Les eaux du Pacifique équatorial sont devenues mesurablement plus bleues depuis plusieurs mois, et c’est le satellite PACE de la NASA qui en a mesuré la teinte. Le changement n’a rien d’une illusion d’optique. La NOAA estime à 83 % les chances que l’El Niño le plus fort depuis 1950 soit en train de se dérouler. Dans l’eau, la couleur trahit un recul du phytoplancton, ces algues microscopiques qui nourrissent l’essentiel de la vie marine.
PACE observe là son tout premier El Niño.
- Le Pacifique équatorial est devenu nettement plus bleu en 2026 par rapport à 2025.
- Le phytoplancton recule parce que les alizés affaiblis réduisent la remontée d’eau riche en nutriments.
- La NOAA estime à 83 % la probabilité d’un El Niño record entre octobre et décembre.
Un satellite de 2024 face à un El Niño hors norme
Lancé en février 2024, PACE collecte des données hyperspectrales de couleur de l’océan, quasiment chaque jour et sur toute la planète. Il mesure des centaines de longueurs d’onde de lumière visible, ultraviolette et proche infrarouge. Les images classiques ne révèlent pas ces nuances, et c’est ce qui permet de suivre des variations de teinte très ténues.
La NASA a comparé 2025, une année de La Niña faible, avec 2026. Des eaux plus vertes persistaient en 2025 sur certaines zones de l’Pacifique équatorial, alors que les mêmes zones sont nettement plus bleues en 2026.
Une seconde comparaison, centrée sur la chlorophylle, date de juin. Elle oppose juin 2025, en conditions neutres, à juin 2026, alors que El Niño se renforçait. La différence la plus nette apparaît dans le Pacifique central, autour de l’équateur, juste au nord de la Nouvelle-Zélande, où les concentrations sont très inférieures en 2026. À cette date, El Niño était officiellement arrivé. Les océanographes Matthew Kehrli et Graham Trolley, du Goddard Space Flight Center, soulignent que la communauté scientifique dispose pour la première fois d’autant de longueurs d’onde pour étudier un tel épisode.
Des alizés affaiblis, un garde-manger vide
En temps normal, les alizés poussent l’eau chaude de surface vers l’ouest du Pacifique, ce qui laisse remonter une eau froide et riche en nutriments dans l’est équatorial. Les phytoplanctons y puisent leur nourriture. Pendant un El Niño, l’affaiblissement des alizés réduit cette remontée d’eau profonde, et l’abondance de phytoplancton chute faute de ressources.
Les observations satellitaires montrent des eaux de surface du Pacifique oriental environ 1,7 °C plus chaudes que la moyenne, et un niveau de la mer localement relevé de 30 à 40 cm. Le phytoplancton se trouve à la base de presque toutes les chaînes alimentaires du Pacifique. Quand il décline, les effets montent vite, du zooplancton aux poissons, puis aux oiseaux marins et aux mammifères marins. D’autres espèces doivent alors se déplacer vers de nouvelles zones d’alimentation.
Les pêcheries péruviennes sont citées parmi les premières concernées. Certains médias relaient une observation de la NASA qui affecte déjà la pêche au Pérou, et un site évoque des arrêts de pêche à l’anchois et des échouages d’otaries en Californie. Ces derniers points ne reposent pas sur une source officielle et méritent d’être confirmés.
Le phénomène n’a rien d’une surprise pour les chercheurs. La disparition du phytoplancton au centre de l’équateur survient lors de chaque El Niño notable. Kehrli et Trolley s’attendent à ce que le déficit s’aggrave, soit par une différence plus marquée dans la zone actuelle, soit par une extension de la région appauvrie, selon le comportement des alizés équatoriaux.
Un événement qui vise le record
Dans ses perspectives du 8 octobre, la NOAA évalue la probabilité d’un événement dépassant tous les El Niño depuis 1950 (+2,5 °C ou plus sur un indice RONI de trois mois) à 54 % pour septembre-novembre, 83 % pour octobre-décembre et 70 % pour novembre-janvier. Un El Niño fort à très fort est le scénario le plus probable jusqu’à janvier-mars 2027.
Le Niño 3.4 a touché +3,3 °C la semaine du 7 octobre.
Ce chiffre ne se compare pas directement à l’indice officiel. Le RONI part de l’écart de température du Niño 3.4, retranche la moyenne tropicale, ajuste la variance et applique une moyenne glissante sur trois mois. Il affiche ainsi +1,7 °C pour juillet-septembre 2026, alors que l’anomalie hebdomadaire brute atteint +3,3 °C.
La NOAA rappelle qu’un El Niño plus fort ne produit pas automatiquement de plus gros impacts : la force augmente la probabilité de certains effets sans en fixer l’ampleur. La NASA invite à la même prudence en comparant l’épisode à ceux du passé. En octobre, 2026 ressemble à 1997-1998 par l’inclinaison du niveau de la mer et par l’eau chaude qui s’étend jusqu’en Amérique du Sud. En 1997-1998, cela avait signifié de fortes pluies en Californie et dans le sud des États-Unis. En 2015-2016, moins d’eau élevée atteignait la côte sud-américaine, d’où des conditions météo différentes.
Ce que le bleu annonce pour les prochains mois
La NOAA prévoit que El Niño persiste jusqu’à mars-mai 2027, avant un retour probable à la neutralité en avril-juin et mai-juillet 2027. Le déficit de phytoplancton devrait donc durer plusieurs mois. L’El Niño est un phénomène naturel qui revient environ tous les deux à sept ans. Celui-ci offre aux chercheurs un jeu de données hyperspectrales sans précédent.
La NOAA actualise son diagnostic une fois par mois, le deuxième jeudi. Le prochain rendez-vous tombe donc le 12 novembre 2026, avec de nouvelles probabilités sur la force de l’événement.
Sources : phys.org | watchers.news


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