Des analyses d’ADN ancien ont révélé une espèce de bovin jusque-là inconnue, qui vivait dans le sud de la Sibérie pendant la dernière période glaciaire et même avant. Les chercheurs l’ont surnommée « yak X ». Les résultats sont parus début octobre 2026 dans la revue Current Biology.
Vingt génomes anciens, répartis sur 200 000 ans, ont suffi à la faire émerger.
- Vingt fragments d’os de la grotte de Denisova ont livré un génome inconnu.
- La lignée s’est détachée des yaks actuels il y a environ 400 000 ans.
- L’espèce a persisté environ 200 000 ans, jusqu’à il y a 27 000 ans.
Des os trop abîmés pour parler, un ADN qui raconte tout
Les ossements viennent de la grotte de Denisova, dans l’Altaï, et de sites voisins. L’équipe réunit le Centre de paléogénétique de Stockholm, l’Université de Californie à Santa Cruz et l’Université de Vienne. Les travaux sont codirigés par Jonas Oppenheimer et Alexandre Gilardet, de l’Université de Stockholm. Pour Love Dalén, auteur senior et professeur de génomique évolutive, la découverte d’une grande espèce disparue à partir de petits os non diagnostiques sort de l’ordinaire.
Le problème de ces os tient à leur apparence. L’analyse a porté sur 20 os fragmentés, trop morcelés pour être identifiés à l’œil nu. C’est un peu comme vouloir reconnaître un modèle de voiture à partir d’un éclat de pare-brise.
La grotte de Denisova est surtout célèbre pour ses hominines : Néandertaliens et Denisoviens y ont tous deux laissé des traces. Son sol a livré une vaste collection de restes du Pléistocène moyen et tardif, dont beaucoup étaient déjà identifiables comme bovidés par leur morphologie ou par la paléoprotéomique. En cherchant de l’ADN dans ces os, les chercheurs ont constaté que les bovins porteurs d’un génome mitochondrial de type yak étaient des habitants courants des montagnes de l’Altaï, aux côtés de bisons et, plus rarement, d’aurochs.
Une branche du yak détachée il y a 400 000 ans
La rupture avec les yaks actuels remonte à 400 000 ans environ.
Vers 250 000 ans avant notre ère, l’animal s’était largement séparé de ses cousins. Les restes analysés le placent dans la région entre environ 247 000 et 27 000 ans avant le présent. Les plus récents os connus datent d’environ 27 200 ans, ce qui signifie que l’espèce s’est éteinte après cette date.
Sur le plan génétique, cette lignée est une branche sœur de toute la diversité mitochondriale des yaks d’aujourd’hui. Elle a traversé plusieurs transitions climatiques et tenu environ 200 000 ans en Asie des latitudes moyennes.
Cette longévité n’a pas été un long fleuve tranquille. Les résultats suggèrent aussi qu’un remplacement de population a eu lieu pendant la dernière période interglaciaire chaude. Jonas Oppenheimer souligne que la durée couverte par ces données est rare en ADN ancien, car elle permet d’observer des cycles glaciaires entiers et leur effet sur la biodiversité.
Voisin des bisons, mais jamais métissé
Le yak X partageait son territoire avec le bison des steppes et l’aurochs. Pourtant, les chercheurs n’ont détecté que des traces négligeables de croisement avec eux. Les auteurs y voient un contraste net avec les hominines de la grotte, dont les lignées divergentes se sont mêlées de façon complexe. Néandertaliens et Denisoviens se sont croisés, alors que ce yak ne l’a pas fait avec ses cousins bovins.
Les trois groupes de bovins avaient pourtant un point commun avec les hommes de la grotte. Chacun portait une diversité qui a disparu des populations actuelles, ce qui fait de l’Altaï un foyer de diversité à la fois bovine et humaine. L’aurochs, ancêtre sauvage de nos vaches domestiques, et le bison des steppes ont eux aussi quitté la scène.
Ce que l’on ignore encore
Personne ne sait exactement quand ni pourquoi le yak X a disparu. Les restes les plus jeunes datent d’environ 27 000 ans, et les chercheurs jugent qu’il faudra d’autres preuves pour établir son sort. Les hypothèses climatiques ou humaines restent donc ouvertes, sans qu’aucune ne soit tranchée.
Le lien avec le yak de Baïkal reste à démontrer.
Cet animal fossile déjà décrit pourrait correspondre au yak X. Des parents fossiles proches du yak, comme Bos baikalensis, ont été trouvés dans l’est de la Russie. Un rapprochement des deux dossiers demanderait de comparer leurs données génétiques, ce qui n’a pas encore été fait.
La méthode compte autant que l’animal. Elle contourne les limites de l’identification par la forme, de la paléoprotéomique ou de l’ADN sédimentaire, et éclaire un Pléistocène moyen encore peu étudié. Des tiroirs de musées du monde entier contiennent sans doute d’autres fragments sans étiquette précise.
Une nuance, enfin. Le texte accessible sur PubMed Central s’appuie sur des génomes mitochondriaux, c’est-à-dire l’ADN transmis par la mère. Le portrait nucléaire complet du yak X reste à dresser, tout comme sa place exacte parmi les yaks des plateaux himalayens.
Source : phys.org


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