Plus de 600 grammes d’or ont été récupérés dans une épave byzantine gisant près de l’île croate de Mljet, et Igor Miholjek, qui dirige les recherches, y voit la plus grande quantité d’or jamais découverte sur une épave en Méditerranée. Le navire a coulé à la fin du VIIe siècle ou au début du VIIIe, dans l’Adriatique. L’annonce, relayée par Reuters en juillet 2026, couronne plus de dix ans de plongées.
Ceintures, monnaies, bague impériale : le butin d’un dignitaire.
- Plus de 600 grammes d’or récupérés sur l’épave Tatinica, près de Mljet
- Quatre ceintures en or ornées d’émeraudes, de rubis et de perles
- Le navire a coulé à la fin du VIIe ou au début du VIIIe siècle
- Vingt épaves inconnues sont recensées autour de l’île
Quatre ceintures, une bague et des monnaies de quatre empereurs
Les pièces les plus marquantes sont quatre parures de ceinture en or, avec boucles et embouts ornés d’émeraudes, de rubis et de perles. Ces ornements décoraient les ceintures de cuir de hauts dignitaires byzantins. Selon l’Institut, aucun objet comparable n’avait été découvert jusqu’ici sur un site archéologique sous-marin en Méditerranée. À leurs côtés, des pièces d’or frappées sous quatre empereurs de la dynastie héraclide permettent de situer le naufrage à la fin du VIIe ou au début du VIIIe siècle.
Tout n’était pas précieux à bord. Les plongeurs ont aussi remonté des amphores, des balances de marchand, des jetons d’ivoire et de la vaisselle en céramique (bols, assiettes, cruches). Ce mélange montre un navire où se croisaient transport officiel et commerce ordinaire.
Les chiffres varient selon les sources. La plupart des comptes rendus évoquent plus de 21 onces, soit plus de 600 grammes d’or après nettoyage et restauration, mais un autre cite Pavle Dugonjić pour plus de 450 grammes. Dans les deux cas, la masse tiendrait dans un cube d’environ 3 centimètres de côté, le volume d’un gros dé à jouer.
Un haut personnage et sa suite
Reste la bague à sceau : un anneau en or à l’effigie d’un empereur. Ce type de bague n’était confié qu’à de hauts responsables de l’État ou de l’armée habilités à sceller des documents officiels. Pour Pavle Dugonjić, responsable du département d’archéologie sous-marine, elle n’aurait certainement pas été portée par n’importe qui. Les spécialistes y voient soit un cadeau diplomatique, soit un bien personnel d’un officiel d’élite embarqué.
Le navire transportait probablement un haut personnage et sa suite.
Mljet se trouvait sur une route maritime active reliant des cités du nord de l’Italie, dont Ravenne et Venise, à Constantinople et aux villes byzantines du Proche-Orient. L’épave, nommée Tatinica, a été repérée en 2014 par l’Institut croate de conservation et repose entre 32 et 40 mètres de profondeur, sur une pente sableuse entre des rochers. Neuf campagnes de fouilles sous-marines ont été menées depuis 2015.
Un siècle que l’on disait vide
Les historiens ont longtemps rangé cette période parmi les « siècles obscurs ». L’Empire byzantin, privé de la Syrie et de l’Égypte par les conquêtes arabes des années 630 et 640, semblait exsangue. Certains chercheurs jugeaient même l’Adriatique appauvrie et quasi dépourvue de navigation. Or cette découverte montre que les réseaux maritimes à longue distance et les déplacements officiels de haut niveau persistaient malgré les turbulences politiques.
Justin Leidwanger, archéologue à l’université Stanford, présente le site comme un point d’observation critique pour comprendre la fin de l’Empire romain tardif et sa transformation vers le monde médiéval. Les épaves de Méditerranée livrent ce que les textes, rares pour l’époque, ne disent pas.
Vingt épaves inconnues dorment autour de Mljet.
Ce qu’il reste à établir
Dix-neuf ans de recherches systématiques de l’Institut croate de conservation ont révélé ces vingt sites, qui s’échelonnent du IIe siècle avant notre ère au XVIe siècle. Les archéologues espèrent encore affiner la datation exacte du naufrage et identifier l’empereur représenté sur la bague. Les conditions de plongée sont si difficiles que les fouilles ne peuvent avoir lieu que quelques semaines chaque été.
Pour mesurer la différence de nature, il suffit de regarder ailleurs. L’épave byzantine de Yassi Ada, près de Bodrum en Turquie, autre navire du VIIe siècle, a livré environ 900 amphores, et une reconstitution est exposée au château de Bodrum. Là-bas, un cargo de marchands ; à Mljet, les ceintures d’un dignitaire.
Sources : slate.fr | le-bouillon-larochelle.fr


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