Le 2 juillet 2026, à environ 19 heures heure locale martienne, le rover Perseverance a braqué son instrument Mastcam-Z vers le ciel du soir de Mars. Perseverance a enregistré la séquence avec son instrument Mastcam-Z vers 19 heures heure solaire locale (le soir martien où se trouve le rover) le 2 juillet, le 1 907e jour martien, ou sol, de la mission. Ce qu’il a saisi n’est pas un film au sens classique, mais une suite de clichés qui, une fois assemblés, racontent une scène jamais observée auparavant depuis la surface d’une autre planète : la Terre s’effaçant derrière une lune.

Le résultat tient en quelques images seulement. Ce composite de sept images de l’instrument Mastcam-Z à bord du rover Perseverance de la NASA montre la Terre, visible comme un petit point lumineux se déplaçant du coin supérieur gauche vers le coin inférieur droit, passant derrière la lune martienne Phobos le 2 juillet 2026, le 1 907e jour martien de la mission. Une version étendue existe aussi : un composite annoté de neuf images prises par l’instrument Mastcam-Z à bord de Perseverance le 2 juillet 2026, dont l’encart en haut à droite, composé de cinq images, montre la Terre, le petit point lumineux se déplaçant du coin supérieur gauche vers le coin inférieur droit, passant derrière la lune martienne Phobos. Autant dire que la promesse d’un « film » est à prendre avec des pincettes : il s’agit d’une séquence de photographies fixes, pas d’une vidéo continue au format que l’on connaît sur Terre.

À retenir

  • Une occultation jamais observée auparavant : comment un rover sur Mars a pu capturer notre Terre en train de disparaître
  • À 314 millions de kilomètres, la Terre n’était plus qu’un pixel : l’échelle vertigineuse révélée par cette séquence
  • Un alignement qui tenait à un fil : pourquoi cette première historique relevait du tir de précision et du coup de chance

Notre planète, réduite à un pixel

Ce qui frappe d’abord, c’est l’échelle. Le rover Perseverance de la NASA a capturé une première saisissante depuis Mars : la Terre disparaissant derrière la petite lune Phobos, vue depuis près de 195 millions de miles, notre planète était réduite à un simple point de lumière avant de s’effacer brièvement derrière Phobos. à cette distance, la Terre entière, ses océans, ses forêts, ses huit milliards d’habitants, tenait sur un seul pixel de capteur. Une source spécialisée précise même la distance en kilomètres : depuis le bord ouest du cratère Jezero, la Terre n’était pas un monde bleu ce 2 juillet 2026, mais un seul pixel brillant, à 314 millions de kilomètres, se déplaçant à travers le ciel du soir de Mars.

Face à elle, Phobos, la plus grande des deux lunes martiennes, s’est présentée sous la forme d’un mince croissant. Un mince croissant de Phobos approchait de l’autre direction, puis, pendant quelques instants dans une séquence d’images réalisée par le rover Perseverance de la NASA, le pixel avait disparu. La scène a duré le temps d’un battement cosmique, mais son enregistrement a nécessité une précision d’horloger.

Occultation, éclipse, transit : ne pas confondre

La NASA insiste sur le vocabulaire exact à employer, et ce n’est pas un détail pour astronomes pointilleux. Les astronomes appellent occultation l’événement capturé dans cette observation : lorsqu’un corps apparaissant plus grand bloque complètement celui qui se trouve derrière lui, du point de vue de l’observateur, alors qu’une éclipse se produit lorsqu’un objet entre dans l’ombre d’un autre. Ici, Phobos n’a pas projeté d’ombre sur la Terre, il l’a simplement masquée à la vue du rover, comme un doigt tendu devant l’œil cache un immeuble au loin.

Il existe encore un troisième cas de figure, que Perseverance connaît bien pour l’avoir déjà observé. Quand les rôles sont inversés, avec un objet apparaissant plus petit traversant le disque d’un objet apparaissant plus grand, les astronomes appellent cela un transit ; Perseverance a également observé cela, quand Phobos ou Deimos traverse le disque du Soleil vu depuis Mars. Le rover avait d’ailleurs déjà tenté l’exercice en sens inverse quelques années plus tôt. En 2022, Perseverance avait enregistré Phobos se déplaçant devant le Soleil, la lune irrégulière ne couvrant qu’une partie du disque solaire, son contour bosselé restant visible. Cette fois, la mécanique s’est inversée : un minuscule point lointain a été totalement avalé par un corps proche et massif à l’échelle du ciel martien.

Un alignement qui tenait à un fil

Réussir ce cliché relevait presque du tir de précision. Selon la NASA elle-même, citée dans un message publié sur les réseaux sociaux, « Phobos crosses the Martian sky three times a day, and Earth is visible for months at a stretch, but catching one directly behind the other takes planning and a little luck. » Traduit simplement : Phobos file dans le ciel martien trois fois par jour, la Terre y reste visible pendant des mois entiers, mais faire coïncider les deux exactement au même point du ciel, au même instant, relève à la fois du calcul d’ingénieur et du coup de chance.

La fenêtre d’observation était en plus minuscule à l’échelle de la planète. L’événement n’était visible que depuis une petite zone de Mars, et il se trouve que Perseverance se trouvait justement au bon endroit, sur le rebord ouest du cratère Jezero, lors de son exploration en cours. Un hasard de calendrier de mission qui a bien arrangé les équipes du Jet Propulsion Laboratory.

Une première à nuancer, sans en minimiser la portée

Faut-il pour autant parler de première absolue dans l’histoire de l’astronomie ? Là encore, la precision compte. La NASA décrit cela comme la première observation faite depuis la surface d’une autre planète où la Terre a été vue disparaître derrière un objet, mais l’affirmation historique, bien que réelle, est plus étroite que de dire qu’aucune caméra hors de la Terre n’avait jamais observé la Terre devenir cachée : la Lune et des engins spatiaux en orbite ont déjà fourni d’autres formes d’imagerie de couchers de Terre et d’occultations. La nuance change tout : ce n’est pas la première fois qu’un appareil observe la Terre disparaître depuis l’espace, c’est la première fois qu’un appareil posé sur le sol d’une autre planète le fait.

Reste un chiffre qui donne le vertige quand on le compare à notre quotidien terrestre : Phobos, cette lune capable d’avaler notre planète entière du point de vue d’un rover, mesure environ 27 kilomètres à son point le plus large, mais elle évolue à seulement environ 6 000 kilomètres au-dessus de la surface martienne, soit une orbite plus proche de sa planète que ne l’est n’importe quel satellite artificiel de la Terre. C’est cette proximité, plus que sa taille, qui lui permet de jouer les cache-mondes dans le ciel du soir martien, et qui rend ce genre de spectacle appelé à se reproduire, pour peu que Perseverance reste au bon endroit au bon moment.