Un Français aux commandes d’un vaisseau américain, sans que l’ESA n’ait signé le chèque. C’est la mission que Thomas Pesquet s’apprête à réaliser en juillet 2027, quand il prendra la tête de l’équipage PAM-1, un vol privé vers la Station spatiale internationale organisé non pas par la Nasa ou l’agence spatiale européenne, mais par une jeune entreprise californienne baptisée Vast. Pour sa première mission, Vast comptera en juillet prochain au moins trois passagers de l’ESA : le Français Thomas Pesquet en commandant, le Tchèque Aleš Svoboda en pilote et le Grec Adrianos Golémis.

Quinze jours. C’est la durée du séjour prévu à bord de l’ISS.

Ce vol marque une bascule symbolique forte. Thomas Pesquet deviendra en juillet 2027 le premier européen à commander une mission spatiale dans un véhicule étatsunien. Une nuance de taille par rapport à son précédent commandement : en 2021, il avait dirigé l’ISS elle-même pendant environ un mois, mais jamais un vaisseau américain de bout en bout, de l’assemblage au retour.

À retenir
  • Thomas Pesquet commandera la mission Vast PAM-1 vers l’ISS en juillet 2027 pour une durée de 15 jours
  • La Nasa a assoupli ses règles en 2025 pour permettre à des astronautes non-américains de commander des missions privées vers l’ISS
  • L’accord a été annoncé lors du sommet Choose France par Emmanuel Macron le 1er juin 2026

Vast, l’entreprise qui bouscule le monopole d’Axiom

Le nom ne dit peut-être rien au grand public, et c’est normal : Vast n’a que cinq ans d’existence. Cette entreprise spatiale a été fondée en 2021 par le milliardaire Jed McCaleb, avec un siège social situé en Californie. Jusqu’ici, le marché des vols privés vers l’ISS était verrouillé par un seul acteur. En juillet 2027, la start-up rompra cinq ans de monopole d’Axiom Space dans le secteur des missions privées à bord de l’ISS, des missions réalisées depuis 2022 pour des courts séjours d’environ deux semaines.

La mécanique administrative qui rend tout cela possible date d’hier, à l’échelle spatiale. Aucune de ces missions ne serait possible sans une règle assouplie par la Nasa en 2025 : pour la première fois, la personne aux commandes d’une mission privée arrivant à la station n’a plus besoin d’être un ancien astronaute de l’agence américaine. Avant ce changement, la porte restait fermée aux astronautes extérieurs à la Nasa, même les plus expérimentés.

La preuve la plus flagrante de cette ancienne règle ? Toute mission privée vers l’ISS devait être dirigée par un ancien astronaute de la Nasa, sans exception. Thomas Pesquet, malgré ses centaines de jours cumulés en orbite, n’aurait tout simplement pas pu obtenir ce siège il y a encore deux ans.

Un accord scellé à l’Élysée

L’annonce n’est pas passée par un communiqué technique perdu dans les archives de la Nasa. L’accord a été annoncé le 1er juin 2026 lors du sommet Choose France organisé par le président Emmanuel Macron, et confirmé le même jour par Vast. La France y a décroché deux places qui comptent. Pesquet commandera la mission d’astronaute privé de Vast vers l’ISS, tandis que l’astronaute de réserve Arnaud Prost servira d’ingénieur d’essais en vol sur le premier vol habité vers Haven-1, la future station que Vast ambitionne de lancer.

Le calendrier reste soumis aux aléas habituels du secteur. Les deux missions sont prévues pour 2027, dureront environ deux semaines chacune, et embarqueront à bord de capsules Crew Dragon de SpaceX lancées par des fusées Falcon 9. la fusée reste américaine, le vaisseau reste américain, seul le client change de nom.

Le patron de Vast n’a pas caché sa satisfaction. Max Haot a déclaré que l’accord « reinforces Vast’s commitment to launch and operate the world’s first commercial space station », ajoutant que la société était honorée d’avoir été choisie par la France pour ces missions historiques.

Une victoire française qui interroge sur l’autonomie européenne

Faut-il crier au triomphe tricolore ? La question mérite d’être nuancée.

Certains observateurs du secteur pointent une contradiction gênante. L’Europe envoie ses astronautes dans une fusée et un vaisseau de SpaceX pour remplir une mission destinée à Vast, puis dans la propre station de l’entreprise, difficile d’y voir un quelconque bénéfice national dans un contexte où les budgets de recherche sont sous tension. Le paradoxe est réel : on célèbre un Français aux commandes, tout en dépendant entièrement d’un matériel et d’une infrastructure américains.

Le calendrier orbital se resserre pourtant autour de Vast. En février 2026, la Nasa a précisé avoir accordé à Vast le créneau de la sixième mission privée vers l’ISS, après quatre missions Axiom Space et une cinquième également confiée à Axiom pour début 2027, la sixième mission de Vast étant envisagée pour l’été 2027 au plus tôt. Thomas Pesquet s’inscrit donc dans un calendrier serré, coincé entre deux vols Axiom et l’arrivée de nouveaux concurrents.

Car Vast n’est pas seule sur ce marché naissant. Pour une entreprise qui affronte Axiom, Starlab (soutenue par Voyager et Airbus), ainsi que Blue Origin et Sierra Space avec Orbital Reef pour exploiter la première station privée, un drapeau français sur le manifeste représente à la fois du revenu et une preuve qu’un gouvernement majeur mise sa crédibilité sur le matériel. La bataille des stations spatiales privées vient de trouver son premier commandant tricolore, et l’ISS elle-même n’a plus que quelques années à vivre avant sa désorbitation programmée.