La réponse est arrivée le 17 septembre 2026, presque exactement 104 ans après que Howard Carter a ouvert la tombe de Toutânkhamon. Une équipe menée par l’archéologue Mamdouh Eldamaty, ancien ministre égyptien des Antiquités, a publié une étude géophysique qui relance sérieusement l’hypothèse de chambres cachées derrière les murs peints de la sépulture. Ce n’est pas une confirmation. Mais c’est, pour la première fois depuis des années, un signal qui va dans le même sens plutôt que de le contredire.
Le dossier traînait depuis 2015.
Cette année-là, l’égyptologue britannique Nicholas Reeves examine des clichés à très haute résolution des parois de la chambre funéraire, désignée KV62 dans la Vallée des Rois. Des lignes, des fissures et certaines caractéristiques attirent son attention. Sa conclusion fait grand bruit : la tombe visitable aujourd’hui ne serait que l’antichambre d’un ensemble funéraire bien plus vaste, celui d’une reine devenue pharaon, potentiellement Néfertiti elle-même. Les fresques du mur nord, murées à la hâte selon lui, cacheraient l’entrée d’un couloir menant à cette sépulture disparue.
Depuis, les scanners se sont succédé sans jamais donner le même verdict. Une première campagne au radar, en novembre 2015, laisse entrevoir des anomalies encourageantes. L’année suivante, une équipe soutenue par la National Geographic Society ne parvient pas à les retrouver. Puis, en 2018, une étude bien plus poussée, menée par Francesco Porcelli de l’École polytechnique de Turin avec trois systèmes radar couvrant plusieurs fréquences, tranche dans l’autre sens : « nous concluons, avec un très haut niveau de confiance, que l’hypothèse concernant l’existence de chambres cachées adjacentes à la tombe de Toutânkhamon n’est pas soutenue par les données », écrit Porcelli dans son rapport officiel.
Le dossier semblait clos.
La nouvelle étude change pourtant d’échelle et de méthode. L’équipe d’Eldamaty a combiné le radar à pénétration de sol classique avec une technique jamais utilisée sur ce site : la microgravimétrie, qui détecte de minuscules variations du champ gravitationnel terrestre pour repérer des différences de densité sous la roche. Les chercheurs ont utilisé le radar à pénétration de sol et des mesures de microgravité pour sonder la tombe et le sol environnant, cette dernière méthode détectant les infimes changements du champ gravitationnel qui permettent d’identifier des différences de densité sous la surface. S’y ajoutent l’imagerie thermique, une cartographie géologique complète et une relecture minutieuse de l’architecture, des peintures et des textes de la chambre. Rien n’a été laissé au hasard.
Les résultats bruts intriguent. À l’intérieur de la tombe, les capteurs posés contre le mur ouest ont révélé plusieurs indices compatibles avec une entrée murée : des joints verticaux et des fissures de contrainte, ainsi qu’un contour suggérant l’existence d’un plafond au-delà du mur. Près du mur nord, les lectures radar ont détecté un matériau ressemblant à une maçonnerie ancienne plutôt qu’à de la roche mère. L’ingénieur en structure George Ballard, qui a analysé les nouveaux résultats aux côtés des relevés précédents, décrit avoir repéré à l’intérieur du tombeau un couloir d’environ deux mètres de large partant de la chambre funéraire, densément rempli de gravats, ce qui pourrait expliquer pourquoi les enquêtes précédentes ne l’avaient pas identifié.
- Plus de 1 200 mesures de microgravimétrie ont détecté des anomalies compatibles avec un couloir et cinq à six chambres au nord de KV62.
- Le mur ouest présente des joints verticaux et des fissures de contrainte suggérant une entrée murée depuis l’antiquité.
- La communauté scientifique reste prudente : seul le percement d’un mur pourra confirmer ou infirmer l’hypothèse des chambres cachées.
Plus de 1 200 mesures pour cartographier le vide
À l’extérieur, la campagne de microgravimétrie a été particulièrement dense. Elle a nécessité plus de 1 200 mesures réalisées sur une surface d’environ 35 mètres carrés autour de la tombe. Certaines anomalies présentent des formes à angle droit, alignées avec le mur nord de la chambre funéraire, des caractéristiques que Ballard juge compatibles avec des espaces construits par l’homme plutôt que naturels. Sur cette base, l’équipe a proposé un modèle : un long couloir suivi de cinq à six chambres supplémentaires, formant un complexe qui s’étendrait sur environ 25 à 30 mètres au nord de la tombe connue.
L’hypothèse va plus loin encore.
Selon les chercheurs, KV62 elle-même serait antérieure à l’inhumation de Toutânkhamon. La tombe aurait été construite dans le cadre d’un complexe royal plus vaste avant que le jeune roi n’y soit placé. Cette lecture rejoint une intuition ancienne des égyptologues : la sépulture, exceptionnellement modeste pour un pharaon, a toujours semblé taillée pour quelqu’un d’autre. Eldamaty lui-même n’hésite pas sur les mots employés pour qualifier la portée de sa découverte, si elle venait à se confirmer.
Il évoque des résultats qui « pourraient compter parmi les découvertes archéologiques les plus significatives de l’époque moderne » si elles sont confirmées.
La communauté scientifique reste prudente
Toutes les voix ne sont pas aussi enthousiastes. Christopher Gaffney, spécialiste du radar à pénétration de sol à l’université de Bradford, qualifie les travaux de fascinants tout en jugeant que les informations publiées restent insuffisantes pour trancher. Les auteurs eux-mêmes reconnaissent les limites de leur travail : les résultats ne prouvent pas que Néfertiti a été enterrée au-delà de la tombe, ils n’établissent pas non plus qui aurait utilisé les pièces supposées ni quand elles auraient été construites, et seule une investigation directe au-delà des murs existants pourrait répondre à ces questions. aucun radar ne remplacera une pioche.
Cette prudence n’a rien d’anecdotique. Depuis dix ans, chaque annonce sur ce sujet a suivi le même scénario : signaux prometteurs, battage médiatique, puis démenti quelques mois plus tard par une équipe rivale utilisant une méthode différente. En 2018 déjà, le ministère égyptien des Antiquités affirmait disposer de « preuves concluantes » sur l’absence de toute chambre cachée, s’appuyant sur les travaux de Porcelli. Huit ans plus tard, la microgravimétrie relance exactement le débat que le radar avait cru clore.
La suite dépendra désormais d’une autorisation que seul le Conseil suprême des antiquités égyptien peut délivrer : celle de percer, même symboliquement, l’un des murs les plus surveillés au monde. En attendant, la tombe de Toutânkhamon garde son secret intact depuis plus de trois mille trois cents ans, et les 1 200 mesures de gravité ne pèsent, pour l’instant, pas plus lourd qu’une hypothèse de travail.
Sources : epochtimes.fr | generation-nt.com


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