Et si la véritable prouesse n’était pas la distance parcourue, mais la vitesse à laquelle elle a été atteinte ? Perseverance vient de dépasser le record détenu par Opportunity sur le sol martien depuis des années. Là où son illustre prédécesseur a eu besoin de près de quinze ans pour y parvenir, le rover de la NASA n’en a eu besoin que d’un tiers.
- Perseverance a parcouru 45,22 km sur Mars, dépassant le record d'Opportunity (45,16 km) en seulement cinq ans et demi contre près de quinze ans
- Plus de 90 % des déplacements de Perseverance sont autonomes grâce au système AutoNav, qui analyse jusqu'à 600 000 points de mesure du terrain
- L'équipe du JPL estime que Perseverance pourrait atteindre 100 km au total, ses actionneurs étant certifiés pour au moins 60 km supplémentaires
- 45,22 kilomètres en un tiers du temps : l’exploit chiffré de Perseverance
- Le secret de la vitesse : quand l’intelligence artificielle remplace la main humaine
- Lac de Charmes : Perseverance en route vers des terrains plus vieux que tout ce qui existe sur Terre
- 100 kilomètres en ligne de mire : jusqu’où Perseverance peut-il repousser ses limites mécaniques
45,22 kilomètres en un tiers du temps : l’exploit chiffré de Perseverance
L’odomètre de Perseverance affiche désormais 45,22 kilomètres parcourus sur le sol martien. Un chiffre qui peut sembler modeste à l’échelle terrestre, mais qui représente un cap symbolique pour l’exploration spatiale. Le précédent record, détenu par le rover Opportunity avec 45,16 kilomètres, vient tout simplement d’être battu.
Ce qui frappe surtout, c’est le temps mis pour y arriver. Opportunity a arpenté la surface de la planète rouge pendant près de quinze ans, de 2004 à 2018, accumulant patiemment chaque mètre. Perseverance, lui, a atteint cette distance en cinq ans et demi seulement. Autrement dit, Percy a battu la distance parcourue par Oppy en un tiers du temps à peine.
Le record a été franchi lors du 2006e jour martien de la mission, baptisé « sol » dans le jargon des équipes du Jet Propulsion Laboratory. Ce jour-là, le rover a simplement parcouru 91,31 mètres, un trajet presque anodin sur le papier, mais qui a suffi à faire basculer l’histoire de l’exploration robotique martienne.
Le secret de la vitesse : quand l’intelligence artificielle remplace la main humaine
Comment expliquer un tel écart de performance entre les deux rovers ? La réponse tient en un mot : autonomie. Plus de 90 % des déplacements de Perseverance sont désormais réalisés sans intervention humaine directe, contre environ 5 % seulement pour Opportunity et Spirit à leur époque.
Concrètement, le rover s’appuie sur un système baptisé AutoNav, capable d’analyser le terrain en temps réel pour repérer les obstacles, les pentes dangereuses ou les zones sablonneuses à éviter. Là où Sojourner, le tout premier rover martien, ne traitait qu’une vingtaine de points de mesure pour évaluer son environnement, Perseverance en analyse jusqu’à 600 000 à chaque observation.
Ce bond technologique change littéralement la donne. Grâce à cette capacité d’évaluation quasi instantanée, le rover peut parcourir jusqu’à 412 mètres en une seule journée martienne, un rythme qu’aucun véhicule piloté manuellement depuis la Terre n’aurait pu tenir.
Lac de Charmes : Perseverance en route vers des terrains plus vieux que tout ce qui existe sur Terre
Ce record de vitesse n’est pas une fin en soi. Au moment où l’odomètre a basculé, le rover se dirigeait déjà vers une zone baptisée Idubi, située sur la bordure ouest du cratère Jezero. Ce secteur a été surnommé Lac de Charmes par les équipes scientifiques, un nom qui sonne presque comme une promesse.
Et la promesse est de taille. Cette région pourrait en effet abriter certains des terrains les plus anciens jamais explorés directement dans l’ensemble du système solaire. Sur Terre, l’érosion et la tectonique des plaques ont depuis longtemps effacé ou recyclé les roches les plus primitives de notre planète.
Sur Mars, en l’absence de ces phénomènes à grande échelle, certaines formations géologiques auraient conservé leur structure d’origine. Perseverance pourrait donc littéralement rouler sur un livre d’histoire géologique qui n’a plus d’équivalent ailleurs, pas même sous nos pieds.
100 kilomètres en ligne de mire : jusqu’où Perseverance peut-il repousser ses limites mécaniques
À sa conception, la mission Perseverance n’était pas pensée pour battre des records de distance. Le plan initial prévoyait un roulage maximal d’environ 20 kilomètres, un seuil que le rover a allègrement dépassé au fil de ses pérégrinations martiennes.
Ce dépassement n’est d’ailleurs pas une première pour Perseverance. Avant même de rattraper Opportunity, le rover avait déjà franchi les 35,7 kilomètres du rover lunaire d’Apollo 17, établis en 1972, ainsi que les 39 kilomètres du soviétique Lunokhod 2, un record vieux de plusieurs décennies.
Steve Lee, du JPL, a déclaré lors d’une conférence de presse que l’équipe estime désormais possible d’atteindre les 100 kilomètres au total. Un chiffre qui paraît tout sauf farfelu quand on sait que les actionneurs du rover, ces pièces mécaniques qui font tourner les roues, ont été certifiés capables de fonctionner de manière optimale pour au moins 60 kilomètres supplémentaires.
Steven Lee, chef de projet des rovers Curiosity et Perseverance au JPL, se montre d’ailleurs rassurant sur l’état général de la machine. Selon lui, tous les systèmes de mobilité restent pleinement opérationnels, un signal encourageant pour la suite de l’aventure martienne.
Reste à voir combien de temps Perseverance mettra à parcourir les kilomètres qui le séparent de ce nouveau cap symbolique. Si le rythme actuel se maintient, la progression vers Lac de Charmes et au-delà pourrait bien réserver d’autres surprises, aussi bien mécaniques que scientifiques, dans les mois à venir.


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