Il y a 2 600 à 2 700 ans, le site du Pilat n’avait rien d’une dune : on y trouvait de petites habitations en bois et des sites sauniers. Les archéologues l’ont retrouvé dans le paléosol, un sol fossilisé enfoui sous le sable au pied du plus haut tas de sable d’Europe. Ils se sont donné 19 jours pour explorer ce passé avant qu’il ne soit trop tard.
Le hameau a donc précédé le géant de sable.
- Un village côtier prospère du bronze antique s’étendait sous la dune du Pilat entre 900 et 400 avant notre ère.
- Des centaines de milliers de fragments de moules à sel attestent une production intensive et durable, pas saisonnière.
- La dune avance de 4 à 5 mètres par an : seuls 2,6 % du site a pu être fouillé avant qu’il ne disparaisse.
Un hameau qui sort du paléosol
Le chantier démarre à la pelleteuse, qui retire le sable jusqu’à atteindre le fameux sol fossilisé. Philippe Jacques, qui dirige les recherches, y lit les traces d’un village de la fin de l’âge du bronze. Le sol livre des trous de poteau, dont l’un devait supporter le toit d’un bâtiment, sûrement un atelier, comme le confirme un objet utilisé pour filer la laine. Entre 900 et 600 avant J.-C., on vivait donc en permanence sur la côte, et ces fouilles le prouvent.
Le terrain n’est pas tendre pour les archéologues. Le sable est corrosif et efface une bonne partie des matières organiques, ce qui rend chaque indice précieux. Lors de fouilles précédentes, 22 trous de poteau ont tout de même été identifiés, ce qui suggère plusieurs bâtiments successifs.
Du sel, et des centaines de milliers de tessons
Bernard Chièze, archéologue amateur, se baisse et montre le sol. Ce qu’on y voit, par milliers, voire par centaines de milliers, ce sont des fragments de moules à sel, des récipients qui servaient à fabriquer des pains de sel. Une telle accumulation de débris laisse penser que la production s’est étalée sur de longues périodes, et pas sur une saison.
Un premier atelier saunier avait été repéré en 2018.
L’emplacement du hameau ne doit rien au hasard. Lors de la campagne précédente, Philippe Jacques expliquait qu’une vaste zone lacustre avait été découverte, et que les habitants s’étaient sans doute installés là parce qu’ils avaient besoin d’eau douce pour lessiver les sables marins. Le sel se travaillait donc à la jonction de deux mondes, l’océan tout proche et une réserve d’eau douce. Aujourd’hui, ce plan d’eau a disparu, et seuls les sédiments en gardent la mémoire.
Quarante ans de recherches, 19 jours pour finir
Les premières découvertes datent des années 1960, mais les fouilles extensives n’ont commencé qu’en 2014. Franceinfo rappelle de son côté que les campagnes ont été lancées il y a une quarantaine d’années par des archéologues amateurs du secteur, soutenus par des professionnels. Le chantier se déroule sous le contrôle de la Drac, la Direction régionale des affaires culturelles, avec l’aide de bénévoles.
L’équipe travaille sur une bande étroite. Lors de la campagne de 2024, la zone fouillée mesurait 70 mètres de long sur huit mètres de large, à la recherche d’éléments datant de la fin de l’âge du bronze et du premier âge du fer. Arthur Boué, doctorant en archéologie, creuse des tranchées pour observer le profil du sol en profondeur. Chaque coupe stratigraphique permet de lire l’ordre dans lequel les occupations se sont empilées.
Le mot d’ordre est la vitesse.
L’archéologue Caroline Landart l’explique sans détour : il s’agit de documenter ces niveaux avant qu’ils ne soient totalement détruits, pour en garder la mémoire. La côte recule sous l’effet de l’érosion, et les vestiges qui affleurent au pied de la dune sont les premiers à partir. Un fragment de moule à sel emporté par une tempête d’hiver ne reviendra pas.
Des sépultures, dernière page d’une occupation
En 2024, l’équipe pensait aussi avoir trouvé deux sépultures à incinération, des fosses creusées dans le sable et comblées de charbon de bois et d’ossements brûlés. Elles dateraient de 500 à 400 avant notre ère, soit la dernière phase d’occupation. Philippe Jacques restait prudent, puisque cela devait encore être confirmé. Après cette période, le sable, poussé par les vents d’Ouest, a recouvert le site.
Le sable, lui, n’a jamais cessé d’avancer. Selon la NASA, la dune migre de 4 à 5 mètres par an vers l’intérieur des terres. Elle s’étire sur environ 2,7 kilomètres le long de la côte, pour 107 mètres d’altitude et quelque 60 millions de mètres cubes de sable.
La bande fouillée en 2024 ne couvrait qu’environ 2,6 % de cette longueur. Le reste du hameau, s’il existe, dort encore sous le sable.
Sources : franceinfo.fr | news.google.com


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