Un télescope à 2,4 mètres de miroir, taille identique à celui de Hubble, a décollé le 30 août 2026 depuis la Floride. Mais il n’a rien de neuf : cet instrument dormait depuis plus d’une décennie dans les réserves du renseignement américain, conçu à l’origine pour espionner la Terre, pas pour observer les étoiles.
Roman a décollé le 30 août 2026. La mission a décollé à 7h26 heure de l’Est ce dimanche à bord d’une fusée SpaceX Falcon Heavy depuis le complexe de lancement 39A du centre spatial Kennedy en Floride. Baptisé Nancy Grace Roman, en hommage à la première responsable de l’astronomie à la NASA, souvent surnommée la « mère de Hubble » pour le rôle déterminant qu’elle a joué dans la naissance du projet, ce télescope n’est pourtant pas un simple clone. C’est un recyclage.
À retenir
- Un télescope militaire inutilisé, lancé en secret il y a 15 ans, vient d’être reconverti en instrument astronomique de classe mondiale
- Avec son champ de vision 200 fois supérieur à Hubble, Roman pourrait accomplir en quelques années ce qui a pris 30 ans au célèbre télescope
- Le sort du deuxième télescope espion reçu par la NASA reste un mystère d’État qui interroge sur l’opacité des agences fédérales américaines
Un espion reconverti en chasseur d’étoiles
En 2012, le National Reconnaissance Office, l’agence qui gère les satellites espions des États-Unis, a discrètement transféré à la NASA deux télescopes complets, jamais lancés, dotés chacun d’un miroir primaire de 2,4 mètres, exactement la même taille que celui qui équipe Hubble depuis 1990. Deux exemplaires identiques, prêts à voler, mais destinés à regarder vers le bas plutôt que vers le haut. Leur optique avait été taillée pour surveiller la surface terrestre, pas les confins de l’univers.
Le détail technique change tout. Un télescope espion et un télescope astronomique partagent la même géométrie de miroir, mais pas la même utilité : il suffit d’inverser l’orientation et de repenser l’instrumentation qui se trouve derrière l’optique. Le miroir principal de Nancy Grace Roman mesure 2,4 mètres de diamètre, soit exactement la même taille que le miroir principal de Hubble. La différence fondamentale vient de ce qui se trouve derrière ce miroir. C’est là que la NASA a tout repensé, en installant une caméra grand champ là où l’on attendait une optique de reconnaissance militaire.
Le premier exemplaire est devenu Roman. Le second, lui, reste une énigme publique : qu’est devenu le second télescope, celui que personne ne semble réclamer à la NASA ? La question reste ouverte, et elle en dit long sur l’opacité qui entoure encore ce genre de dons entre agences fédérales.
Un instrument taillé pour voir large, pas pour zoomer
Ce qui distingue vraiment Roman de Hubble, ce n’est pas la taille du miroir, identique au millimètre près, mais l’ampleur du regard. Roman fournira un champ de vision panoramique 200 fois supérieur à la vue infrarouge de Hubble, menant aux premières cartes à grand champ de l’univers avec une résolution spatiale. Concrètement, là où Hubble capture un timbre-poste du ciel, Roman photographie un timbre-poste multiplié par cent, voire deux cents selon les instruments comparés.
Le cœur de la machine, c’est le Wide Field Instrument. Cette caméra infrarouge de 300 mégapixels compte 18 détecteurs 4K, chacun à peu près de la taille d’une biscotte salée. Un détail presque comique pour un équipement à 3,9 milliards de dollars, mais qui illustre bien la miniaturisation extrême derrière ce genre de mission. Grâce à la conception rigide de l’observatoire et à la stabilité de ses performances optiques, il pourra balayer rapidement le ciel sans besoin de temps substantiel entre les observations distinctes.
Résultat attendu : une vitesse de balayage hors norme. Le télescope Roman est conçu pour scruter l’univers mille fois plus vite que le télescope spatial Hubble de la NASA. Un chiffre qui, mis en perspective, donne le vertige : ce que Hubble a mis trois décennies à photographier, Roman pourrait le couvrir en quelques années. La NASA avance même une estimation spectaculaire côté exoplanètes, avec un potentiel de dizaines de milliers de nouveaux mondes détectés grâce à cette couverture inédite du ciel.
Trois mois de voyage avant les premières images
Le télescope ne restera pas près de la Terre. Après son lancement, Roman se dirigera vers la région du point de Lagrange Soleil-Terre L2, située à environ 1,5 million de kilomètres de la Terre dans la direction opposée au Soleil. Un trajet long, mais nécessaire pour échapper aux perturbations thermiques et lumineuses de notre planète. Désormais lancé pour un voyage de trois mois et d’un million de kilomètres vers son orbite finale, le télescope spatial Nancy Grace Roman de la NASA révélera bientôt les secrets les plus sombres de l’univers.
La mise en service ne se fera pas non plus en un claquement de doigts. Quelques semaines après le début du voyage de Roman, son instrument principal, le Wide Field Instrument, s’activera. Puis viendra une phase de calibration minutieuse : tout au long du reste de la période de mise en service de Roman, les scientifiques feront passer les instruments par une série de calibrations et de tests. Il faudra donc patienter avant de voir les premiers clichés. La NASA prévoit de publier les premières images de Roman début 2027.
Une fois opérationnel, l’engin deviendra aussi un déluge de données. Roman renverra 1,4 téraoctet de données chaque jour, le débit de données le plus élevé de tout télescope spatial de la NASA à ce jour. De quoi occuper des générations d’astrophysiciens qui devront traiter, trier et interpréter ce flot d’informations sur la matière noire, l’énergie sombre et la cartographie des exoplanètes de notre galaxie.
Le lancement lui-même n’a pas été de tout repos : la veille du décollage, les prévisions météo nuageuses avaient fait chuter les chances de tir. Une prévision météo nuageuse avait fait chuter la probabilité de lancement à 50 %, mais les nuages ont commencé à se dissiper le matin même, faisant remonter cette probabilité à 70 %. Un suspense de dernière minute qui rappelle que même avec un miroir déjà taillé depuis quinze ans, l’espace ne pardonne aucune approximation.
Sources : nouvelles-du-monde.com | nasa.gov | stsci.edu


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