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Elle a été ramassée blessée sur une route du sud du Brésil : ses 76 chromosomes ne collaient à aucune espèce connue

Elle a été ramassée blessée sur une route du sud du Brésil : ses 76 chromosomes ne collaient à aucune espèce connue

Une femelle canidé heurtée par une voiture sur une route du Rio Grande do Sul, dans le sud du Brésil, a livré aux généticiens l’une des surprises les plus inattendues de la zoologie sud-américaine. L’histoire débute en 2021 dans la région de Vacaria, au Rio Grande do Sul. L’animal, gravement blessé, ne correspond à aucune des espèces recensées dans la zone. Deux ans plus tard, les analyses chromosomiques confirment ce que personne n’osait imaginer : un chien et un renard sauvage venaient d’avoir une descendance, une première scientifiquement documentée.

À retenir

  • Un canidé mystérieux aux oreilles pointues et au comportement énigmatique trouvé sur une route brésilienne intrigue les vétérinaires
  • Le décompte chromosomique révèle un chiffre impossible : exactement entre celui des chiens et des renards
  • Deux ans de recherche confirment une première scientifique qui remet en question tout ce qu’on croyait savoir sur l’incompatibilité génétique

Un animal qui ne ressemble à rien de connu

Gravement blessé à la suite d’un accident de la route, ce canidé intriguant est recueilli par le Centre de Conservation et de Réhabilitation des Animaux Sauvages de l’Université fédérale du Rio Grande do Sul. Sur la table du vétérinaire, l’animal déconcerte immédiatement l’équipe : il présente des traits typiquement canins mais également des traits de renard, de grandes oreilles pointues, une fourrure rêche et épaisse et un museau long et fin. Le comportement achève de brouiller les pistes. Méfiante et distante d’un premier abord, elle apprécie la caresse après des semaines au contact des humains ; aboie comme un chien mais se déplace comme un renard ; joue avec des jouets comme un chien mais n’accepte que des rongeurs vivants pour se nourrir.

La région abrite pourtant plusieurs espèces de canidés bien identifiées. Cette partie de l’Amérique du Sud héberge quatre espèces de canidés, et pourtant aucune de ces espèces spécifiques ne correspond à l’animal recueilli, ni en apparence ni sur le plan génétique. Le chien des buissons a des oreilles rondes et courtes pattes, le loup à crinière est bien plus grand avec un pelage roux : rien ne colle. Face à cette impasse, le personnel vétérinaire contacte des universités locales pour tenter de percer le mystère de cet individu hors norme.

Le chiffre qui a tout changé : 76 chromosomes

Compter des chromosomes, un geste presque banal en génétique, allait ici trancher un débat vieux comme la taxonomie animale. L’analyse génétique a confirmé qu’elle portait 76 chromosomes, exactement entre les 78 des chiens domestiques et les 74 des renards des pampas. Un chiffre pile entre les deux espèces, comme une signature génétique impossible à ignorer. Les chercheurs ne s’arrêtent pas là : ils examinent la morphologie précise de chaque paire. Le canidé recueilli possède également deux chromosomes X avec deux morphologies différentes, ce qui indique qu’ils proviennent de deux espèces différentes.

Reste à savoir qui, du chien ou du renard, a joué le rôle de mère. La réponse vient de l’ADN mitochondrial, transmis exclusivement par la lignée maternelle. Une analyse de l’ADN mitochondrial de la créature, qui ne provient que du côté maternel, suggère que sa mère était probablement le renard des pampas et son père un chien. Un scénario improbable dans la nature : un renard sauvage et un chien domestique, deux univers qui se croisent rarement d’aussi près, sauf peut-être en périphérie de fermes ou de villages où les territoires se chevauchent.

Deux ans d’enquête pour valider une première mondiale

Documenter une hybridation aussi improbable ne se fait pas en une après-midi de laboratoire. L’animal a atterri au centre de conservation de Canela, où l’équipe de recherche a passé deux ans à percer son mystère, un délai qui n’a rien d’anecdotique puisque documenter une hybridation aussi improbable exige des preuves solides. Deux ans de comparaisons de caryotypes, de séquençages et de recoupements avant de publier des conclusions inattaquables. Le résultat finit par paraître dans la revue scientifique Animals, sous la plume d’une équipe menée notamment par la chercheuse Bruna Szynwelski.

L’animal reçoit un nom qui résume à lui seul cette double appartenance. Les chercheurs l’ont appelé « graxorra », un mix venant de « graxaim-de-campo » (le nom portugais du renard de la pampa) et de « cachorra » (chienne en portugais), ce qui donne « dogxim » en anglais pour désigner le premier exemple enregistré d’un renard et d’un chien pouvant avoir une progéniture ensemble. Une écologiste ayant travaillé avec l’animal, Flávia Ferrari, a confié au Telegraph avoir eu affaire à « un animal incroyable, vraiment un hybride hors du commun. Le mot n’est pas galvaudé : jusqu’ici, la génétique considérait qu’un fossé de quatre chromosomes suffisait à rendre deux lignées de canidés biologiquement incompatibles.

L’affaire ne s’arrête pas à un cas isolé. Selon Bruna Szynwelski, aucune preuve scientifique n’existe pour l’instant d’autres hybrides dans cette région, mais l’équipe suspecte que ce cas décrit n’est pas le seul. Une phrase qui change la portée de la découverte : si des croisements similaires se produisent ailleurs dans le Rio Grande do Sul sans jamais être repérés, c’est tout le paysage génétique des canidés sud-américains qu’il faudrait reconsidérer.

Reste une question à laquelle la science n’a pas encore de réponse définitive : cette femelle hybride est-elle elle-même fertile, capable de transmettre à son tour ses 76 chromosomes ? Les zoologistes brésiliens suivent son évolution de près, conscients qu’un accident de la route, aussi banal soit-il pour les organismes chargés de recenser la faune écrasée sur les axes du pays, a cette fois débouché sur une découverte qui rebat les cartes de la reproduction entre espèces.