Quarante-six mètres de profondeur, à environ cinq kilomètres au large de Mazara del Vallo, dans l’ouest de la Sicile. C’est là que deux pêcheurs sous-marins ont mis la main, début août 2026, sur l’une des découvertes archéologiques sous-marines les plus spectaculaires de ces dernières années : l’épave d’un navire romain, vieille de 2 100 ans, piled high with hundreds of well-preserved ancient clay jars, known as amphorae, which were likely used to transport wine. Le ministre italien de la Culture, Alessandro Giuli, n’a pas mâché ses mots pour qualifier la trouvaille.
Tout commence par une plongée de routine, ou presque. Giacomo De Mola et son compagnon de plongée Igor Bisulli faisaient de la pêche sous-marine au large de Mazara del Vallo quand ils ont aperçu ce qu’ils pensaient être un simple rocher entre 40 et 50 mètres sous la surface. La visibilité, ce jour-là, n’aidait pas. Dans le récit qu’il en a fait sur les réseaux sociaux, De Mola raconte sa descente : « quelque chose me pousse à vérifier. Une dernière respiration. Et je descends. La visibilité n’est pas la meilleure. Je vois une grande masse sombre et je pense : le gros rocher habituel ». Mais non. En s’approchant, l’illusion se dissipe brutalement : « je me rapproche. Et mon cœur s’arrête. Ce n’était pas un rocher. Sous moi s’étendait une immense étendue d’amphores. Des centaines d’amphores qui reposaient sur le fond marin depuis plus de 2 000 ans ».
Le duo a immédiatement alerté les autorités compétentes, en l’occurrence la Surintendance de la mer de la région sicilienne. Une intervention conjointe a suivi, associant plusieurs unités spécialisées. La découverte a été effectuée lors d’une inspection conjointe menée par l’unité de protection du patrimoine culturel des Carabiniers (TPC) de Palerme, la Surintendance de la mer de la région sicilienne et l’unité subaquatique des Carabiniers de Messine, avec l’appui de la vedette des Carabiniers de Trapani, suite à un signalement de particuliers. Un travail d’équipe qui a permis de confirmer, en quelques jours à peine, l’ampleur exceptionnelle du site.
À retenir
- Deux plongeurs ont découvert par hasard ce qui pourrait être l’épave romaine la mieux conservée de la Méditerranée
- Des centaines d’amphores empilées sur 2,1 mètres de haut racontent une histoire de routes commerciales croisées
- Le ministère italien de la Culture refuse de remonter le navire immédiatement, mais la documentation promet des révélations majeures
Une cargaison figée dans le temps
Ce qui frappe d’abord, c’est la quantité. Pas une poignée d’amphores éparpillées, mais un véritable tumulus de céramique antique. Les jarres sont empilées les unes sur les autres sur près de 2,1 mètres de hauteur, formant un monticule d’environ 20 mètres de long sur 6 mètres de large. Le navire lui-même n’était pas un petit esquif : le bateau mesurait 21 mètres de long et six mètres de large, d’après les médias locaux. À titre de comparaison, c’est à peu près la longueur d’un court de tennis, chargé à ras bord de poteries qui ont traversé deux millénaires sans se briser.
La grande majorité de la cargaison appartient à un type bien connu des archéologues méditerranéens. Le navire transportait essentiellement des amphores de type Dressel 1A, grandes et cylindriques, qui servaient en général à transporter du vin. Mais le lot n’est pas homogène, et c’est justement ce qui intéresse les chercheurs. La plupart des jarres semblent être des amphores Dressel 1A, un type associé à la fin de la période romaine, tandis que d’autres sont de style nord-africain. D’autres encore semblent être des jarres néo-puniques plus anciennes. Un mélange qui raconte déjà, à lui seul, une histoire de routes commerciales croisées entre plusieurs rives de la Méditerranée.
Le mobilier ne s’arrête pas aux amphores. Sur le fond marin, rapporte le ministère italien de la Culture, se trouvent des centaines d’amphores, majoritairement de type Dressel 1A, deux jas d’ancre en plomb et une autre structure faite du même matériau. Ces jas d’ancre, lourdes pièces métalliques qui servaient à lester les ancres en bois, sont eux-mêmes des indices précieux sur la taille et l’équipement du navire. Deux mille ans de sel et de courants marins n’ont visiblement pas eu raison de leur forme.
Pourquoi cette épave change la donne
La datation resserre déjà le champ des possibles. Les Carabiniers ont vérifié que le navire coulé remontait à une période comprise entre le deuxième et le premier siècle avant notre ère. Deux siècles charnières, ceux où Rome consolide sa domination sur la Méditerranée occidentale et où le commerce du vin explose entre l’Italie, l’Afrique du Nord et les côtes ibériques. Un navire de ce type, chargé à cette échelle, n’est pas un simple curiosité : c’est un instantané figé d’une économie en pleine expansion.
Les spécialistes extérieurs à la découverte partagent cet enthousiasme, tout en restant mesurés sur ce qu’il reste à faire. Simon Stoddart, archéologue à l’université de Cambridge, souligne que la découverte pourrait jouer un rôle clé pour aider les experts à reconstituer les routes commerciales, ainsi qu’à établir une sorte de carte des risques maritimes de la Méditerranée antique. Chaque amphore identifiée, chaque marque de fabrique tamponnée dans l’argile, est une donnée qui vient nourrir une cartographie du commerce antique encore largement incomplète.
Le ministre Giuli, de son côté, a insisté sur la dimension symbolique de l’événement. Dans sa déclaration officielle, il a résumé la portée du site en une phrase qui mérite d’être citée telle quelle : « ce naufrage raconte l’histoire des peuples, des routes commerciales et des échanges qui ont fait de la Méditerranée un carrefour de civilisations ». Une manière de rappeler que sous les vagues siciliennes, ce ne sont pas seulement des poteries qui dorment, mais les traces concrètes d’un système économique vieux de deux millénaires.
Et maintenant, que va-t-il se passer ?
L’épave ne va pas être remontée dans l’immédiat, du moins pas dans son intégralité. Le site va désormais faire l’objet d’un travail de documentation et de recherche approfondi de la part de la Surintendance de la mer, visant à reconstituer le contexte archéologique et à mettre en place les mesures de protection nécessaires. Une prudence logique : sortir de l’eau des centaines d’amphores sans protocole rigoureux risquerait d’abîmer des pièces qui ont survécu vingt siècles sous la mer.
Reste un détail qui donne le vertige à quiconque a déjà pratiqué la plongée. Giacomo De Mola, le pêcheur qui a fait la découverte, a confié à quel point l’instant avait été particulier, bien au-delà du simple frisson de l’inattendu : « il est difficile d’expliquer ce que ça fait d’être parmi les premiers êtres humains, après près de vingt siècles, à revoir cet endroit ». D’autres épaves ont déjà été retrouvées ces dernières années au large de la Sicile, preuve que ces eaux, carrefour de routes antiques, n’ont probablement pas fini de restituer leurs secrets.
Sources : rtbf.be | lematin.ch
