert, de la terre cuite et de la pâte de verre pour la polychromie.

Les sources disponibles ne détaillent pas encore le dessin précis du pavement d’Eauze. Reste à savoir ce que révéleront les relevés et l’étude complète du décor, maintenant que sa quasi-totalité est visible.

Où voir Elusa aujourd’hui

La Domus de Cieutat se visite allée Julien Laudet, à Eauze, avec son centre d’interprétation. Elle fait partie du réseau Elusa Capitale antique, qui réunit aussi la villa de Séviac et le musée du Trésor, place de la République. La fouille étant en cours, mieux vaut se renseigner auprès d’Elusa avant de venir pour savoir ce qui est accessible.

Pour mesurer l’échelle, la villa de Séviac aligne de son côté 450 m² de mosaïques et 500 m² de thermes privés, ce qui en fait l’une des plus grandes villas gallo-romaines de France.