Des archéologues qui fouillent l’ancienne cité de Kayalıpınar, en Anatolie centrale, ont mis au jour une archive royale hittite de 184 tablettes et fragments cunéiformes. L’annonce est tombée début octobre 2026, relayée par le ministre turc de la Culture et du Tourisme, Mehmet Nuri Ersoy. Selon l’équipe de fouille, il s’agit de l’archive en langue hittite la plus vaste découverte au XXIe siècle.
Cent trente et un de ces documents sont sortis de terre lors de la dernière campagne.
- Une archive royale de 184 tablettes a été découverte à Kayalıpınar, en Anatolie centrale.
- Les textes datent d’environ 3 400 ans, sous le règne du roi hittite Tudhaliya II.
- Certaines tablettes décrivent une épidémie de fièvre touchant surtout les enfants.
Šamuḫa, une ville sacrée dans les archives du royaume
Kayalıpınar, identifiée à l’ancienne Šamuḫa, se trouve dans le district de Yıldızeli, dans la province de Sivas. La cité était un centre administratif et religieux important, souvent citée dans les textes hittites qui nous sont parvenus. Elle était liée au culte de Šauška, une déesse associée à l’amour et à la guerre. Pendant longtemps, pourtant, on connaissait Šamuḫa par les écrits des autres. Les fouilles menées depuis 2021 par une équipe de l’université Koç, sous la direction de Çiğdem Maner, permettent enfin de l’entendre parler.
Les fouilleurs avaient déjà exhumé 53 pièces dans la même zone en 2025, aujourd’hui rattachées à l’archive. Ajoutez les 131 nouvelles, et le compte s’arrête à 184. Le ministère turc a baptisé l’ensemble « Royal Archive in Kayalıpınar ».
Les tablettes remontent à environ 3 400 ans, sous le règne du roi hittite Tudhaliya II. Rédigées en hittite et en hourrite, elles livrent des témoignages de première main sur l’administration de l’État, les affaires militaires, les pratiques religieuses et la vie de la famille royale. Le hourrite, langue voisine des cultes et des rituels du sud-est anatolien, rappelle que le royaume hittite était un espace de langues mêlées. Un même dossier peut donc passer d’une langue à l’autre selon qu’il s’agit d’un rapport, d’une prière ou d’un rituel.
Fièvre, deuil et oracles : ce que racontent les tablettes
Parmi les documents les plus frappants figurent des textes sur une épidémie de forte fièvre, passée d’une ville à l’autre, qui semble avoir touché surtout les enfants et les nourrissons. On a déjà vu des archives antiques évoquer des fléaux, mais rarement avec un tel souci du détail domestique. Pendant l’épidémie, la santé des jeunes princes et princesses, comme celle des enfants de hauts dignitaires, était surveillée par des rituels de divination. Le pouvoir hittite n’avait pas de médecine à opposer au mal, mais il avait des devins, et il les consultait.
Les premières lectures mentionnent aussi la mort d’une princesse en bas âge et des demandes d’aide adressées au roi par des commandants militaires.
Les tablettes montrent que la maladie inquiétait jusque dans la famille royale. Un document décrit un bébé princesse encore nourri au sein, ce qui donne à l’archive une dimension rare : celle d’un deuil de cour consigné sur de l’argile. À l’échelle d’une vie, c’est minuscule. À l’échelle de l’histoire, ces lignes sont parmi les plus anciennes traces écrites d’une angoisse parentale liée à une épidémie.
Une tablette fournit par ailleurs des signes et des présages inédits dans l’augure hittite, ce qui éclaire le fonctionnement de la divination par les oiseaux. Cela montre le poids des présages dans l’administration hittite, au même titre que les affaires militaires. Un général qui hésitait avant une campagne attendait donc la réponse d’un spécialiste de l’observation des oiseaux autant que celle de ses éclaireurs. L’archive comprend des textes de divination, des présages, des lettres, des rituels et des prières.
Une découverte qui déplace le regard hors de Hattusa
Jusqu’ici, l’essentiel de ce que l’on sait des Hittites vient de Hattusa, la capitale, près de l’actuelle Boğazköy. Les fouilles du début du XXe siècle y ont livré d’énormes archives royales : correspondance diplomatique, traités, textes religieux et registres administratifs. On parle de l’ordre de 30 000 tablettes et fragments, de quoi remplir plusieurs bibliothèques municipales. Face à ce corpus, 184 pièces paraissent modestes.
Mais le chiffre trompe.
L’équipe de fouille considère cet ensemble comme l’une des concentrations de documents hittites les plus importantes jamais trouvées hors de Hattusa. Ce qui compte, c’est la provenance : une ville de province, avec ses propres préoccupations, ses propres prêtres et ses propres chefs militaires. Le gouverneur de Sivas, Yılmaz Şimşek, a souligné que ces tablettes éclairent de nombreux aspects de la civilisation hittite, de l’administration d’État aux croyances et à la vie quotidienne. Les archives de la capitale racontent le royaume vu d’en haut, celles de Šamuḫa permettent de le voir depuis ses marges.
Le calendrier joue aussi. L’annonce est intervenue à l’approche de la Journée internationale de l’archéologie. Elle a fait le tour de la presse spécialisée en quelques jours, signe que la communauté scientifique en attend beaucoup. Pour les chercheurs, ce type de trouvaille représente des années de travail : déchiffrer, assembler les fragments, comparer les formules avec celles de Hattusa.
Les chercheurs poursuivent la traduction des tablettes, tandis que les fouilles continuent à Kayalıpınar. Les 184 pièces ne sont donc peut-être pas un total définitif, puisque le site n’a pas fini de livrer ses couches.
Le chantier a commencé en 2021 et, cinq campagnes plus tard, a déjà produit la plus grosse archive hittite du siècle. Les publications scientifiques détaillées, qui restent à venir, diront quelles lettres, quels rituels et quels oracles figurent vraiment sur ces tablettes.
Sources : thedebrief.org | heritagedaily.com


Laisser un commentaire