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Fini la pointe du Texas pour Starship : en 2026, 50 585 hectares de marais bouleversent tout le programme

Fini la pointe du Texas pour Starship : en 2026, 50 585 hectares de marais bouleversent tout le programme

Fini la pointe du Texas comme unique fief de Starship. SpaceX vient d’annoncer la construction d’un second complexe de lancement géant en Louisiane, un chantier à 100 milliards de dollars posé sur 50 585 hectares de marais côtiers. Une surface hors norme, huit fois la taille de Manhattan, qui redessine complètement la géographie du programme de la firme d’Elon Musk.

À retenir

  • Un spatioport géant émerge d’une zone humide protégée : quels secrets SpaceX cache-t-il ?
  • Dix pas de tir, 100 milliards de dollars, et des marais à restaurer : comment SpaceX jongle avec l’impossible
  • 2029, date fatidique : sera-t-elle respectée ou repoussée comme au Texas ?

Un site quatre fois plus grand que Starbase Texas

L’annonce a été faite le 25 août 2026 par SpaceX et le gouverneur de Louisiane Jeff Landry, lors d’un événement organisé directement sur place, dans la paroisse de Vermilion. Le site de 50 585 hectares sur Pecan Island, que SpaceX a baptisé Starbase Louisiana, est une extension des opérations de lancement de Starship de l’entreprise au-delà du Texas et de celles prévues en Floride, alors que la fusée reste en développement avancé. Concrètement, ce nouveau campus deviendra le quatrième site de lancement américain de la société, et de loin le plus vaste.

Les ambitions affichées donnent le vertige. Le second campus Starbase de l’entreprise permettra à terme de lancer des milliers de vols Starship par an, a déclaré la présidente de SpaceX Gwynne Shotwell, réitérant ses objectifs ambitieux pour une cadence qui dépendra de la résolution de défis techniques et d’obstacles réglementaires majeurs. Sur le papier, le site prévoit dix pas de tir, avec à terme une nouvelle base de lancement qui apportera dix pas de tir sur la côte du Golfe de Louisiane et soutiendra des milliers de lancements de Starship par an. Elon Musk, lui, n’a pas ménagé son enthousiasme, promettant plus de trente vols par jour au maximum de la capacité du site.

Le calendrier reste toutefois lointain. La construction débutera l’année prochaine, avec un premier lancement de Starship prévu pour 2029. Trois ans de chantier, donc, avant même la première mise à feu. De quoi rappeler que le Texas lui-même a mis près d’une décennie entre l’annonce du projet et les premiers vols orbitaux.

Des marais protégés au cœur du projet

Le choix du site n’a rien d’anodin. Pecan Island est un hub protégé pour des dizaines d’espèces d’oiseaux migrateurs qui parcourent saisonnièrement l’hémisphère occidental. Canards, oies des neiges, grues blanches : la zone humide de la plaine chénière du sud-ouest louisianais abrite plusieurs espèces menacées, coincée entre deux sanctuaires naturels déjà établis. Autant dire que l’implantation d’un spatioport industriel à cet endroit précis ne passe pas inaperçue auprès des associations de protection de l’environnement.

SpaceX assure vouloir limiter son emprise réelle. Shotwell a affirmé mardi que SpaceX prévoyait de garder « de très larges portions » des 50 585 hectares de Starbase Louisiana « intactes, afin que les zones humides à haute valeur restent des habitats et ne deviennent pas des infrastructures ». L’entreprise met aussi en avant un volet compensatoire ambitieux, avec des promesses de restauration du littoral. Shotwell a mis en avant les plans environnementaux et présenté les efforts visant à restaurer les marais et le littoral en recul de Pecan Island, qui constituent une zone tampon naturelle protégeant les zones intérieures des inondations lors de fortes précipitations.

Le précédent texan pèse pourtant dans les esprits. À Starbase Texas, les lancements de Starship ont, selon des associations environnementales, projeté du gravier et des débris sur les oiseaux de rivage et leurs nids. Un épisode qui alimente déjà les craintes autour du projet louisianais, où les mêmes organisations, du Center for Biological Diversity à l’American Bird Conservancy, se préparent probablement à surveiller le dossier de très près.

Un modèle self-sustaining, entre pas de tir et port maritime

Ce qui distingue Starbase Louisiana, c’est son ambition d’autosuffisance totale. SpaceX prévoit de construire un spatioport « autosuffisant » avec sa propre production de propergol, sa production d’énergie, des capacités d’expédition en eau profonde, des installations de traitement des véhicules et probablement un aéroport. Rien à voir avec un simple pas de tir isolé : c’est une ville industrielle entière qui doit sortir de terre au milieu des marais.

Les retombées économiques promises sont à la mesure du projet. Selon les informations disponibles, un accord fiscal prévoit des versements annuels sur vingt-cinq ans aux collectivités locales, accompagnés de dons directs à des fondations communautaires de la région. Dans une paroisse rurale et peu peuplée, l’arrivée d’un chantier à 100 milliards de dollars change immédiatement la donne économique, même si certains résidents locaux s’inquiètent déjà, selon plusieurs médias américains, du caractère jugé secret des négociations préalables.

Le parallèle avec le Texas ne s’arrête pas à la taille du terrain. Là-bas aussi, SpaceX avait dû composer avec des zones humides sensibles : en janvier 2026, l’entreprise avait reçu l’approbation fédérale pour remblayer 17 acres de zones humides afin d’agrandir son pas de tir dans le sud du Texas, compensée par la création d’une banque de mitigation environnementale. Un mécanisme de compensation qui s’annonce, à l’échelle de la Louisiane, comme un chantier autrement plus vaste.

La Louisiane n’avait jamais accueilli de lancement orbital avant ce projet. En misant sur les marais de Pecan Island plutôt que sur un site déjà industrialisé, SpaceX prend le pari inverse de la prudence environnementale, celui de transformer une zone tampon naturelle contre les inondations en rampe de lancement vers Mars. Reste à voir si les permis fédéraux, eux, suivront le même rythme que les annonces.