Mars n’a peut-être pas tout perdu. Selon des données du sismomètre d’InSight publiées le 12 août 2024 dans Proceedings of the National Academy of Sciences, la croûte martienne pourrait contenir assez d’eau pour recouvrir la planète sur plus d’un kilomètre, voire deux. Je l’avais toujours tenue pour une planète définitivement asséchée. Ce n’est plus si sûr.

Le récit officiel disait pourtant l’inverse.

Le scénario classique tient en quelques lignes. Il y a 3 à 4 milliards d’années, l’atmosphère de Mars a été peu à peu perdue dans l’espace et la surface s’est asséchée. Une partie de l’eau est restée dans les calottes glaciaires, tandis que le reste se serait échappé avec l’atmosphère ou aurait filtré dans les roches poreuses de la croûte. La quantité stockée dans la croûte, et sa profondeur, restaient incertaines.

À retenir
  • La croûte martienne contient une couche d’eau liquide entre 11 et 20 kilomètres de profondeur, détectée par le sismomètre InSight.
  • Ce réservoir souterrain pourrait recouvrir Mars sur plus d’un kilomètre, soit davantage que les anciens océans martiens.
  • Des scientifiques contestent l’interprétation, suggérant que d’autres minéraux comme la smectite pourraient expliquer les observations.

Ce que SEIS a entendu

L’instrument s’appelle SEIS, un sismomètre construit en France, capable de percevoir des vibrations aussi douces qu’une brise. Posé au sol par le bras robotique de l’atterrisseur, il a enregistré de décembre 2018 à décembre 2022, soit plus de 1 000 événements sismiques.

Vashan Wright (Scripps), Michael Manga (Berkeley) et Matthias Morzfeld ont passé ces enregistrements au crible d’un modèle de physique des roches, les mêmes méthodes qui servent sur Terre à cartographier les aquifères et les gisements de pétrole. Les ondes sismiques ralentissent dans certaines couches, et ce ralentissement dépend de ce qui remplit les pores de la roche. La meilleure explication : une couche de roche ignée fracturée, saturée d’eau liquide, au milieu de la croûte, entre 11 et 20 kilomètres de profondeur.

C’est davantage que le volume proposé pour les anciens océans martiens.

Une eau qui n’aurait jamais quitté la planète

Si le résultat tient, la croûte de Mars n’aurait pas perdu l’essentiel de son eau par échappement atmosphérique. Le calcul repose sur dix kilomètres de croûte dont la porosité atteindrait 10 à 20 %, et sur l’hypothèse que le site d’InSight est représentatif du reste de la planète. Les auteurs s’appuient sur des vitesses sismiques comparables jusqu’à 4 500 kilomètres du site. L’extrapolation à toute la planète reste, à mon sens, le maillon le plus fragile du raisonnement.

D’autres équipes explorent la même veine. Une analyse relève un ralentissement des ondes dans une couche située entre 5,4 et 8 kilomètres sous la surface, et une équipe internationale dirigée par la Chine a exploité les séismes et impacts enregistrés entre 2018 et 2022 pour y chercher de l’eau liquide.

Les réserves des spécialistes

Tout le monde n’est pas convaincu. Une étude parue en 2025 a examiné des sites situés à 3 500 à 4 500 kilomètres d’InSight, où les ondes sont 7 à 10 % plus lentes dans la croûte moyenne. Sa conclusion : des matériaux solides remplissant les pores pourraient aussi expliquer ces observations. Les pores existent, mais l’eau liquide n’est pas la seule candidate.

La smectite, une argile, ralentit elle aussi les ondes.

Reste la question de l’accès. Même un forage d’un kilomètre sur Terre exige énergie et infrastructures, alors qu’il faudrait descendre au-delà de 11 kilomètres sur Mars. Pour Michael Manga, l’intérêt est ailleurs : un grand réservoir d’eau liquide éclaire ce qu’a pu être, ou pourrait être, le climat martien. Quant à la vie, les chercheurs évoquent surtout un habitat potentiel en profondeur, sans la moindre preuve à ce stade.

Le débat n’est pas près de s’éteindre : InSight a cessé de fonctionner fin 2022, mais ses données sont consultables dans l’archive NSF SAGE, gérée par EarthScope. Chaque équipe peut donc les réinterroger avec de nouveaux modèles.