Une cavité dorée qui s’étend sur environ 3,5 années-lumière, soit près de 33 000 milliards de kilomètres. C’est la structure la plus marquante de NGC 7129, une pouponnière d’étoiles que le télescope spatial James Webb a photographiée à environ 3 300 années-lumière de la Terre. L’image, diffusée début octobre 2026 par la NASA, l’ESA et l’Agence spatiale canadienne, montre ce qu’une seule étoile massive fait du nuage où elle est née.

Presque la distance qui nous sépare de Proxima du Centaure, l’étoile la plus proche du Soleil.

À retenir
  • Une seule étoile massive, LkHα 234, a creusé une cavité de 3,5 années-lumière dans le nuage où elle est née.
  • La lumière traverse cette cavité en 3,5 ans, là où Voyager 1 mettrait près de 60 000 ans.
  • L’infrarouge de Webb perce les poussières qui cachent la région dans le visible et révèle des centaines d’étoiles.

Une seule étoile, un vide à l’échelle d’un voisinage stellaire

Tout part de LkHα 234. C’est l’étoile la plus massive de NGC 7129, au centre de la région, repérable aux six pointes de diffraction produites par le miroir de Webb. Elle pèse de cinq à huit fois la masse du Soleil. Plus une étoile est massive, plus elle évolue vite : LkHα 234 a déjà rassemblé toute la matière dont elle avait besoin et se contracte sous l’effet de sa propre gravité.

La cavité date de ses jeunes années. Les flux de matière d’un stade précoce de la vie de l’étoile ont creusé le nuage moléculaire dense d’hydrogène. Ces flux comme la lumière de l’étoile énergisent le gaz, qui se met à briller, d’où cette teinte dorée à gauche de l’étoile centrale. Une grande partie de l’hydrogène est soufflée, mais une autre est comprimée, ce qui crée les conditions de la naissance d’autres étoiles.

Pour sentir l’échelle, il faut multiplier. La lumière met 3,5 ans à traverser la cavité, alors que la sonde Voyager 1, qui file à environ 17 kilomètres par seconde, y consacrerait près de 60 000 ans.

Le haut de la cavité se termine par une crête nette. Les étoiles centrale et enfouies créent ensemble cette arête. Leur lumière chauffe le milieu, qui repousse le gaz moléculaire plus froid et plus dense, et forme une région de photodissociation où les molécules d’hydrogène se brisent en atomes.

Ce que l’infrarouge sort de l’ombre

Dans le visible, NGC 7129 est surtout connue comme une nébuleuse par réflexion de la constellation de Céphée, surnommée en anglais Flower Bud, le bouton de fleur. Les nuages de poussière qui favorisent la naissance des étoiles bloquent aussi leur lumière visible. Webb contourne l’obstacle, car l’infrarouge traverse ce rideau. Quant à la lumière captée, elle a quitté la région vers le XIIIe siècle avant notre ère, à l’époque de Ramsès II.

Webb y révèle des centaines d’étoiles, à différents stades de leur évolution.

Le télescope Spitzer, aujourd’hui retiré du service, avait déjà observé le gaz et la poussière de NGC 7129. La meilleure résolution de Webb fait apparaître des filaments plus détaillés, ainsi que de nombreuses galaxies d’arrière-plan. La NASA propose d’ailleurs une comparaison côte à côte des deux clichés, qui permet de mesurer le gain.

Plusieurs jeunes étoiles sont visibles à l’intérieur même de la cavité. Certaines sont encore en pré-séquence principale et émettent des vents stellaires, qui poussent contre le gaz énergisé et forment des chocs en proue, des arcs de gaz comprimé creusant leurs propres cavités plus petites.

Un nuage condamné à s’éroder

Les flux des protoétoiles génèrent des chocs dans les nuages plus denses, loin de la grande cavité. Webb saisit donc dans un même cadre des objets à plusieurs étapes de leur développement, des protoétoiles enfouies aux étoiles déjà sorties de leur cocon. Le gaz comprimé par les jets d’une étoile peut ainsi fournir la matière première de la suivante.

Le gaz va se disperser, des poches denses pourront s’effondrer, et certaines étoiles atteindront le stade de fusion de l’hydrogène qui fait briller le Soleil aujourd’hui. En influençant la température et la chimie de la région, ces étoiles montrent comment les nuages moléculaires s’érodent sur des millions d’années.

NGC 7129 affiche une magnitude visuelle de 11,5 pour 7 minutes d’arc de diamètre, ce qui la place hors de portée de l’œil nu. Elle se trouve à un demi-degré de l’amas NGC 7142, repère utile pour qui veut la chercher au télescope. Le cliché de Webb, lui, est consultable gratuitement sur le site de l’ESA sous la référence weic2620.