Une tomate grosse comme une pièce de deux euros, perdue dans l’immensité confinée de la Station spatiale internationale. Pendant des mois, ce minuscule fruit rouge est devenu l’obsession d’un astronaute américain, puis la risée amusée de tout un équipage, avant qu’une révélation inattendue ne vienne clore cette enquête menée à quatre cents kilomètres d’altitude.

À retenir
  • Frank Rubio a perdu deux tomates issues de l'expérience Veg-05 et a cherché entre dix-huit et vingt heures sans les retrouver avant son retour sur Terre.
  • Le 6 décembre 2023, l'équipage de l'Expedition 70 a retrouvé les tomates toujours dans leur sachet Ziploc, déshydratées par le faible taux d'humidité de l'ISS mais sans moisissure.
  • Les tomates n'ont pas été rapportées sur Terre pour analyse et ont simplement été jetées une fois retrouvées.

Une tomate disparaît dans l’espace : le début d’un mystère digne d’une enquête

Tout commence avec une expérience de botanique spatiale baptisée Veg-05, menée à bord de l’ISS par l’astronaute de la NASA Frank Rubio. L’objectif était simple sur le papier : faire pousser des tomates naines de variété Red Robin, des fruits miniatures d’à peine deux centimètres et demi de diamètre, pour étudier le comportement des végétaux en microgravité.

En 2022, la récolte a enfin lieu. Chaque membre d’équipage reçoit sa part des précieux fruits, cultivés avec patience pendant plusieurs semaines dans l’environnement confiné de la station. Frank Rubio range les siens dans un sachet Ziploc, en attendant le moment idéal pour les déguster.

Sauf que ce moment n’arrivera jamais. Entre le rangement du sachet et l’instant où l’astronaute s’apprête à croquer dans sa récompense, la tomate s’évapore littéralement. Pas de bruit, pas de témoin, pas d’indice. En apesanteur, un objet qui s’échappe ne tombe pas : il dérive, silencieux, et peut se loger n’importe où.

Vingt heures de recherche en apesanteur : Rubio passe l’ISS au peigne fin

Face à cette disparition aussi soudaine qu’absurde, Frank Rubio ne lâche pas l’affaire facilement. Il estime lui-même avoir consacré entre dix-huit et vingt heures à traquer le fruit fugueur, un temps considérable quand on sait à quel point chaque minute d’un astronaute en mission est précieuse et minutée.

Le problème, c’est que chercher un objet dans l’ISS n’a rien à voir avec fouiller un salon sur Terre. La station ressemble à un labyrinthe de modules truffés de grilles de ventilation, de panneaux techniques et de rangements en tout genre. Sans gravité pour faire retomber les objets, une tomate peut tout aussi bien se nicher derrière un câble que flotter dans un recoin invisible.

Malgré sa ténacité, Rubio rentre bredouille à chaque tentative. Le petit fruit rouge, symbole d’une expérience scientifique sérieuse, se transforme peu à peu en véritable énigme personnelle pour l’astronaute, qui finit par devoir abandonner ses recherches sans jamais remettre la main dessus.

Huit mois de silence et de blagues : comment l’équipage a vécu cette disparition

L’affaire aurait pu rester un simple détail anecdotique, confiné aux carnets de bord de la mission. Mais Frank Rubio choisit d’en parler publiquement lors d’une diffusion en direct depuis l’ISS, racontant avec un certain recul amusé sa quête infructueuse. L’anecdote fait rapidement le tour des amateurs d’actualité spatiale.

Entre-temps, Frank Rubio finit par regagner la Terre après trois cent soixante et onze jours passés en orbite, un séjour allongé par des complications techniques sur son vaisseau Soyouz. Cette durée constitue d’ailleurs un record américain de temps passé dans l’espace en une seule mission, ce qui n’est pas rien pour quelqu’un qui n’aura jamais pu savourer sa récolte.

Pendant ce temps, à bord de la station, la tomate disparue devient un running gag parmi l’équipage. Chaque coin exploré, chaque grille de ventilation inspectée donne lieu à des plaisanteries sur le sort du fruit fantôme. L’histoire, aussi légère soit-elle, illustre bien l’ambiance qui peut régner entre astronautes confinés ensemble pendant des mois.

Le dénouement inattendu : la NASA révèle où se cachait la tomate depuis le début

Le mystère trouve finalement son épilogue le 6 décembre 2023. Ce jour-là, lors d’un direct organisé pour célébrer les vingt-cinq ans de l’ISS, l’astronaute Jasmin Moghbeli annonce que l’équipage de l’Expedition 70 vient de retrouver le fameux fruit, planqué dans son sachet depuis tout ce temps. Elle précise même que l’on peut désormais exonérer Frank Rubio de tout soupçon de gourmandise précoce.

Quelques jours plus tard, la NASA complète l’histoire avec un rebondissement savoureux : il ne s’agissait pas d’une, mais bien de deux tomates portées disparues. Les fruits sont décrits comme retrouvés dans un sachet plastique, déshydratés et légèrement écrasés, mais sans aucune trace de croissance microbienne ou fongique visible.

Cette conservation inattendue s’explique en grande partie par le taux d’humidité très faible régnant à bord de la station, autour de dix-sept pour cent. Un environnement presque aussi sec qu’un désert, qui a littéralement momifié les tomates plutôt que de les laisser pourrir ou moisir.

Dernier détail qui clôt définitivement l’enquête : contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ces tomates n’ont jamais été rapatriées sur Terre pour une quelconque analyse scientifique. Elles ont tout simplement été jetées une fois retrouvées, mettant un point final à huit mois de recherches, de blagues et de spéculations à bord de la station.

Cette histoire de tomate égarée, aussi anodine puisse-t-elle paraître, rappelle finalement à quel point la vie quotidienne dans l’espace reste soumise à des règles physiques très différentes des nôtres. Un simple fruit, livré à l’apesanteur, peut transformer une expérience scientifique sérieuse en véritable feuilleton suivi par des millions de curieux sur Terre.