Sur la nouvelle image publiée par le télescope spatial James Webb, un nuage de gaz et de poussière prend la forme d’un coffre au trésor grand ouvert, ses parois luisant d’une lumière dorée. Mais le véritable sculpteur de cette forme spectaculaire ne figure nulle part dans le cadre. Webb a mené un programme d’observation (n°5408, sous la direction de M. Reiter) consacré à l’étude de la manière dont les jeunes étoiles de la nébuleuse de la Carène captent le gaz de leur environnement et l’expulsent par des jets. Et c’est justement en creusant ces données que les astronomes ont pu confirmer ce qu’ils soupçonnaient déjà : la silhouette si particulière de cet objet doit tout à une étoile monstrueuse située à des dizaines d’années-lumière de là, totalement absente du cliché.
À retenir
- Une étoile invisible à 39 années-lumière a façonné ce globule en millions d’années
- Eta Carinae n’apparaît pas dans l’image mais dirige toute la sculpture cosmique
- Les scientifiques débattent encore de l’ordre d’arrivée: l’amas ou la forme du coffre?
Un coffre au trésor cosmique à 7 500 années-lumière
L’objet en question porte le doux nom de « Treasure Chest », le coffre au trésor. Cette structure est un objet connu sous le nom de globule cométaire, un nuage isolé de gaz et de poussière avec une tête dense et sombre et une longue traîne. D’habitude, ce type de nuage ressemble à une comète filant dans le ciel. Ici, la comparaison change de registre : la tête de la « comète » ressemble au couvercle d’une boîte ouverte. D’où le surnom, trouvé par les équipes de communication de la NASA, de l’ESA et de l’Agence spatiale canadienne.
La scène se déroule dans la nébuleuse de la Carène, qui se trouve à seulement 7 500 années-lumière dans la constellation de la Carène et s’étend sur environ 260 années-lumière, abritant notamment les Cosmic Cliffs révélées lors de la toute première image publiée par Webb. Ce n’est pas un décor anodin. La nébuleuse de la Carène est la région de formation d’étoiles massives la plus proche permettant aux astronomes d’étudier l’ensemble du processus de formation stellaire, et elle héberge certaines des étoiles les plus massives de notre galaxie ainsi que des dizaines de milliers de protoétoiles. À l’intérieur même du coffre, un amas compact de jeunes étoiles est responsable de la lueur surnaturelle qui en émane. Ce sont elles, les vrais joyaux cachés dans ce coffre, pas de l’or ni des pierres précieuses, mais des soleils naissants.
La clé de l’énigme se trouve hors champ
Voici le point qui fait tourner les têtes chez les astronomes depuis la publication de cette image début août 2026. Un élément de contexte capital se situe juste à l’extérieur du cadre : la forme du coffre au trésor est due à un système stellaire, Eta Carinae, l’objet le plus lumineux de toute la nébuleuse de la Carène, situé à seulement 39 années-lumière au nord-ouest, dont une des étoiles pèse 100 fois la masse du Soleil et brille cinq millions de fois plus. Le décor est sculpté par un acteur qui n’apparaît jamais à l’écran.
Le mécanisme précis a de quoi impressionner. Le profil en couvercle ouvert du coffre au trésor résulte de millions d’années de rayonnement ultraviolet et de vents stellaires émis par Eta Carinae, qui ont arraché le gaz de faible densité entourant autrefois l’amas de jeunes étoiles, sur son flanc nord-ouest, celui tourné vers Eta Carinae. Ce qui reste visible aujourd’hui, ce sont les parties les plus denses, celles que la gravité propre de l’amas stellaire a compressées suffisamment pour résister à cette érosion permanente. Le gaz dense, comprimé par la gravité même de l’amas au point de résister à cette érosion, forme les parois visibles du coffre au trésor aujourd’hui. Il aura donc fallu à Eta Carinae une patience stellaire, plusieurs millions d’années, pour ciseler cette forme précise dans le nuage.
Le hasard de cette configuration mérite d’être souligné. Ce n’est pas Eta Carinae seule qui façonne le paysage. La forme du coffre au trésor résulte en partie du rayonnement et des vents stellaires émis par le système Eta Carinae, à 39 années-lumière au nord-ouest, ainsi que par un autre système stellaire proche appelé Trumpler 16. Deux forces invisibles, combinées, pour un seul résultat visible.
Un scénario encore débattu par les chercheurs
Reste une question qui divise encore la communauté scientifique : qui est arrivé en premier, l’amas de jeunes étoiles ou la forme du globule ? Le scénario le plus probable suggère que l’amas stellaire s’est formé d’abord dans un nuage de gaz plus vaste que ne l’est aujourd’hui le coffre au trésor, avant que la puissante rétroaction stellaire des étoiles voisines n’érode le gaz moins dense, ne laissant subsister que le gaz le plus dense. Mais rien n’est encore tranché. La formation de l’amas et la mise en forme du globule sont des processus simultanés et enchevêtrés, et les observations du programme 5408 de Webb sont précisément conçues pour démêler lequel des deux a précédé l’autre.
Cette incertitude n’a rien d’anecdotique. Elle touche à une question centrale de l’astrophysique stellaire : comment les étoiles massives, une fois nées, redessinent-elles activement leur propre berceau ? Le magazine Popular Science rappelle d’ailleurs que la forme unique du coffre au trésor est probablement influencée par une étoile binaire massive à proximité, confirmant que l’hypothèse d’un sculpteur externe invisible s’est imposée dans la communauté scientifique.
Pourquoi cette image change la donne
Ce cliché n’est pas la première tentative d’observer ce coin de la nébuleuse de la Carène, mais c’est la première fois que l’intérieur du coffre est révélé avec un tel niveau de détail. Cette image, publiée en août 2026, dévoile pour la première fois avec une précision infrarouge saisissante l’intérieur du coffre au trésor, un globule cométaire compact et poussiéreux niché dans la nébuleuse de la Carène. Les astronomes disposent désormais des outils pour comparer, structure par structure, l’effet de l’érosion stellaire sur des dizaines de globules similaires disséminés dans la nébuleuse.
Reste un détail qui donne le vertige : Eta Carinae, ce moteur invisible de toute cette sculpture cosmique, n’est pas une étoile stable. Les astronomes la surveillent depuis des décennies parce qu’elle pourrait, un jour, exploser en supernova, un événement qui rayonnerait alors depuis un point du ciel visible même en plein jour depuis la Terre, avant de s’éteindre pour de bon.
Sources : gdtimag.com | dailyscience.be
